LE PAGANISME HELLÉNIQUE
zons indéfinis sur cette terre morcelée, qui est semblable par sa conformation même à un admirable amphithéâtre préparé pour les luttes héroïques. L'idée de la beauté proportionnée se dégage d'elle-même de ces lignes si pures, si harmonieuses qui gardent toute leur netteté de contour sous une lumière légère. C’est là, au bord de cette mer aux anses innombrables, sous ce ciel éclatant et doux sans être consumant, c'est là que l'homme se reconnaît plus beau, plus fort que le monde extérieur et se fait des dieux à saressemblance. Au lieu de se perdre dans une divinité absorbante comme un souffre, il voulut se retrouver dans l’objet de son ado- ration ; il tailla sa propre image idéalisée dans le marbre, et ce fut son idole. L'âge héroïque l'avait élevé audessus de lui-même; le dieu ne fut qu’un héros mis sur l’autel. Les Hellènes s’adorèrent eux-mêmes dans des types charmants empreints de la plus merveilleuse beauté. Ainsi la Grèce oppose l’apothéose héroïque aux incarnations indiennes et résout le problème religieux dans un sens directement inverse, car au lieu d'absorber le fini dans l'infini, elle enferme le divin dans une forme exquise mais bornée.
Il semblait qu’elle fût condamnée, par cette préoccupation toute terrestre, à une religion toujours frivole. Iln’en futrien, dans l'homme, le divin rayonne bien mieux quedans la nature, car il possède la vie morale et par là touche au monde supérieur. Aussi l’humanisme ne fut pas uniquement une religion d'artistes; l'idée morale y apparut avec plus de puissance que dans aucun