‹ Jésus-ChristChapitre 10 sur 376 · LE PAGANISME ASIATIQUE · texte numérisé non relu

LE PAGANISME ASIATIQUE

d'une nature luxuriante et accablante se sent comme enivrée. Elle y cherche l'infini; elle le voit non pas dansles manifestations diverses de la nature mais dans son principe caché qui est Brahma et brûle de s’unir à lui au fond de l’abîme silencieux d’où jaillit le flot de la vie universelle. De là son aspiration à se perdre dans cette vague et insaisissable divinité qui est tout et qui n’est rien, à noyer en elle le sentiment de l'être particulier; de là l’ascétisme et l’extase, qui est le dernier mot du brahmanisme et le premier mot du bouddhisme, lequel avec des intentions réformatrices et

des idées morales épurées pousse à l’anéantissement qu’il appelle le Virvana, et ne brise le cadre inflexible des castes que pour perdre toute la race dans le vide infini. Les élaborations ultérieures du brahmanisme, dont la plus remarquable est la Zrimurti ou la Trinité indienne, ne sont que des essais variés de réaliser cette absorption du fini dans l'infini et l'absolu. Les incarnations multipliées de Vischnou, qui prend telle ou telle forme humaine «comme un acteur qui change de rôle » dénotent un étrange dédain pour la personnalité mo- rale; l’étincelante poésie du panthéisme indou recouvre je ne sais quel néant agité. Il n’est pas moins éloigné du christianisme que le naturalisme asiatique, et s’il l'appelle à sa manière par son ardente aspiration à unir l'humanité et la Divinité, il ne lui offre aucun autre point de contact que ce vague sentiment.

Le naturalisme en touchant le sol de la Grèce s’est transformé; il a vu se borner et se rétrécir ses hori-

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