INTRODUCTION IX
de sa vie. IL a charmé les foules, ses disciples, les femmes, les pauvres, les malades, et il a fini par se charmer lui-même. Le pieux et doux Rabbi était avant tout un charmeur, et tout devient clair quand on se pénètre bien de ceque renferme ce mot: le charme. Parlait-ilr sa parole charmait. C'’étaient, dans les premiers mois du ministère de Galilée, des préceptes pleins de douceur, des mots exquis qui consolaient, de délicieuses paraboles qui enchantaient les multitudes. Par le charme s’expliquent aussi toutes ses guérisons, car il est incontestable qu’il en a opéré. Le contact de sa personne, le son de sa voix, son visage aussi, tout en lui était charmant, tout en lui était d’une douceur exquise et d’une suave bonté.
Puis, sont venus lesmauvaisjours. L’envieetla haine l’ont poursuivi comme elles poursuivent toujours ceux qui réussissent et sont beaucoup aimés. Jésus alors, par une réaction naturelle, a senti grandir sa confiance en lui-même. Trompé autant par l'enthousiasme qu'il continuait d’inspirer que par l’opposition contre lui, qui allait aussi s’affirmant davantage, il a eu la naïveté
x INTRODUCTION
dese croire le Messie; et, s’exaltant jusqu’au martyre, il a été crucifié, il est mort.
Mais le souvenir qu'il avait laissé était là avec son charme qui allait grandissant, car la mort grandit toujours, et transfigure. Ce souvenir
devait, les circonstances historiques aidant, lui
enfanter des disciples, lui donner une Église, lui conquérir le monde.
Le point de départ des triomphes du Christ
invisible a été l’hallucination de Marie-Made-
leine, une des femmes qui l'avaient le plus aimé.
Sa passion était telle qu’elle crut le revoir et
affirma qu’elle l’avait revu. Or, à cette époque, une résurrection de mort paraissait chose fort possible. Le mot de Marie-Madeleine : « Il est ressuscité ! » fut bientôt le mot de tous, et l'Église chrétienne fut fondée.
Cette explication : le charme, est évidemment la seule qui puisse être adoptée, et qui le soit, en effet, par ceux de noscontemporains qui ne sont pas chrétiens —et ils sontlégion ; car iln’ya pas de milieu, le dilemme est inexorable, et Renan, malgré les imperfections scientifiques de son livre, a rendu à la science un très grand service.
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