‹ Jésus-ChristChapitre 75 sur 158 · Luc, VIII, 10. — 2. Luc, XIV, IG, 2G. Jean, XVI, Ï · texte numérisé non relu

Luc, VIII, 10. — 2. Luc, XIV, IG, 2G. Jean, XVI, Ï

ÏVL'lise, qui l'en tire toujours, et à qui il faut la deman- ■ M' pour bien comprendre rÈvangile lui-même. Comme toute la science de notre foi rentre dans l'Éle, et l'Évangile dans Jésus-Christ, Jésus-Christ uage à nos yeux par l'Évangile, et l'Évangile par „ .:c)cignement du Saint-Esprit dans l'Église. C'est de ce dégagement du Christ des voiles de l'Émgile, par l'enseignement doctrinal de notre foi, qu'il iporte de faire précéder l'étude textuelle du Saint vre.

Dans les siècles de foi, tout le monde avait la connaisnce familière de la Religion. Il n*y avait pas d'esprit Itivé qui ne fût jaloux de soutenir des thèses théoloïues, et la société de madame de Sévigné faisait ses lices des traités de Nicole. Mais en nos tristes temps gnorance, où le sol même, pour ainsi parler, de l'esprit main, jadis si florissant par la culture, est retourné jachère par l'abandon, tout est à réensemencer et à apprendre. C'est tout un Monde, le monde éternel de me, à recouvrer.

Ainsi, comment se tirerait-on de la simple lecture de vangilc, ou combien son explication immédiate renilrorait-elle de difiîcultés, alors que la Personne de ;us-Christ nous y apparaît avec des caractères et dans 5 états si épars, si divers, et en apparence contradicres? Combien les mystères de notre foi s'y comquent-ils des ténèbres de notre ignorance, et surtout nos fausses prétentions de savoir! Sans doute, il y a core de simples gens qui ont les notions de la foi. is les gens instruits, et à proportion qu'ils sont inuits des lettres humaines, hélas ! ce n'est pas leur faire are de dire que l'Évangile qu'ils renvoient aux sim-

pies est trop fort pour eux. Quel est celui de nos Illustres qui se risquerait ajouter, je ne dis pas sur la Somme de saint Thomas comme Condé avec Bossuet, mais sur le Catéchisme avec un enfant? Que si, par hasard, ils laissent entrevoir la raison de leur incrédulité, on est confondu en voyant à quel point ils découvrent leur ignorance.

Cette ignorance on n'eiî rougit pas ; on en fait même profession. On ment par là au plus noble instinct de l'esprit appliqué au plus grand intérêt de l'âme : celui de connaître Dieu, et tout cet ensemble de vérités surnaturelles auxquelles sont suspendues nos destinées. Avant que le domaine en fût ouvert par la Révélation, la recherche de ces vérités faisait partie intégrante de la Philosophie et en était le premier objet ^. Et aujourd'hui qu'elles sont le sujet d'une science certaine, dont les perspectives aussi lumineuses que consolantes devraient inspirer a l'esprit humain ce légitime orgueil d'êtr£ initié par Dieu lui-même à sa connaissance pour arriver

1. Qttîd sunt DU, qualesque déclarât, quid Inferi^ quîd Lares et Genii, Hase ejiis incitamenta sunt : per qux non municipale sacrum^ sed ingens Deorum omnium templum mundus iste reseratur. Senec. epîst. 90. — «On dît qu'il ne faut point chercher à connaître les « plus grands Dieux. Il me semble au contraire que c'est fort bien « fait de s'y appliquer. C'est une science belle, vraie, utile à l'État « et agréable à la Divinité... » (Platon, Les Lois.) « Le mal circule « sur cette terre et autour de notre nature mortelle. C'est pourquoi « nous devons tâcher de le fuir. Or, cette fuite c'est la ressemblance (( à Dieu par la justice et la sainteté... Qui connaît Dieu est vérita- j « blement sage et vertueux ; qui ne le connaît pas est évidemment j (( ignorant et méchant, n {Idem, Théétèté). — C'est ainsi que les Anciens comprenaient la Philosophie, et si la Théologie est devenue depuis une science à part, c'est moins par son objet que par sa certitude, que, même dans les choses naturelles, la Philosophie ne saurait égaler.

à sa possession, on n'en fait aucun cas, on la renvoie aux Clercs. On revient par là à ces siècles de ténèbres^ qu'on dénigre tant, où l'ignorance était noblesse, si ce n'est qu'on en sortait et que nous y entrons.

