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montrant, nous demandera-t-on de le justifier, d'en donner la raison? Est-ce nécessaire? Le pouvons-nous?
Nous pourrions nous renfermer dans cette parole de Voltaire sur l'existence de Dieu qui n'est pas moins applicable à Jésus-Ghrist : « Si on vous prouve une vérité, existe-t-elle moins parce qu'elle traîne après elle des conséquences gênantes? » 11 y a un plan manifeste, un dessein éclatant de la Religion, existera-t-il moins parce que sa raison nous échappe ? Existera-t-il moins parce que je suis incapable de l'expliquer?
Dans l'ordre naturel de la création, tout est visiblement fait sur un plan : en doutons-nous parce que les lois de ce plan se dérobent le plus souvent à nos recherches, et que nous en sommes réduits à chaque instant à des probabilités et à des conjectures?
Combien doit-il en être ainsi du plan surnaturel de la Religion, qui, historique, il est vrai, par sa partie temporelle, plonge par son principe et par sa fin dans l'éternité, a pour objet, même ici-bas, non-seulemenl l'humanité, mais Dieu lui-même, et qui par conséqueni ne nous permet pas, fussions-nous compétents, d< prononcer en connaissance de cause sur la partie que nous connaissons par l'infinité de celle que nou> ignorons t
Dieu Ta voulu ainsi, sans doute il eut raison.
Cette moralité de la fable n'avait besoin que de la chute d*un gland pour convaincre le rustre qui s'érigeait en critique de la Sagesse qui a ordonné l'univers.
Ainsi , et à plus forte raison, en est-il de cette même Sagesse dans l'économie de sa Religion. Elle y apparaîl assez pour que nous la confessions.
Mais nous pouvons entrevoir la convenance de sa conduite.
La Religion est un miracle continuel qui remplit toute l'étendue des siècles, marche parallèlement avec la Nature , et ne révèle pas moins que celle-ci Faction de l'Être Souverain. Deux grandes phases se la partagent : la prédiction, Févénement. Un seul grand objet la concentre : Jésus-Christ. Dieu n*est pas moins visible dans Fune que dans l'autre de ces deux phases; car si dans la première il se révèle en prédisant ce qui sera, il se manifeste dans la seconde en produisant ce qui a été prédit. D'une part il prépare , et de Fautre il consomme ; d'un côté il tracç le plan, de l'autre il élève l'édifice : également prodigieux dans Fun comme dans Fautre , il n'y relève que de Lui seul.
Ce n'est pas que cette œuvre de Dieu soit réellement successive comme il nous le parait, mais seulement sa révélation. En soi, c'est un même ouvrage subsistant dans l'immutabilité de son auteur et de son objet, et en ce sens Févénement existait avant la prophétie. Mais comme il n'existait qu'aux yeux de Dieu , Dieu seul a pu le décrire avant de le montrer, jusqu'à en parler au présent et au passé autant qu'au futur, et à en anticiper le bienfait par la môme foi qui le perpétue.
Seulement, pour s'accommoder à notre faiblesse et nous dispenser ce grand bienfait avec Une înesurc qui nous en fît apprécier la grâce, il lui a plu de nous le promettre d'abord , de nous le distribuer ensuite , ci de nous faire voir dans ces deux témoignages de sa libérale puissance , V Ancien et le Nouveau , que c'est Lui seul qui en est Fauteur, comme Lui seul en est le dispensateur, pour que Lui seul soit Fobjet de notre amour et de notre
reconnaissance. Il n'a pas voulu qu'il en fui de la Religion comme de la Nature : nous la donner toute faite, et nous y introduire comme un roi dans son palais quand il est achevé. Et la sagesse s'en laisse voir : car la Religion ayant pour objet de corriger en nous la nature dégradée par le péché , et le péché , source de cette dégradation , étant V orgueil, dont le propre est de s'attribuer immédiatement ce qu'il possède et de ne rien devoir qu'à luimême, il convenait que le bienfait réparateur de la Religion nous fût distribué avec succession , lenteur et économie, pour qu'il se détachât à nos yeux de tout autre titre que celui de sa gratuité, que nous ne fussions jamais tenté de nous en approprier le principe, et que la main qui nous le dispense, toujours visible au-dessus de nous, nous tînt toujours en haleine d'amour et de foi;
Dieu a laissé s'égarer le monde pour un temps dans tous les dérèglements de l'Idolâtrie, suite de la révolte originelle par laquelle l'homme s'était séparé de Lui. Il l'a abandonné à sa liberté. Pourquoi? Parce que, d'abord, cette liberté, qu'il avait donnée à l'homme pour le bien, comportait, par l'imperfection de la créature, l'éventualité de cet égarement. Parce que, après l'abus qu'elle en avait fait, il ne lui devait rien, et aurait pu la laisser aller indéfiniment à sa perte. Mais aussi par une raison de salut pour cette créature malheureuse : c'est qu'il convenait qu'elle fit l'expérience de sa misère propre pour rendre à ce Dieu qui viendrait l'en retirer cette gloire dont le refus l'avait fait déchoir. Ainsi la maladie rend témoignage au médecin qui en délivre, à raison même de sa gravité et de son opiniâtreté incurables à tout autre traitement.
Nous sommes autorisés à colle interprétation par le
divin Médecin lui-môrac. Nous lisons dans son Évangile que, trouvant sur son chemin un aveugle de naissance qu'il allait bientôt guérir, à ses disciples qui lui demandaient pour quelle raison cet homme avait eu le malheur de naître aveugle, Jésus-Christ répondit : « Pour « que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui '. » Et plus loin, au sujet de la maladie de Lazare dont se désolaient ses sœurs, il dit pareillement : « Cette mala- « die n'est pas à la mort, mais pour la gloire de Dieu, « afin que le Fils soit glorifié par elle^ » et que le tribut payé à cette gloire devienne le salut de la créature tombée pour l'avoir refusé. Dans cet aveugle-né, dans ce Lazare malade, mort, il faut voir le genre humain, soudainement tiré de la région de l'ombre de la mort où il était assis, pour que Dieu, glorifié par lui, devienne le principe reconnu de sa délivrance.
L'objection qu'on serait tenté d'élever contre la sagesse de cette conduite de Dieu consiste à s'étonner que la Rédemption ne soit pas venue immédiatement après la Chute, et que, pouvant prévenir cet effroyable égarement du genre humain qui les sépare, Dieu l'ait laissé se poursuivre et se consommer.
Les raisons que je viens de produire répondent à cette difficulté. Cet égarement même de l'humanité venant originairement et perse véramment de l'orgueil qui se refuse à rien devoir à Dieu et qui prétend se suffire à lui-même, il importait, la liberté humaine devant être exercée, ne l'oublions pas, que cette superbe fût rabattue par l'expérience de sa honte, et qu'elle fût si manifestement redevable de sa guérison à l'intervention gra-