‹ Jésus-Christ avant son ministèreChapitre 21 sur 37 · PPS NAN CR EN CS · texte numérisé non relu

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manuscrits sacrés, et, devant elle, est installée une petite chaire. La salle est garnie de bancs, et les places des premiers rangs ou de l’estrade sont payées. C’est là que se mettent les riches. Joseph et ses fils s’asseyent d’un côté de la salle, aux places gratuites ; Marie et ses filles de l’autre, car les sexes sont toujours séparés. Les femmes sont voilées, et les hommes gardent leur turban sur la tête.

Lorsque le service commence, un personnage, désigné d'avance, monte sur l’estrade et récite le Schema et le Schemoné Esré (1); tout le peuple est debout et répond d’une voix forte : Amen, à la fin de chaque prière. Jésus a, sans doute, été plus d’une fois celui qui a récité ces deux prières.

Ensuite, on lit la Loi, c’est-à-dire une cinquantaine de versets du Pentateuque. Le Hazzan,

sorte de sacristain, a tiré de l’armoire l’étui qui

adoptées pour toutes les Synagogues, et qui devaient être, par conséquent, celles de la Synagogue de Nazaréth,

(1j Voir sur le Schemoné Esré,; notre ouvrage : La Palestine au temps de Jésus-Christ, 5° édition, page 375 et suiv.

renferme les précieux textes, et sept: lecteurs; d’une voix monotone et nasillarde, lisent, à tour:

de rôle, trois ou quatre versets: chacun. En trois.

ans, le Pentateuque sera lu en entier: Alors, on

recommencera. De douze à trente ans, Jésus

l’entendit lire six fois dans la Synagogue de Nazareth. Chaque verset, lu en hébreu, dans la langue originale, était aussitôt traduit en:syriaque; car le peuple de Nazareth ne comprenait pas l’hébreu. -

Jésus, dans son enfance, ne le comprenait pas plus que ses compatriotes, etil dut l’apprendre quand il se mit à faire du texte une étude privée. Il est probable qu’il ne le parla jamais couramment, car pas une seule des paroles de lui, que les Evangiles nous ont conservées dans leur texte primitif, n’est en hébreu. Elles sont

toutes prononcées-en syriaque, sa langue mater< nelle; dans la conversation, il n’en employait

jamais, d’autre, et, même lorsqu'il citait. l’Ancien Testament, il ne le citait que traduit en syriaque.

La lecture finie, un des lecteurs faisait un commentaire oral, une explication, une sorte

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d'homélie: Jésus, enfant, a longtemps:accepté d’autorité, et sans être en état de les discuter, ces interprétations dont les développements talmudiques peuvent nous donner une idée. C'étaient, la plupartdu temps, dé pauvres et inintelligentes remarques, des rapprochements: forcés, des ob servations puériles:

Ce commentaire: achevé, le personnage qui avait récité lés premières prières venait lire un passage du livre des Prophètes: Tous les trois versets, un interprète traduisait; enfin, la béné: diction était prononcée, et l'assemblée se retirait. Ces diverses lectures et récitations étaient séparées par le chant de Psaumes, et trois diacres recueillaient les dons des fidèles pour les pauvres.

Un des premiers soins de Jésus: fut certainement de se faire prêter le rouleau de la Thorah pendant la semaine; et d’y relire le passagecommenté le Sabbat précédent. C’est ainsi qu’il apprit à fond l’histoire de:son: peuple, et que les récits des livres mosaïques lui devinrent très familiers : la création, la: chute, Abel, Noé;

104 JÉSUS-CHRIST AVANT SON MINISTÈRE TP I ee Re Abraham, Isaac, Jacob, tous les patriarches ; Moïse et ses hauts faits; puis, dans le recueil des Prophètes, David, Salomon, Elie, Elisée, furent ses héros favoris.

