I. Voir nolainriKîiit l'Apologio ilc Minueius Kéli
sième principe, qui était la cause exemplaire ou les idées, une sorte de Trinité hétérogène n'ayant rien de coessentiel et d'unique. Le Judaïsme môme, ne possédant pas encore la croyance explicite à la Trinité, nous apparaît toujours enclin à Tidolâtrie, et n'étant retenu sur le sommet ardu de Tunité de Dieu qu'à force de châtiments et de miracles.
La seule Révélation chrétienne est venue lever la difficulté et donner le mot du grand énigme. Elle pose d'autant plus hautement la souveraine unité de Dieu, que, dans cette hauteur reculée, elle ne nous le montre ni solitaire et destitué de relations, ni nécessité par des relations extérieures; mais en société, en activité incessante et infinie d'intelligence et d'amour, dont les objets et les termes sont en Lui-même, sont Lui-même produisant éternellement toute sa perfection dans un Verbe qui la personnifie, et par leur Amour commun, achevant de nouer cette triple relation de vie qui va éternellement et en plénitude du Père au Fils et de l'un à l'autre à leur Amour mutuel par qui elle leur fait retour sans s'épuiser jamais. Quelle société que celle qui a pour foyer l'Être, pour rayonnement la Beauté, et pour réverbération l'Amour, et dont tout ce qu'il y a d'être, de beauté et d'amour dans le monde n'est que le reflet! Et peut-il y avoir pour Dieu une autre société essentielle?
Et maintenant, qu'il crée le monde ou qu'il ne le crée pas, qu'importe à son activité et à sa félicité? Il se suffit, il est indépendant, il ne connaît pas la nécessité : il est vraiment Dieu, le Très-Haut, le Sublime, Roi invaincu dans son éternité. Tout ce qu'il fera dans sa sagesse, il le fera aussi dans sa liberté, et nul ne pourra le rechercher. Et combien ce caractère de libre puissance relè-
LE CHUIST, VERBE liNCRÉÉ AU SEIN DU PÈRE. 257
vera-l-illepii\de sesbienfaits! Quelle valeur ils tireront de leur gratuité! Quels droits leur mépris ne donnerat-il pas à sa justice! Que sMl daigne appeler l'univers du néant à l'existence, il le fera dans les ineffables effusions de sa bonté. Qu'est-ce donc s'il se révèle et se communique à sa créature, s'il l'élève à sa ressemblance et lui donne jusqu'à la liberté d'adhérer ou de se refuser à sa loi? Qu'est-ce donc si, cette créature tombée pour avoir voulu s'affranchir de lui, il vient la chercher dans sa misère, épouser cette misère même pour la mieux guérir, et prendre sur lui tous nos péchés avec toutes nos douleurs pour nous en racheter au prix de toute sa majesté et de toute sa gloire? Qu'est-ce donc si non-seulement il nous relève ainsi de notre chute, mais s'il nous élève plus haut encore jusqu'à cette gloire, jusqu'à son Royaume, jusqu'à nous faire Un avec Lui, comme lui-même est Un dans sa Trinité trois fois Sainte, et s'il nous fait entrer dans cette Société inaccessible où il se suffit éternellement!
N'entrevoit- on pas déjà la fondamentale importance du dogme de la Trinité? Quel jour il jette de sa divine obscurité sur toute chose : sur Dieu en luimême et sa vie intime; sur l'univers et la Création, sur l'homme et la Rédemption, sur l'Église et notre Sanctiff cation? Quelle grande et juste idée il nous donne de Tamour et de la munificence de ce Dieu par celle de sa sublimité et de son indépendance, et de sa justice par celle de cette munificence et de cet amour méprisés!
