‹ Jésus-ChristChapitre 63 sur 158 · I. P8. cix · texte numérisé non relu

I. P8. cix

a ces merveilles à vos yeux, et vous êtes les témoins de « ma Divinité, dit le Seigneur.

— « Quel est Celui qui vient d'Edom avec sa robe « toute rouge, Celui qui éclate en la beauté de ses vête- « ments, et qui marche dans la plénitude de sa force?

— (( C'est Moi, qui parle la parole de Justice, et qui « combats pour sauver .

— « Pourquoi donc votre robe est-elle toute roug., « et pourquoi vos vêtements sont-ils comme de ceux qui c( foulent au pressoir ?

— « C'est que j'ai été tout seul h fouler au pressoir, (( et aucun homme d'entre tous les peuples n'a été avec « moi. J'ai marché sur eux dans ma fureur, je les ai « écrasés dans ma colère ; et leur sang a jailli partout « sur ma robe, et tous mes vêtements en sont tachés. « Car j'ai dans mon cœur le jour de ma vengeance,

« le temps de racheter les miens est venu. J'ai regaiit « autour de moi, et il n'y a eu personne qui m'aidât. « J'ai cherché, et personne n'est venu me prêter la « main. Et alors mon bras m'a sauvé et ma propre indice gnation m'a aidé, foulant les Puissants dans ma fu- <t reur, les enivrant du vin de ma colère, et mettant « toute leur force à néant ^. »

C'est sous ces fortes figures que la Prophétie allait chantant le triomphe du Libérateur, du Christ, vainqueur par sa seule Divinité de toutes les Puissances du Mal qui asservissaient le Monde Ancien.

i. Isaïe, LXIII, 1, 6. — Dans ce chant éclate, sans hyperbole, et comme la juste expression de la Divinité, le Moi sublime de la tragédie, étendu au monde entier abattu aux pieds du Crucifié :

Dans un si grand revers, que vous rcslc-t-il ?

Moi, Moi, dis-jc, et c'est assez.

Par contre, et cette exécution faite, elle présente en traits non moins éclatants la création du Monde Nouveau, surgissant du chaos à l'ordre chrétien, de la nuit antique à la lumière de l'Evangile, de la barbarie à la civilisation, par la seule grâce du Fils de Marie.

« De la Vierge d'où le Prophète avait annoncé que naîtrait le Dominateur^ le Père du Siècle futur, Dieu ^, est sorti ce Géant à double nature, véritable Orphée aux mélodieux accents, accompagnant des touches suaves de son corps, tirant de sa chair, comme d'une lyre divine, l'irrésistible douceur de ses sons et l'ineffable accord de son harmonie, pour édifier les pierres, mouvoir les forêts, attirer les bétes sauvages, et, retirant les mortels de la grossièreté de la chair, les élever aux intérêts sublimes. Car, par la suavité merveilleuse de ses chants divins, des pierres mêmes il a suscité des enfants d'Abraham; et les arbres des forêts, c'est-à-dire les Gentils, ont été mus à la foi. Les bêtes sauvages pareillement, qui sont les instincts féroces et grossiers de la Barbarie, ont été formés par sa divine morale à la civilisation, et les hommes, qui n'étaient jusque là que disciples des hommes, ont été élevés à la condition de dieux. Il a bien été convenable, certes l que David, dont les accents résonnent jusqu'aux extrémités de la terre, fût un chanteur illustre, puisque de sa semence devait naître ce grand Précepteur '\ »

1. I8., IX. — 2. Ce beau morceau est de 8aint AmMée, dvôqiic Je Lausanne' : P^ Partit Virginitatis seu Chrîsti NativitalCj Homllia luarla.

Nous pouvons, sans trop de présomption, je crois, dégager maintenant le Plan historique de la Religion.

Trois questions se posent à cet égard : — 1° Y a-t-il un plan historique de la Religion; — 2° quel est ce plan; — 3« quelle en est la raison ou la loi?

