‹ Jésus-ChristChapitre 8 sur 158 · SCIENCE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

SCIENCE HISTORIQUE

DE

CELUï QUï EST

Le premier fait historique qui frappe nos regards est l'Existence universelle , la Création. Je dis historique^ dans le sens étendu du mot, parce que la Création a été produite et se meut dans le temps; parce que, dans riiomme et l'humanité qui en est la dernière et plus haute expression, elle devient réellement historique; et enfin, parce qu'elle se relie aux événements qui se passent sur ce globe, comme la scène, les décors, le prologue et le chœur se relient à l'action dramatique.

Cette action s'ouvre par une première vérité qui est comme le fonds de toutes les autres.

La Libre-Pensée a dit: «Il n'y a point de Dieu. » Mais le Bon Sens lui a tout aussitôt répondu : « Quelque chose existe, donc quelque chose est de toute éternité. Ce monde est fait avec intelligence, donc par une intelligence. Il est ainsi démontré en rigueur qu'il existe un fttre nécessaire de toute éternité. Il est également démontré qu'il y a une intelligenC/C dans le monde. Je m'en lions Ih. » — L'impie insiste. « Comment, dit-il, parvenir ;\ se persuader que la chose la plus impossible h ' om|)rendre soit la plus essentielle? Voyez le mal piiv-

sique, voyez le mal moral, et croyez en Dieu après cela ! Jamais la notion de. Dieu n'entrera dans l'esprit humain. » — « Complètement^ non, réplique le Bon Sens ; mais une chose peut être démontrée et incompréhensible : l'éternité, les incommensurables, les asymptotes, l'espace... L'idée d'un Dieu qui ne ferait des créatures que pour les tourmenter est horrible et absurde ; mais si on vous prouve une vérité, cette vérité existe-t-elle moins parce qu'elle traîne après elle des conséquences inquiétantes ? Il y a un Être nécessaire, éternel, source de tous les êtres: existera-t-il moins parce que nous souffrons? Existera-t-il moins parce que^e suis incapable d'expliquer pourquoi nous souffrons^?... »

Ainsi raisonnait un esprit qui fut le génie du blasphème, mais qui, sur cette première vérité de l'existence de Dieu, avait trop de bon sens pour broncher. Ce bon sens était bien à l'étroit, cependant, borné qu'il était au pur théisme qui, dit-il lui-même ailleurs, rCa jamais suffi. Il se privait de bien des lumières, il s'exposait à bien des objections, pour se réserver d'insulter ce Dieu qu'il affirmait, par une longue satire contre sa Religion et sa Providence. Cette objection, notamment, tirée de l'énigme du mal dans le monde, et de cette idée horrible et absurde d'un Dieu qui ne ferait des créatures que pour en être le bourreau, il s'en était fait le thème monotone de la plus abjecte et de la plus infernale ironie. N'importe. Dans cette situation si resserrée et si inconséquente, tout son bon sens se cabrait et le rejetait en arrière de l'athéisme. Je m'en tiens là, disait-il, à ce qui est démontré en rigueur. Et quant à cette autre objection,

1. Voltaire, Remarques sur le bon sens, t. L, p. 568. — Dialogues d'Évhémère, idem, p. 159, édit. Beuchot.

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