Parmi les prophètes écrivains, il fit un choix. Il ne semble pas les avoir tous également goûtés. Esaïe paraît avoir été son auteur de prédi- | lection, et les Psaumes seuls lui furent peutêtre plus familiers encore. Il est probable qu'il parvint à se procurer des textes qui lui appartenaient en propre, et qu’il n’était pas obligé de rendre à la Synagogue, après en avoir pris connaissance; car les plus pauvres, s'ils étaient pieux, se procuraient des feuilles de parchemin, sur lesquelles ils recopiaient eux-mêmes ou faisaient recopier par quelque Scribe complaisant les textes qu'ils tenaient à relire souvent. L’écriture de ces manuscrits que lut Jésus, après les avoir fait recopier ou les avoir copiés lui-même, était exactement celle de nos Bibles hébraïques d’aujourd’hui.

La Loi était pour lui la Parole de Dieu; ni plus, ni moins. Cette Parole faisait, à ses yeux, ‘autorité. Jamais il ne se posa à son sujet une

question critique. Pour lui, tout ce qui est écrit est entièrement authentique et véridique. Tout vient de Dieu ; tout est vrai. La formule : «Il

cest écrit » est, pour lui, synonyme de celle-ci :

« Dieu dit ». Et cependant, il sent que, à bien des égards, cette Parole est dépassée, et dépassée par lui-même, par sa conscience, par une intuition sûre, intime, immédiate de la vérité qu’il porte au dedans de lui. Il présente ce phénomène unique, qu'il est à la fois soumis à la Parole de Dieu et au-dessus d’elle. Prenons pour exemple un des passages du Sermon sur la montagne : « Vous avez entendu qu'il a été dit: Tu « ne tueras point; celui qui aura tué, sera pas-

« sible du jugement; eh bien, je vous dis, moi:

« quiconque se met en colère contre son frère « sera passible du jugement» (1). [Il accepte donc le commandement « Tu ne tueras point; » ilne le rejette pas, maïs il l'explique et montre qu'il implique la colère et la haine ; il remonte de -

l'acte au sentiment qui l’a dicté. Cette exégèse lui paraît légitime. Il affirme que sa manière de

(1) Ev. de Matthieu 5 : 21 et 22.

voir est la vraie: interprétation du: texte:;:et'en: même temps, c’est lui qui parle, etul le saitbien:.

car il s'exprime ainsi : « Eh bien, je vous dis, moi. »

Si, maintenant, nous étudions en elle-même:

cette interprétation donnée par Jésus, nous

voyons qu'il sépare dans la Loi ce quirest:éternel de ce qui est transitoire’et passager ; et'nous montrerons plus loin: qu’il ne faisait qu'appli- quer là une méthode qui a été constamment la sienne, et dont il s’est servi en toutes circonstances : ne rien abolir, tout accomplir.

Nous avons dit que ce furent surtout Esaïe et les. Psaumes qui l’inspirèrent. C’est là, en effet, qu’il trouval’universalisme, là qu’il apprit que tous les hommes sont frères; etique Dieu est: Le: Père de tous; c'est: là: qu’il découvrit le:culte: sans date et Sans patrie, le: culte en esprit et en vérité, indépendant des rites et: des formules, et qu'il devait constamment prècher. Les livres: de Jérémie et d’Osée firent: aussi partie de ses lectures préférées. Il aimaït à répéter des sentences tirées de l’un deces prophètes,

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celle-ci, par exemple : « Je veux la miséricorde et non le sacrificé » (1). |

Les. prophètes lui parlaient aussi d’un relève-. ment dans l'avenir, d’une èreglorieuse qui viendrait, d’une Rédemption finale qui serait le triomphe de Jéhovah, et, comparant ces rêves aux misères qui l’entouraient, ce bonheur futur aux malheurs de son temps et de son peuple, sentant en même temps grandir en lui la conscience d’une force religieuse et morale qui dépasse celle des meilleurs parmi ses‘contempo-.. rains, sa foi en lui-même et en une mission exceptionnelle s’éveille et grandit

Désireux d'étudier de plus près les croyances messianiques de son temps, ilinterroge ceux qui en ont spécialement parlé, et il lit deux Apocalypses très appréciées de ses contemporains, le

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