De Lcgibus, II
2. Jusqu'ici on avait toujours cru que l'unité régissait lo nombre; [ju'il en procédait par séries rangées, et que c'est 1:\ ce qui lo consliuait. Mais aujourd'hui, nous avons changé lus Malliématiques. C'est le nombre qui est souverain; et c'est de lui que doit sortir ctquedoil
élever l'unité : sauf à n'avoir ni unité ni nombre, mais la division et la confusion, jusqu'à ce que l'invlnclblo nature ail repris son empire.
De ce monstrueux renversement, substituant le sujet à la Loi au principe de la Loi, et la volonté de l'homme (Peuple ou César) au Juste et au Droit, de là, dis-je, à la guerre au Juste et au Droit, il n'y a qu'un pas, et ce pas doit nécessairement être franchi. C'est une lutte contre la nature des choses, laquelle réclame trop fortement contre ses violateurs pour ne pas provoquer leur hostilité.
Cette guerre doit être d'autant plus furieuse, qu'elle arrive rapidement à se personnifier, surtout chez des nations nées du Christianisme. Et on le comprendra si l'on observe qu'elle en est le fond.
Cette Loi véritable, en effet, ayant seule caractère pour ordonner et pour défendre, dont l'esprit moderne veut s'affranchir, n'est autre que la droite Raison de Dieu : — de là, la guerre à Dieu.
Cette Raison de Dieu, de qui elle émane éternellement comme de son Principe, et qui, une fois qu'elle s'est affermie et développée dans l'esprit de l'homme, est sa loi, n'est autre encore, dans l'ordre naturel, que cette Sagesse qui s'est déclarée en ces mots : « J'habite dans le (( conseil, et je me trouve présente parmi les pensées ju^ (( dicieuses. C'est de moi que vient l'équité : les Rois rè-' « gnent par moi, et c'est par moi que les Législateurs « ordonnent ce qui est juste, par moi que les Potentats « rendent la justice. » Et c'est cette môme Sagesse qui s'est révélée surnaturellement au monde en Jésus-Christ, nous élevant en raison jusqu'à Lui et par Lui à Dieu dans son Évangile : •— de là, la guerre à Jésds-Christ.
Enfin Jésus-Christ ne s'est pas borné à promulguer sa Loi dans son Évangile : il s'est érigé un tribunal dans son Église, dont il a fait son Siège, pour y maintenir sa
LE CHRIST, VERBE ILLUMINATEUR DE L'AME. 30o
règle et l'opposer à toutes nos violations : — de là, la guerre à l'Église.
La guerre à l'Église, à Jésus-Christ, à Dieu, à la Raison, devait devenir ainsi une seule et môme guerre, par l'union solidaire de ces progressives manifestations de la seule et unique Lumière qui est la Loi de l'homme.
On doit distinguer sans doute, mais on ne doit pas séparer l'idée de Jésus-Christ de Tidée de la Raison, et ridée de la Raison de celle de Jésus-Christ. C'est la même lumière éclairant tout homme venant en ce monde^ puis venue en ce monde; et cette lumière est la Lumière de Dieu, tirée de l'obscurcissement où elle était tombée en nous, et révélée dans un éclat plus vif, autant que maintenue dans une autorité plus inviolable en Jésus- Christ et son Église.
Sans doute encore la raison naturelle a été élevée dans l'Évangile à un degré surnaturel de perfection qui, si obligatoire qu'il soit dans ses préceptes, si facilité qu'il soit par la grâce de Jésus-Christ pour chaque chrétien, ne saurait malheureusement être atteint par les hommes réunis en société. Mais au moins les lois de celle-ci ne doivent-elles pas lui être contraires. Ce peut être une question de degré, jamais de contradiction : la raison ne pouvant être contraire à la Raison.
C'est en ce sens que la Raison et l'Évangile sont solidaires. Et quelle plus grande preuve en veut-on que la guerre commune qu'on leur fait ?
Dans cette guerre on s'arme contre l'Église de l'esprit moderne et de ses lois : l'Église de son côté oppose LA Loi. On a recours contre elle à la violence : elle répond par le Non Possumus de la conscience.
Ce Non Poasunnifi do l'Église do Jksus-Chuist n'osl au-
tre que celui du Droit et de la Justice de tous les temps, élevé en elle à sa plus haute puissance de conscience et de résistance, parce qu'il y est surnaturellement infaillible et divinement assisté. Il est l'honneur et la sauvegarde de l'humanité contre toutes les tyrannies. C'est à lui que le monde chrétien doit toutes ses vraies libertés; c'est sur lui que s'est brisé le monde païen, et que se brisera ce monde révolutionnaire qui n'en est que le retour. C'est lui qui inspirait Sophocle, quand il faisait dire à une jeune martyre du devoir s'adressant au tyran qui voulait le lui interdire : « Ce n'est point Dieu ni sa « Justice qui ont dicté votre arrêt ; et je n'ai pas cru « qu'une loi humaine eût assez de force pour engager « les hommes à violer les Divines Lois * ; » qui faisait dire aussi à Socrate : « Désobéir à ce qui est meilleur « que soi est contraire au devoir et à l'honneur. Voilà « le mal que je redoute. C'est pourquoi. Athéniens, « je vous honore et je vous aime; mais j'obéirai à Dieu « plutôt qu'à vous ^. »
Non, disons-le bien haut, les lois humaines sont primées parla Loi divine, qui est la Loi, de laquelle elles tirent toute l'autorité qu'elles peuvent avoir, et qui oblige à leur désobéir quand elles lui sont contraires. Vainement se revêtent-elles d'un appareil de puissance et de majesté : elles ne sont en cela que plus sacrilèges. On ne doit à cet appareil qu'un respect de forme, par égard pour ce qu'il représente, et qui n'est en cela même qu'un respect de plus pour, la Puissance et la Majesté mêmes : celles des Divines Lois auxquelles on se doit au fond. «C'est la plus grande des absurdités, en