lltMi.iii, Vie de Jc.sus
n'avons maintenant qu'à nous retourner pour en relever la chorographie.
De ce sommet, qui n'est autre que le Calvaire, nous voyons deux versants : l'ancien monde qui y tendait, le monde nouveau qui en procède.
L'ancien monde nous apparaît sous deux aspects qui se personnifient dans deux types : le Gentil et le Juif.
Le Gentil, c'est-à-dire toutes les nations {génies) adonnées à l'Idolâtrie et confondues dans cette grande erreur. Le Juif, à lui seul balançant le monde ancien et le dominant, malgré sa moindre importance à d'autres titres, par la préservation de l'erreur commune, par la conservation du monothéisme, l'anticipation prophétique du christianisme, et la vocation de donner humainement au monde Jésus-Christ.
Dans cette opposition qui fait du Juif et du Gentil comme deux races, un trait cependant les relie dans le passé et dans l'avenir : le souvenir d'une félicité perdue sous le nom de Paradis ou d'Age d'or; et l'espérance d'une réparation de la faute k qui cette grande perte était unanimement imputée, par la médiation d'un Être pris d'entre l'humanité, quoique supérieur à elle, .qui viendra l'expier.
Il n'y a pas de peuple qui n'ait eu son expectative de cette espèce.
C'est la raison explicative des faux dieux et des faux sacrifices auxquels toute l'antiquité païenne attachait obstinément une idée de médiation et d'expiation : corruption de la foi plus haute, que tant de folles erreurs ne pouvaient tromper, au vrai Libérateur, que toutes les nations attendaient du môme point, pôle de la commune espérance.
La Judée qui était ce point d'orientation universelle, la Judée seule, offrait précisément, dans toute sa pureté conservée et dans sa lucidité croissante, la croyance à ce Libérateur universel, devant sortir de celte nation et étant toute sa raison d'être : le Messie.
Là, en Judée, nous sommes donc au vrai lieu d'observation : terre de prodiges, hauteur sacrée, où tout ce qui est confus et corrompu partout ailleurs devient lumineux et saint. Le Mosaïsme est le critérium de toute vérité dégénérée au dehors, le compendium des croyances universelles ramenées à leur pureté, l'Arche qui les porte sur le déluge de Terreur, la Religion dans sa ligne droite où toutes les fausses religions se rectifient, et comme la voie lactée qui parcourt et éclaire tout le ciel d'un bout à l'autre de l'horizon. C'est l'humanité prise à son sommet que la lumière du passé n'a pas quitté après avoir fait place à la nuit partout ailleurs, et qu'elle frappe de ses nouveaux rayons longtemps avant de se lever sur le monde.
Eh bien, là, nous voyons le Libérateur promis dès la faute qu'il doit réparer, opposé, coup pour coup, à l'Ennemi de Dieu et de l'homme qui a voulu les diviser et dont il écrasera la léte; devant naître à cet effet de la race du coupable dans laquelle il est dès lors contenu en semence comme nous l'étions tous : Inimicitias ponam inter te et mulierem^ semen iuum et semen illius : Ipse conteret caput tuum. Et ce récit de la Genèse se retrouve dans toules les traditions de l'univers.
Nous avons là en raccourci, tout à la fois, et le plan de toute Thistoire et le plan de la Religion, dans son tenant la Chute, et dans son aboutissant la Rédemptimi. La Chute, sur la ponte de laquelle l'égaremonl
des nations va croissant, la Rédemption qui arrêt o cet égarement au plus fort de sa crise et qui vieni relever et élever l'humanité Adamique en la faisant Chrétienne.
L'événement de la Rédemption répondant ainsi, à travers les siècles antérieurs, à Tévénement de la Chute, et devenant pour les siècles postérieurs le principe inépuisable de toute renaissance : voilà dan-s sa grande ligne le Plan historique de la Religion ; voilà le nœud du drame et son dénouement ici-bas.
Sur ce plan et sur cette trame viennent maintenant se dérouler d'une manière concomitante et parrallèle les révolutions de l'histoire et les évolutions de la Religion.
L'homme ne devant pas être sauvé passivement, mais, comme il est tombé, librement, il faut qu'il s'approprie son rachat et qu'il en sente tout le prix en faisant l'expérience de sa misère. De là l'égarement du genre humain et l'ajournement de la libération qui lui est réservée, mais qu'il peut anticiper par la foi au Libérateur qui lui est promis.
Et pour que l'égarement n'aille pas jusqu'à prescrire contre la Promesse, celle-ci est renouvelée et entretenue surnaturellement dans la lignée d'où doit sortir le Sauveur qui l'accomplira.
De là ce double courant qui va grandissant en sens contraire dans toute l'Antiquité : d'une part, la Genti-, lité s'enfonçant de plus en plus dans toutes les erreui de l'idolâtrie; do l'autre, le peuple Juif préservé cette universelle erreur, et proclamateur prophétiqi de plus en plus accentué de la Promesse.
Dieu ne s'en tient pas à cette promesse pondant h
longs siècles qui la séparent de sa finale et éternelle Alliance avec l'homme. Il en donne un gage éclatant dans une première Alliance sur le mont Sinaï où il proclame sa loi , et où il prélude à la loi plus miséricordieuse et plus parfaite qui consommera sa religion sur le Calvaire, et embrassera l'Univers.
Ce qui devra se passer là, bien que contraire à toute vraisemblance, est incessamment montré, non-seulement dans son ensemble, mais avec des particularités telles qu'on a pu dire que la Prophétie avait fait entrer V Histoire dans la Religion^.
A savoir : la vocation des Gentils, la réprobation du peuple Juif, — l'égarement du genre humain abandonné à lui-même objet de miséricorde, et l'infidélité d'Israël, favorisé de tant de grâces méconnues par lui, objet de réprobation : — revirement prodigieux de ce qui a été en ce qui sera.
Et à travers cette involution, une suite admirable : le Sauveur promis dès l'origine du monde venu à jour fixe dans la plénitude des temps, pour y demeurer à jamais. La Religion identique en Lui à elle-même, bien que successive et progressive dans ses manifestations. Le Juif n'ayant que géré les intérêts religieux de l'humanité durant la minorité de celle-ci, et lui rendant en vertu du Nouveau Testament les biens qu'il n'avait qu'à charge de rapport en vertu de l'Ancien. Les Patriarches de l'ancienne loi devenant, selon fesprit, les ancêtres des croyants universels; et leur race, selon la chair, déshéritée de cette sainte filiation dont elle ne cessera toujours et partout de se prévaloir que pour en attester