Kcclé.ÛMStique, chap. XXIV
de sa dispensation k toutes les générations humaines qui se succéderont jusqu'à la fin des temps.
Et cette histoire est une prophétie, perdue en quelque sorte parmi toutes celles qui illuminent notre foi !
Nous ne pouvons nous détacher de ce grand et beau sujet sans en tirer une application pratique à nos temps,
Surnaturellement élevé en société avec la Raison divine incarnée, le monde chrétien est tombé de celle hauteur au-dessous de la raison simplement naturelle, dont le monde païen, si déchu qu'il fût, avait retenu quelques rayons.
11 est honteux, mais nécessaire de le montrer.
L'homme se distingue par la raison, par cette lumière divine qui doit être la règle de sa conduite, et dont il n'est le sujet que pour participer à sa noblesse. Sans doute il ne la suit pas toujours jusqu'au bout, il lui désobéit môme trop souvent; mais au moins ne saurait-il méconnaître, sous peine de n'être plus homme et de tomber même au-dessous des animaux en qui l'instinct tient lieu de raison, qu'il doit lui obéir ^ qu'elle est sa Loi.
Les hommes n'étant pas tous raisonnables, et leurs volontés rompant trop ordinairement avec cette raison dont la loi commune observée les ferait vivre d'eux-mêmes en paix, il a fallu des gouvernements : des gouvernements; c'esL-à-dire des hommes de choix, investis de la tache d'avoir de la raison pour ceux qui n'en ont pas, d'être les ministres de la Raison, et d'en faire respecter /a Zoi par des lois qui, s'en inspirant elles-mêmes, en emprunteraient l'autorité. Sans doute encore tous les gouvernements ne se conduisent pas de la sorte; mais on n'avail
encore jamais imaginé de placer ailleurs le principe et le devoir de Tautorilé.
a Le mot de loi bien entendu, dit excellemment Cicé- « ron, renferme la pensée et la nécessité de légaliser le « Juste et le Droit ^ »
Le Juste et le Droit, c'est-à-dire cette droite Raison qui est par soi, qui ne dépend pas de l'homme, mais dont rhomme dépend : voilh donc la Loi dans son titre originel, qu'on doit mettre en lois, et dont toutes cellesci doivent être faites, sous peine de perdre leur caractère. A proprement parler, on ne peut pas faire des lois, mais seulement édicter l'unique Loi, celle que Dieu a tracée à l'homme, selon les cas divers de ses applications.
Or, la maxime de Vesprit moderne est que la Loi n'emprunte rien à quoi que ce soit de supérieur à l'homme; qu'elle ne provient d'aucune règle ayant autorité sur lui; mais qu'elle est V expression de la volonté générale : c'està-dire qu'elle prend son principe dans son sujets soit à état de multitude s'exprimant par le nombre ou les majorités, soit à l'état de Souverain relevant toujours de cette prétendue volonté générale *.
Il en résulte que nous n'avons plus que des lois sans Loi.
Ce désordre ne saurait s'arrêter là. Il doit aller jusqu'à des lois contre la Loi.