‹ Jésus-ChristChapitre 62 sur 158 · Mallh., XX · texte numérisé non relu

Mallh., XX

tant par là d'avoir au moins pour elle les apparences de la vérité et de la sécurité,— Dieu, dans son Chuist et pour son Chrtst, n'a pas usé seulement de cette force passive qui laisse subsister pour un temps le scandale de nos insultes et de nos attentats contre Lui, dans la mesure voulue pour l'épreuve des siens. Cette mesure comblée devient celle de sa vengeance, et elle déborde alors sur ses ennemis. Il a combattu Lui-même le Monde, et il l'a vaincu. L'Agneau a eu sa colère. Il a exercé sa fureur. Il a broyé les ennemis de son Règne. 11 a purgé son aire par le souffle de sa vengeance. Il n'a pas été seulement /a Pierre sur laquelle on se brise; il a été aussi la Pierre qui brise.

Comme le Fils en effet s'était immolé à la gloire de son Père, le Père devait être jaloux de la gloire de son Fils; ei parce qu'il s'était rabaissé, se faisant obéissant fusqu'à la mort, et la mort de la Croix, Dieu devait l'élever^ et lui donner un Nom au-dessus de tout nom^ afin qud te Nom </e Jés us tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers ^. Car il faut qu'il règne, jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds^.

Combien y sont passés déjà ! Et l'histoire entière estelle autre chose que l'enchaînement de ces assauts et de ces défaites des ennemis de Jésus-Christ?

Considérons-la surtout à l'origine du Christianisme.

JÉsus-CuRisT et ses disciples n'ont jamais employé, ont toujours condamné la révolte. Ils n'ont pas combattu, si ce n'est par la patience et la prière. Mais Celui qui a dit : « A moi la vengeance, Mihi vindicta, » a combattu pour eux. Sa Providence, incessamment active dans les événe-

1. Saint Paul aux Pftilippiens, II, 8, 9, 10.— 2. Id., aux CoriU' tliieus, 11, 25.

ments de ce monde, les a tous disposés et fait mouvoii cette fin. Ils avaient le Monde entier contre eux : le monde Juif, auquelilsétaientscflî?//^/^; le monde Païen, auquel ils étaient folie. Et yoilà que, levant des armées au service de sa Vérité et de sa Justice, et les recrutant d'entre ses ennemis eux-mêmes. Dieu a envoyé les Romains contre les Juifs, et les Barbares contre les Romains. El le Monde Ancien a disparu dans ce nouveau Déluge.

Qui serait assez aveugle pour ne pas voir, dans ce dénouement historique des destinées du Judaïsme et du Paganisme, Paclion providentielle de Dieu frayant la voie à la Religion de son Fils, alors que ses instruments euxmêmes, un Titus et un Attila, la sentaient et la proclamaient à la face de la terre entière?

Et le lien de cette politique divine n'est-il pas visible dans l'annonce prophétique faite par Jésus-Christ allant à son supplice, touchant la ruine de Jérusalem et la dispersion des Juifs pour avoir été infidèles aux appels de sa Miséricorde ? Et en ce qui regarde le Monde Romain, sa ruine pareillement n'avait-elle pas été prédite par Daniel, dans sa célèbre prophétie des Boyaumes, sous l'image encore de la Pierre qui tombe d'En Haut sur leur agglomération, les réduisant en poudre, et devenant leur place un Royaume qui remplit toute la terre et qui / sera, celui-là, Jamais détruit ?

Le Monde Romain, à la formation duquel avaient abouti toutes les révolutions des Empires depuis Poriginedes peuples; ce même Monde dont les vertus naturelles avaient d'abord mérité que Dieu l'élevât, par une Providence qui apparaissait visiblement aux yeux de tous, pour un dessein caché mais pressenti de rénovation uni-

verselle, était devenu tellement criminel par ses vices et par sa haine de la Vérité, qu'en cela même il concourait encore h ce dessein, en méritant de faire place au Monde Chrétien.

Alors le Ciel a ouvert les cataractes de sa Justice. Alors sont venus les Barbares, fléaux de Dieu pour la destruction du Monde Ancien, et matériaux du Nouveau Monde.

Ainsi apparaît cette force de Dieu, non plus passive 'seulement dans les Martyrs, mais active et foudroyante dans ces Barbares leurs vengeurs, dans ces Francs surjtout, qui, « après avoir rejeté vigoureusement le joug odieux des Romains pour le monde entier, après avoir courbé la tête au Saint Baptême sous le joug libérateur de Jésus-Christ, recueillirent les corps de ces Martyrs que les Romains avaient consumés par les flammes et tranchés par le fer, et les enchâssèrent dans For et les pierres précieuses, » comme ils se firent une gloire de le proclamer dans leur constitution nationale.

