Aux Ephémns
« pas moi qui vous ai donné Tâme, Tesprit et la vio, qui « ai joint tous vos membres pour en composer un corps ; (« mais assurément le Créateur du monde, qui a formé « l'homme dans sa naissance et qui a donné l'origine à « toutes choses, vous rendra de nouveau l'esprit et la vie « par sa miséricorde, en récompense de ce que vous vous « méprisez maintenant vous-même pour obéir à sa loi^»
Mais ce n'est pas là toute la paternité de Dieu, ou plutôt ce n'est que l'ombre de sa Paternité véritable. Ce n'est là, en effet, qu'une paternité crm^rece, qui est paternité en tant qu'elle donne la vie, mais qui ne l'est pas en tant que Dieu ne la donne pas de sa propre substance, et qu'il ne s'y reproduit pas. Cette paternité-ci est évidemment plus parfaite que celle-là. Les créatures à qui il l'a donnée auraient donc reçu de lui plus qu'il n'aurait luimême s'il en était dépourvu ; et toute paternité ne descendrait du Père que pour s'élever contre sa propre infécondité? Dieu qui fait être père ne le serait pas? « Est-ce que moi qui fais enfanter les autres, dit-il par
son Prophète, je n'enfanterais pas moi-même? Et moi, « de qui vient tout pouvoir d'engendrer, est-ce que je « serais stérilet » Qu'ainsi ne soit! Dieu est Père d'une lutre paternité, à lui propre, d'une Paternité génératrice, f^ar sa paternité créatrice il crée la vie extérieure dans
univers : par sa paternité génératrice il engendre la vie de sa propre substance, dans un être qui est sa reproduction incessante, un autre Lui-même, son Verbe, son vrai Fils consubstantiel à Lui, non fait, mais engendré, et par qui il a fait et il conserve toutes choses : Genitxm^ non factum; consubstantialem Patri, per quem omnia facta
1. Machabéfcs, liv. II, cliap, vu, vera. 2I,23,— 2. laaïc, LXVI, 8.
sunt \ Ainsi ces deux paternités génératrice et créatrice s'enchaînent d'une manière merveilleuse. Par sa paternité génératrice , Dieu est éternellement Père de son Verbe cjui jaillit incessamment comme le rayonnement et la splendeur de sa substance ; et par ce Verbe, créant la vie dans Tunivers, il se donne une paternité créatrice qui est comme le rejaillissement de sa paterniir' génératrice.
Enfin, disons déjà, pour achever le tour du plan divin, qu'il est une troisième paternité de Dieu qui tient de la paternité créatrice et de la paternité génératrice : c'esl lapaternitéac?o/)^we, par laquelle nous devenons nous-^ mêmes enfants de Dieu en Jésus-Ghrist. Dans l'ordre dej la Création, nous sommes enfants de Dieu en tant qu'il nous a donné la vie comme à tous les autres êtres, et qu'il nous l'a donnée à son image et à sa ressemblance, par un privilège particulier. Mais nous ne sommes pas enfants de Dieu en tant qu'engendrés de Dieu, participants de sa vie divine, associés à sa félicité, héritier de son Royaume, jouissant de tous les droits de cette filiation divine. En ce sens. Dieu n'a qu'un Fils unique* engendré, Unigenitus, le Verbe incréé. Eh bien, ains que par ce Verbe incitée nous avons été créés à la vie dé toutes les créatures, par ce même Verbe incarné ^ Jésus-Christ, nous sommes élevés de la condition d( créature à la dignité de fils de Dieu comme il l'est lui-même, nous sommes comme engendrés à la vie de Dieu, Quasimodo geniti infantes^ : non par nature, mais par grâce d'adoption^ et, prodige de cette grâce ! identi-
1. Symbole des Apôlres, »— 2,Tntroit du deuxième dimanche apros Pâques.
quement quant aux effets, comme toute filiation adoptive, tellement que d'Unigenitus qu'il est en lui-même, le Fils de Dieu devient Primogenitus in multis fratribus ^ par rapport à nous, ses frères, ses cohéritiers, ne faisant qu'un avec Lui, et par Lui un, comme Lui, avec son Père, dieux nous-mêmes en un sens : Ego dixi : DU estis ^.
Telles sont les trois paternités de Dieu et leur ordonnance : génératrice, créatrice et adoptive. Celle-ci s'enchaîne aux deux autres et termine le dessein. Elle élève le rejaillissement de la Paternité de Dieu dans la création à la hauteur de sa source et l'y fait pour ainsi dire rentrer, par cette grâce de Jésus-Christ qui devient en celui qui la reçoit une fontaine d'eau jallissanie jusqu'à la vie étemelle ®.
Telle est, dans sa distinction et dans ses rapports, la Paternité divine et la genèse éternelle du Verbe qui en est rirradiation. C'est làle Christ vraiment Fils de Dieu, sorlantdu sein du Père detoute éternité, etné hommedans 1 1 ' tempsdu sein d'une Vierge. C'est là ce qu'il esten origine eten personne. Il s'est annoncélui-méme dans ce caractère originel plusieurs siècles à l'avance par ses Prophètes : « De toi, ô Bethléem, disait le prophète Michée, sortira le « Dominateur, Celui dont les sources sont dès les jours « de l'Éternité'*. » Les sources, expression qui nous indique que Celui dont on parle coule et coulera toujours des profondeurs du Père qui y épanche sa divinité. Il en est de môme de cette autre expression les jours: ainsi paraît multiple ce qui n'admet ni commencement ni fin. Par la
1. Aux Romains, VIII, 29. — 2. Ps. LXXXI, G. — 3. J«'an, IV 14. — 4. Michée, V, 2.
bouche d'un autre prophète, Dieu dit à son Christ : « Vous « êtes mon Fils, je yous ai engendré Au jourd'huP,)) c'està-dire dans le jour éternel et avant le temps. Ce qui se confirme par cette autre parole du môme Prophète : « Je « vous ai engendré de mon sein avant l'étoile du jour^.»
En résumé, dans le langage universel, qui dit Dieu, dit Père, père de la nature, père des humains. De cette paternité extérieure à Dieu, et dont les œuvres essentiellement finies ne peuvent, par elles-mêmes, soutenir aucun rapport avec Tlnfini, s'induit rationnellement une Paternité supérieure, intérieure à Dieu, propre à Dieu, véritable, parfaite, éternelle et infinie comme Lui. Dieu est nécessairement Père en tant que Dieu, étant lasourc de toute Paternité. Le néant a été fécondé par sa puissance, la nature a été fécondée par sa grâce. Or, la fécondation suppose la fécondité. Donc, Dieu est fécond par Lui-même et en Lui-même. Il est fécond à sa manière, divinement. Il est générateur, il est Père.
Il est Père, disait l'antique philosophie, sans pouvoir dégager le caractère de cette paternité et en soutenir la notion au-dessus du fini. Il est Père, nous dit la foi avec précision et détlnition certaine : il engendre éternellement de sa substance un Fils qui ne peut pas ne pas êlro ce qu'il est Lui-même, puisqu'il le produit en lui d'une production substantielle, totale , c'est-à-dire infinie el éternelle comme Lui : Lui-môme se rayonnant. Ce Fils, par nature divine, est donc Dieu : Dieu de Dieu^ Lumih de Lumière. — C'est là Jésus-Christ.
Et nous revenons ainsi à la simple formule do notre