Nous le verrons de plus en plus, le Mystère de la Trinité est ainsi la mesure que rien ne peut mesurer (H qui mesure tout. C'est cette Vcrç/e d'or que Celui
qui est assis sur le trône a dans la main, et qui sert à toiser la longueur, la hauteur et la largeur de la Cité sainte ^ Comme le disait son grand défenseur S. Athanase, « ce dogme divin pose la base de la « vraie science et en est tout l'abrégé. »
Aussi, sans le connaître formellement, mais induisant sa nécessité de Tincohérence où cette ignorance retenait toute doctrine, l'esprit humain a toujours été en quête de ce mystère. C'était comme le Sphinx assis aux portes de la philosophie. Platon est celui qui en a approché le plus près. Dans la belle invocation que nous lui avons empruntée, ce talisman qu'il supplie Dieu de lui accorder pour l'explication de l'Univers, sous le nom générique de science, c'est la science de Dieu et de ce qu'il appelle sa pensée^ sa parole^ son Verbe, LoGOs, sagesse infinie, idée, type et modèle du monde, par qui Dieu a fait toutes choses ^ Ailleurs il conçoit distinctement ce Verbe sous la notion de Fils, par une relation avec Dieu dont il dit: « V Unité, le {{Bien, V Ineffable, c'est là le Père. » Dans sa République, h ses interlocuteurs qui lui demandent de leur expliquer la nature du Bien , il répond : « Je le voudrais (( bien, mais je crains que cela passe mes forces... Non, « croyez-moi, mes amis, laissons là la recherche du « Bien tel qu'il est en lui-même... Mais je veux vous (( entretenir de ce qui me paraît la reproduction du « Bien, sa représentation exacte : si .non, passons à « d'autres choses si cela vous est agréable. — Non, lui (( disent-ils, parle-nous du Fils, une autre fois tu t'ac- « quitteras en nous parlant du Père^. » Dans la plu-
1. Apocal.,XXI, 5. — 2. LeTimée. — Lettre à Denis. — 3. Hépublique, trad. Cousin, p. 51.
part de ces traités on voit ainsi Platon errer autour (le ce mystère. Mais il ne peut jamais arriver à dégager de son idéologie la notion de personnalité en Dieu, soit comme Fils, soit comme Père. Il n'en dégage pas mieux celle de son indépendance. Il glisse toujours dans la préexistence de la matière, sur laquelle Dieu n'a que l'action d'un artisan, et encore par l'intermédiaire de plusieurs dieux qui sont ses ouvriers, et il retombe ainsi toujours dans le Panthéisme et le Polythéisme.
On ne s'en est pas moins demandé par où Platon avait pu arriver à ces approximations du grand Mystère, qui lui ont valu qu'on l'appelât Moïse Grec, Moïses atticisans. On a généralement pensé, et lui-môme le laisse entrevoir, que ce ne pouvait être que par des traditions hébraïques que Pythagore aurait rapportées de son voyage dans l'Orient ^ A moins, comme M. Victor Leclerc en hasarde la noble pensée, que quelque révélation lui en ait été faite par ce Verbe qui parle au cœur de tous les hommes.
Si l'immoralité de certaines conceptions de Platon ne permet guère d'adhérer à cette conjecture, il faut du moins reconnaître que l'impiété et l'orgueil n'y font pas chez lui obstacle. Partout, malgré son génie, il ne hasarde ses opinions qu'avec le sentiment de la faiblesse humaine, sous l'invocation de Dieu, et avec cet admirable desideratum d'une Révélation divine qui vienne nous enseigner ce que nous devons savoir. Je ne le
1. Toute la philosophie do Pythagore lui-môme roule, comnin on le sait, sur la doctrine mystérieuse du Ternaire et de la Triade. « Nous « croyons, disait-il, no pas avoir bien invoqué les dieux, quand noua « no les avons pas invoqutîs trois fois, » Toute l'anliqullé prolano •lUachait une propriiHtî mystérieuse au nombre trois.
•260 SCIENCE DOCTRINALE Dé;^JÉSUS-CHRIST.
rendrai donc pas responsable de Fobsli nation de ses néodisciples contre le divin Préceptes qu'il invoquait , et je ne l'appellerai pas avec TertuUien « le Patriarche « des hérétiques , » ni avec M. Lâchât « le Patron des i Panthéistes. »
Quoi qu'il en soit, il est extrêmement remarquable, et cette réflexion est de Daguesseau , que le mystère de la Trinité qu'on regarde comme le plus incompréhensible de tous, — et que l'impiété de nos jours renvoie à la crédulité des simples, —■ a toujours été l'ambition et Forgueil de l'esprit humain ; celui dont la plus sublime et la plus raisonnable philosophie de l'Antiquité ait le plus approché K
Aussi, lorsque Jean, le pêcheur du lac deGénésareth, baptisé par le Verbe Fils du tonnerre ^, et devenu par sa grâce l'Aigle de Pathmos, dégageant cette grande vérité de toutes les élucubrations philosophiques, la promulgua au haut des airs en ces mots : « Au commencement était (c le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. « Il était au commencement en Dieu. Tout a été fait par « lui; rien n'a été fait sans lui, etc.» un frémissement d'enthousiasme traversa toutes les écoles de Platon, qui auraient voulu pouvoir écrire ces mots en lettres d'or au frontispice de tous les temples ^. Ce fut pour elles comme I'Eurèka! « Je l'ai trouvé ! » de l'esprit humain. Mais au lieu de s'en reconnaître redevable au Verbe lui-même et de se faire ses disciples, ils approprièrent cette découverte à leur orgueil, et en firent la matière de mille hérésies.