La même force de Dieu n'a cessé d'agir depuis lors dans le monde pour Jésus-Christ et son Église. Il serait aisé de le montrer. Cela a été fait par des plumes non suspectes '. Et tout semble se préparer de nos jours, pour nous en donner encore le grand spectacle. Si fort cuirassé qu'il soit, après avoir servi à briser ses pareils, le Navire des fous de notre temps court se briser lui-même contre le Roc de V Eglise ^.

1. Notamment par Ranc dans ses Révolutions de la Papauté, et par Macaulay dans son beau travail sur cet ouvrage.

2. «Si nous continuons ainsi... je ne désespère pas devoir o/cort- « le Mavire des fous de notre temps se briser contre lo Roc de l'Église

Car toutes les révolutions de ce monde, si étrangères ou si hostiles qu'elles soient à Jésus-Christ, ont un but; et ce but unique n'est autre que l'épreuve successive de ses Élus, se terminant toujours par leur délivrance et leur triomphe : Omnia propter Electos.

On a reproché à l'Église d'avoir fait appel autrefois au bras séculier : elle qui l'a plus retenu que poussé, comme on l'a vu dans sa conduite envers Philippe II en Espagne, et envers François I" et Louis XIV en France ! Elle qui en a payé si cher les services intéressés ! Aujourd'hui , cette ressource lui ferait plus que défaut. Tout bras séculier est levé contre elle par la fureur , quand il n'est pas retenu par la] lâcheté. Mais Dieu a des ressorts qui passent tous ceux de notre politique; et ce lui sera un jeu de briser ces hostilités en les tournant les unes contre les autres, et de leur inspirer après cela, pour se refaire, une ambition politique de délivrer et de venger cette Église qu'elles oppriment ou délaissent aujourd'hui. La pierre qui tombe, si petite qu'elle paraisse en ce moment à leur démence, est une Montagne, ot elle est suspendue sur leur tête.

Ce qui fait toujours illusion sur cette force active de Dieu au service de sa Religion et de son Église, ce n'est pas seulement son intermittence historique calculée on vue de l'épreuve des siens , c'est surtout la force passive à laquelle on voudrait réduire le Dieu de l'Évangile, en

M chrétienne; car la foi en la parole révélée de Dieu est plus ferme « el plus vivace encore au cœur du peuple, que sa foi dans la vertu « sanctifiante de n'importe quel article de la Constitution. » — Propres paroles de M. de Bismark prononcées le 15 novembre 18i9 en plein Parlement prussien, SU4' la question du Mariage civil, qu'il metlait alors autant d'ardeur à comballre qu'il en met aujourd'hui à l'imposer.

ne voyant en Lui que le caractère de Viclime, cl à ce litre-là seulement de Sauveur. Comme si, dans son Évangile môme, il n'apparaissait pas avec ces terribles V^l Malheur à Vous! sur ses lèvres divines , contre les profanateurs et les superbes; contre le monde, qu'il pnenacc des derniers châtiments : ce qui ne peut s'enendre évidemment que dans ce monde!

Et tous les Oracles sacrés, d'accord en cela avec les

raditions universelles sur le futur Libérateur, ne le re-

résentent-ils pas sous le double aspect de Victime et de

lusticier, d'humilié et de victorieux? « Le Seigneur est

K à sa droite : il écrasera les Rois au jour de sa colère.

Il jugera les Nations. Il en fera un amas de ruines. Il « fracassera les têtes de ses ennemis sur la terre. Il boira a: sans doute du torrent , mais après cela il élèvera sa « tête K »

Qui ne voit d'ailleurs que ce caractère de miséricordieux Sauveur auquel on voudrait le réduire implique virtuellement celui de Vengeur? L'œuvre de Libérateur n'est-elle pas de briser les chaînes? de combattre pour sauver? d'arracher au Mal ses victimes en le terrassant? Et le Mal n'élant pas abstrait ni seulement spirituel dans ce monde ; mais s'y étant incarné dans l'Idolâtrie et le Césarismc, dans des Puissances de chair et de fer, ne fallail-il pas jetter detiors ce Prince de ce monde et lui livrer ce grand combat qui tournera toujours à sa confusion?

Écoulez ces accents dont le lyrisme n'a rien d'égal :

« J'ai prédit, j'ai sauvé Moi seul: Moi seul j'ai opéré

Page 1