Et d'abord, y a-t-il un plan historique de la Religion?

La réponse à cette première question se trouvera résulter de la solution de la seconde. Car, si nous montrons ce plan, c'est qu'il existe.

Mais si la première question se trouve devenir ainsi superflue par son implication dans la seconde, elle est très-importante en elle-même parla conséquence qu'elle entraine, et dont il faut se tenir pour averti.

S'il y a un vrai Plan historique, universel et perpétuel de la Religion, en 60*01, c'est nécessairement que Dieu est intervenu dans les destinées de riiunianité. C'est qu'il y a une Religion de sa main. C'est qu'il est

l'LAN HISTORIQUE DE LA RELIGION. 20o

le Dieu des hommes comme il Test de la Nature ; et que, comme celle-ci l'honore à sa manière, nous devons l'honorer à la nôtre, par la conformité de tout notre être aux lois de cette Religion.

Un tel Plan suppose tout cela. Son étendue et sa durée embrassant tous les peuples et tous les siècles ne peut être une invention de l'humanité, trop ondoyante et trop diverse pour s'être entendue sur une telle œuvre. Dans ses divisions infinies, elle a pu convenir de mille et mille autres institutions politiques, sociales, religieuses. Mais la multiplicité, la diversité, la fragilité de ces institutions prouvent d'autant plus que s'il y a un Plan unique, universel et perpétuel de la Religion, certainement elle n'est pas humaine, nécessairement elle est divine : — donc obligatoire.

Remarquez bien que je n'entends pas parler encore ici d'un plan doctrinal. Je me réserve à cet égard. Je n'entends parler que d'un plan historique, d'un plan de fait^ qui ne demande que les yeux du corps en quelque sorte pour être vu.

Or qu'il y ait un tel Plan, cela ne peut être mis en doute.

Ce Plan, en effet, quel est-il?

C'est celui de V Histoire même, quelle que soit la manière de l'envisager.

Dans ce chaos apparent il y a un Centre d'où tout se dégage, et qui pour cela s'impose à tous. Il y a un Événement dominateur et fixe d'où tout remonte avant, d'où tout part après, où tout tendait et d'où tout rayonne.

Ce grand Événement central, qu'on le veuille ou qu'on

ne le veuille pas, c'est la Personne historique de Jésus- Christ.

Toute science historique et chronologique est obligée de tracer à chaque instant ce grand Nom. Il ne serait pas religieux qu'il serait scientifique, et il n'est scientifique que parce qu'il est religieux.

Impossible de s'y reconnaître sans cela.

Et pourquoi?

Est-ce parce qu'on en est convenu?— Étrange convention, qui serait universelle et perpétuelle dans le monde civilisé, dont on ne saurait reproduire le pacte, et qui se serait rencontrée sur un Juif du bourg de Nazareth, né dans une étable et mort sur un gibet.

La vérité, c'est qu'il a été donné à ce Juif, à cet Homme, à Jésus-Ghrist, de marquer dans le monde, jusqu'à être à la fois la distinction et le nœud de tous les états de l'humanité; d'être le sommet angulaire de la pyramide où tout se joint, et qui occupe de sa base toute la terre. C'est que, unique et surhumain, ne serait-ce qu'en cela, il n'a pas moins été dans les besoins, dans les désirs, dans la foi du genre humain avant sa naissance qu'il ne l'a été après sa mort, et plus même que pendant sa vie. C'est que sa vraie vie n'est pas celle qu'il a vécu trente-trois ans, et qui n'a paru que trois, mais celle que, par l'immolation de celle-ci, il a doniui au monde. C'est que en Lui était la vte^. C'est qu'il élail ce qu'il s'est dit : La Vie^.

Irai-je trop loin? N'est-il pas vrai encore une fois que Jésus-Christ est comme le Méridien et le Clironomùde de toute l'Histoire, le Centre d'où tout se déroule et vers

Page 1