1. DaguGsseau, Lettres sur divers sujets^ touie XVI de ses œuvres. — 2. Marc, III, 17. — 3. Saint Augustin, Cité de Dieu^ liv. X, ch. xxix.
Mais ce qui est merveilleux cl ne peut être que divin, c'est que celte Doctrine si sublime, si inaccessible, que la philosophie n'avait jamais pu découvrir, et qu'elle n'a pu garder, promulguée par des hommes incultes, soit devenue à jamais la doctrine du monde civilisé, saisie, professée et pratiquée par tous les esprits, qui y puisent communément, comme à une source publique, la pure notion de Dieu, unique, simple, spirituel, immuable, essentiellement distinct de la Création qu'il a produite par sa parole et dans son amour; infiniment bon, parce qu'il est tout-puissant; infiniment juste, parce qu'il est indépendant; se suffisant parfaitement à lui-môme par la société intérieure du Père, du Fils et du Saint- Esprit, où il trouve pleinement sa gloire et sa félicité , et vivant par là d'une vie supérieure à celle de tous les autres êtres qu'il a créés librement, et avec lesquels il peut s'unir sans qu'on le confonde avec eux.
Doctrine auguste , qui sauve le monde du polythéisme et du panthéisme où il retournerait à chaque instant sur les pas de l'hérésie et de la philosophie , si l'Église ne maintenait hautement le mystère de la Trinité, d'où cette pure notion de Dieu rayonne.
Cette Doctrine est la propriété exclusive du Christianisme. Elle le distingue, comme l'observait dès le commencement Saint-Hilaire , du Judaïsme et de la Philosophie : Hoc Ecclesia intclliyù , hoc Synagoga non crédit , hoc Philosophia non sapit. L'Eglise seule, disait très-justement déjà ce grand Docteur, en a l'intelligence. Elle seule, en elîet,— marque décisive de sa divine institution, — non-seulement a transmis au monde le dogme fondamental de la Trinité, mais le lui conserve. Seule, au sein de mille hérésies, qui dès le commencemeni
l'attaquaient et qui. n'ont pas cessé de l'attaquer jusqu'à nos jours, elle a maintenu l'intégrité du grand Mystère; et, ce faisant, elle a gardé ce que TertuUien appelait encore justement: V Œuvre propre de V Evangile, la Substance du Nouveau Testament , le Fonds de tout le Christianisme ^
Tout le Christianisme, en effet, est pénétré du mystère de la Trinité : c'est ce mystère môme en opération pour
1. Le Protestantisme, qui s'est toujours autorisé de l'Évangile contre l'Église, et qui n'a cessé d'opposer le Christianisme au Catholicisme, se trouve convaincu d'erreur à cette pierre de touche. 11 a toujours été réservé sur le dogme de la Trinité, jusqu'à l'abstention ; et pour cause. J'en fis Fépreuve un jour. Un protestant des plus orthodoxes fut mis en rapport avec moi par un de ses coreligionnaires ficeptique. Celui-ci voulut engager une discussion entre nous comme pour se donner le spectacle de notre désaccord au profit de la libre pensée. Je m'y refusai d'abord. Mais voyant qu'ils tiraient avantage de ma réserve, je me décidai, et alors s'engagea entre Vorthodoxe et moi le court dialogue que voici :
— Monsieur, lui dis-je, permettez-moi de vous demander d'abord si vous êtes Chrétien; car si vous ne l'étiez pas, toute discussion, de protestant à catholique, serait superflue.
— Comment, Monsieur, si je suis Chrétien, mais c'est me faire injure que d'en douter!