Et ce qui est dérisoire, c'est que la prétention s'accroît en raison de cet appauvrissement. Plus on ignore, plus on se croit en droit de prononcer. Tout le monde se croit né théologien, en dénigrant la Théologie. Les Conciles mêmes sont soumis au placet des Revues et des salons. Les hauts sujets de leurs décisions agités et résolus, comme si on se jouait dans la lumière, avant que les Pères, blanchis dans la Doctrine, aient rendu leurs décrets, deviennent tout à coup une science occulte dès qu'il s'agit d'y adhérer, comme si on voulait les déshonorer par la servilité affectée de Tintelligence. Et s'il en est ainsi des Décisions dogmatiques, qu'est-ce donc de ce qui n'est encore qu'Avertissement, bien qu'il participe de la même sagesse? Cependant, de deux choses l'une : ou vous vous couvrez de votre ignorance, et alors ayez-en la simplicité; ou vous voulez trancher du Docteur, et alors prenez-en les grades.

En cet état des esprits, et le meilleur remède à y opposer étant une connaissance de la Vérité divine d'autant plus modeste qu'elle sera plus éclairée, et d'autant plus éclairée qu'elle s'inspirera mieux des enseignements de cette Vérité, divins comme elle, j'ai cru bon, pour nous orienter dans notre entreprise, de la faire précéder d'un cours sommaire sur Jésus-Christ, sur ses états et ses caractères, que nous saisirons et distinguerons ensuite beaucoup mieux quand nous le verrous et l'entendrons Lui-même. Ce sera comme la clef de cette grande science qui nous en ouvrira tous les sen-

tiers. Ce travail préparatoire aura, en outre, cet avantage de nous exercer et de nous rompre au Mystère, de manière à ne plus être effrayé quand nous Taborderons dans son fort. Le monde spirituel n'est plus fréquenté ; l'esprit humain s'est rétréci et épaissi aux choses temporelles et sensibles ; et ces choses mêmes, qui puisent tous leurs principes, leur raison et leur gouverne dans un ordre supérieur, se trouvent avoir perdu leur sens pour les intelligences qui y sont plongées. « Étudiez la Théologie, » disait à des diplomates M. de Talleyrand, « sans elle il n'y a pas d'hommes d'État. » Ce ne sont pas les temps présents qui sont en situation d'apporter un démenti à cette vérité que justifient tant de grands témoignages historiques , depuis l'abbé Suger jusqu'à Richelieu^ pour ne parler que de la France.

C'est donc un exercice salutaire en soi, autant que nécessaire à notre objet, que celui auquel je convie le lecteur.

L'énoncé seul des titres de Jésus-Christ, si je ne me trompe, sera une révélation pour plusieurs. Ils se soutiendraient eux-mêmes tout seuls par leur belle ordonnance. Le développement que je me propose de donner aux principaux d'entre eux veut de la résolution, sans doute ; mais qu'on ne s'effraye pas ! Si nous faisons de la théologie, ce sera à l'usage de tout le monde et comme sans le savoir, par le mouvement naturel d'une pensée que vivifie et renouvelle le sujet même auquel elle applique ses efforts. Quel est celui qui, tiré tout à coup de la misère par la mise en possession d'un splendide héritage, se plaindrait d'avoir à en inventorier et supputer les trésors : trésors de lumière et de vie en-

viables en tous temps, mais surtout en ces jours mauvais, où la terre manque sous nos pieds, où ses intérêts s'écroulent, où ses illusions s'évanouissent, et où on voudrait pouvoir se donner des ailes pour s'élever en poussant le cri du poëte : Excelsiorl

Comme la lumière solaire, pure et simple dans son éclat, se réfracte en autant de couleurs que les milieux qu'elle traverse et les objets qu'elle vient frapper, la Lumière incréée, Jésus-Christ, s'offre à nous sous les douze caractères suivants qui me paraissent composer comme l'Arc-en-ciel de sa Révélation dans l'Évangile, ou comme le Zodiaque de ce divin Soleil des esprits :

I. Le Christ, Verbe incréé au sein du Père; IL Le Christ, Verbe Créateur, principe et exemplaire de l'univers ; IIL Le Christ, Verbe illuminateur au sein des âmes ;

IV. Le Christ, lin de la création, premier né et héritier de toutes choses;

V. Le Christ, promis et préexistant dès rorigine des temps dans le monde ;

VL Le Christ, Verbe incarné dans le sein de la Vierge Marie ;

vn. Le Christ, Dieu Homme conversant avec les hommes ;

VIII. Le Christ crucifié. Rédempteur de la race humaine et pacificateur de tous les êtres ;

X. Le Christ, Chef du corps mystique de l'Église, Roi des âmes. Pontife des biens futurs ;

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