— Vous croyez donc que le Christ est Dieu.'*
— Oh, ridée de Dieu est si incompréhensible, qu'il est bien difficile de la préciser assez pour pouvoir répondre à cette question.
— Il est vrai. Monsieur, cependant, je crois pouvoir vous proposer une définition de Dieu de nature à lever tous vos scrupules : — Dieu, c'est VÊtre Suprême ; c'est-à-dire au-dessus duquel il n'en est aucun. — Et maintenant permettez-moi de renouveler ma question : Croyez-vous que le Christ soit Dieu, autrement dit TÈtre Suprême ?
— Mais, Monsieur, Christ lui-même a dit : If on Fère est pîm grand que moi,
— Ceci est une question de texte dans laquelle il est inutile de nous engager, dès lors que vous en tirez vous-même la conséquence que Jésus-Ciirist n'est pas Dieu, et que vous confessez par là ne pas rire Chrétien : la seule chose que je voulais tirer de vous.
Le sceptique ne put s'empêcher de me donnei* raison, donnanf pat-
le salut du monde. Aussi tout dans le monde chrétien s'est fait au Nom de la Très-Sainte Trinité. C'esl en ce Nom sacré que toutes les Nations, selon la mission donnée aux Apôtres par Jésus-Christ, ont été baptisées, et que chaque âme de Chrétien est encore affranchie de l'empire du mal sous lequel nous naissons tous; en ce Nom que les premiers Chrétiens faisaient crouler l'idolâtrie, et dominaient tous les tourments; en ce Nom que la barbarie a été domptée ; en ce Nom que les législateurs de ce droit qu'on a appelé la raison écrite en élevaient le monument; en ce Nom, que tous les traités politiques, toutes les chartes de liberté étaient inaugurées, et que chaque particulier passait tous les contrats de sa vie et dressait le testament de sa mort. Tout était marqué de ce sceau sublime : les actes solennels de la vie, le repos de la tombe, les espérances d'immortalité.
C'est que tout dans l'économie de notre foi, la Création, l'Incarnation, la Rédemption, la Mission du Saint- Esprit, la vertu des Sacrements, le Culte, est fait en quelque sorte de ce Mystère, tout le professe, le proclame et le glorifie, et en lui DIEU , non plus seulement dans son existence et dans sa relation naturelle avec le monde que la raison peut aborder, bien qu'elle n'ait jamais pu s'y tenir, mais dans sa vie intime et dans les relations personnelles par lesquelles il exerce son activité en Lui-même, et d'où procèdent tous les rapports surnaturels qu'il a noués avec sa créature : sanctuaire de gloire, où l'esprit humain dans son essor le plus hardi n'aurait jamais pu pénétrer, et hors duquel il ne peut
là raison à l'Église qui, dans le dogme do la Trinité, conserve seule C œuvre propre de tEvamjile, la substance <ln Nouveau Testament, te fonds de tout le Christianisme.
cependant saisir la souveraineté de Dieu et son indépendance.
Au Christianisme seul donc, à FÉglise Catiiolique de faire entendre l'Hymne triomphal, dont les strophes enllammées semblent descendre du trône même de Dieu sur les ailes de son Esprit, pour y remonter par les acclamations de Fàme humaine :
Te Deum laudamus : Te Dominum confitemur ;
Te œternum Patrem omnis terra veneratur;
Tibi cherubim et seraphim incessabili voce proclamant :
Sanctus, Sanctus, Sanctus Dominus Deus Sabaoth.
Pieni sunt cœli et terra Majestatis Gloriae tuae.
Patrem immensae Majestatis;
Venerandum tuum verum et unicum Filium,
Sanctum quoque Paracletum Spiritum.
Et toute la suite de cet Hymne tonnante, la plus haute expansion religieuse du genre humain.
Cela dit, nous savons maintenant ce qu'est la Personne de Jésus-Christ, et ce que veulent dire ces paroles : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe « était en Dieu, et le Verbe était Dieu : »
Il est la splendeur de la gloire de Dieu et la figure de sa substance^ ; la vapeur de la vertu de Dieu; V effusion pure et sincère de la clarté du Tout-Puissant; f éclat de la Lumière étemelle; le mii'oir sans tache de la Majesté de Dieu et V image de sa Bonté^; la Sagesse née avant toute créature^ sortie de la bouche du Très-Haut comme un fleuve écoulement du