‹ Jésus-ChristChapitre 105 sur 376 · ARE · texte numérisé non relu

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que Marc est aussi bien antérieur à Luc qu'à notre premier Évangile, et que c'est bien lui qui nous fournit la première source des récits proprement dits; nous obtenons ainsi une forte base historique. Si nous en venons maintenant à la comparaison entre Luc et l'Évangile de Matthieu, nous constaterons que le premier n’a pas connu le second sous sa forme actuelle, car dans ce cas il n'aurait pas présenté sans explication une version si différente de l'Évangile de l'enfance et de la résurrection. En ontre, il n'accepte aucun des remaniements que le premier Évangile a fait subir à Marc; il a les siens propres. Aïnsi ce n'est pas au premier Évangile que le troisième a emprunté la partie proprement narrative. D'un autre côté, nous trouvons des analogies évidentes entre la reproduction des discours dans les deux Évangiles ‘. La constatation de ces analogies entre les deux Évanpiles, tant qu'il s’agit des discours de Jésus, rapprochée de leurs divergences dans la partie narrative, nous amène à conclure que notre deuxième Évangile est remonté directement au recueil des Aéy1x.

Nous obtenons ainsi un critère des plus précieux, pour dégager le texte primitif des Aéyw des remaniements ultérieurs; nous la retrouverons en effet dans sa pureté première, cette source inappréciable, partout où les deux Évangiles nous donneront

! Rien ne prouve mieux que Luc a puisé à la source des AUX que la répétition des faits déjà empruntés par lui à Marc mais qui étaient trop étroitement rattachés au texte des }oyux pour qu’il pût les supprimer (par exemple l’envoi des disciples, c. IX et X).

une reproduction identique des paroles du Maître.

De ces constatations il résulte que nous avons deux sources vraiment primordiales :

l° Les \éyr de Matthieu ;

2° Le récit de Marc qui nous fait reporter à la prédication de Pierre ;

3 Vient ensuite notre premier Évangile qui a combiné ces deux sources, en y ajoutant d'importants documents palestiniens. L'Evangile de l'enfance, les. développements donnés à la prédication de Jean- Baptiste et les discours prophétiques dans notre premier Évangile proviennent évidemment de cette traduction toute palestinienne.

4 Notre troisième Évangile combine le texte pri-

mitif des Aéyis avec le Marc primitif, mais lui aussi a ses sources particulières, soit, écrites, soit orales, où il a puisé son Évangile de l'enfance, le grand et admirable fragment du voyage de Jérusalem, enfin bien d’autres traits particuliers {. | :

En ce qui concerne la date précise de nos trois premiers Évangiles sous leur forme actuelle, — car les Kéytia et le Marc primitif leur sont bien antérieurs, — nous avons un moyen certain de la déterminer : c’est de considérer de près la manière dont ils font allusion à la destruction du temple dans les derniers discours de Jésus-Christ, et dont ïls rapprochent la promesse

1 M. Gustave Meyer, dans son Essai sur les rapports et l'origine

de nos trois premiers ouvrages canoniques (la Question synoptique. Paris, 1878), développe des vues tout à fait analogues.

ae son retour de ce grand événement. Moins ils mettront d'intervalle entre ce retour et la ruine de Jérusalem, plus le document sera ancien; plus, au contraire, la parousie sera placée dans l'avenir, plus nous serons obligés de reporter le document à une date où il n'était plus possible de rattacher immédiatement à la tragédie du temple l'avènement glorieux du règne du Christ. Or, en tenant compte de ce critère, nous reconnaîtrons, avec M. Reuss, que, si les trois premiers Évangiles s'accordent pour attribuer à Jésus la prédiction de la ruine du temple, la manière même dont le Maître formule à ses disciples le conseil de se soustraire par la fuite au péril du siège, diffère d’un Évangile à l’autre. Les deux premiers évangélistes intercalent dans les paroles qu'ils mettent dans la bouche de Jésus cette parenthèse significative : Que celui qui le lit y fasse attention !, montrant ainsi qu'ils ont la préoccupation de mettre leurs lecteurs en garde contre des éventualités prochaînes et pressantes. Luc, au contraire, supprime l'avertissement et donne une forme si précise à la prédiction qu’on sent que les événements sont déjà accomplis?. Tandis que Matthieu et Marc* rattachent la seconde venue du Christ à ces événements terribles, Luc suppose une période indéfiniment longue entre les. deux événements. « Jérusalem, dit-il, restera au pou- voir des païens jusqu’à ce que les temps réservés aux 1 Matth. XXIV, 15; Marc XIII, 14.

2Tué AL; 7, 97.

3 Marc XIII, 24; Matth. XXIV, 29.

païens soient accomplis !. » Nous voici bien loin de la déclaration du premier Évangile sur le retour de Jésus avant que la génération contemporaine ait disparu ?. Évidemment tous ces indices nous contraignent de reporter le premier Évangile à une date antérieure à la destruction du temple, ainsi que le Marc primitif, tandis que Luc aurait écrit le sien bien des années

plus tard, vers l’an 80.

Nous venons de résumer les résultats qui nous

semblent les plus certains de la critique sur nos trois premiers Évangiles. Nous devons encore tenir compte d'un élément particulier de leur composition, qui seul explique qu’ils aientfixé et comme cristallisé la tradition orale. C’est l'existence chez eux, surtout chez le premier et le troisième, d’une pensée maîtresse qui a été comme un lien puissant pour serrer et maintenir . Ja serbe surabondante de la tradition.

Notre premier Évangile est bien l'Évangile du christianisme palestinien, celui qui s'attache avant tout à établir que Jésus-Christ est le Messie annoncé dans l'Ancien Testament. [1 est tout entier conçu à ce point de vue.

Nous avons là, en quelque sorte, le glorieux testament de l'Eglise de la chambre haute, léguant aux âges futurs cette importante vérité que Jésus-Christ est bien le Messie attendu et préparé par l’ancienne alliance, qu’il répond à toutes les pieuses aspirations

1 Luc XXI, 24, ? Matth, XXIV, 94.

du passé, mais non à l'attente charnelle de la théocratie dégénérée, qu’il estenfin le roi du nouveau peuple de Dieu, sacré non sur la montagne de Sion, mais sur le Calvaire. Voilà l’idée fondamentale de notre premier Évangile. On peut l'appeler l'Évangile de l’accomplissement, tant il s’efforce de rattacher les faits évangéliques aux prédictions de l'Ancien Testament. Dès le début il nous montre en Jésus le vrai fils de David, mais exposé déjà à la haine meurtrière qui finira par le clouer sur la croix. Le discours sur la montagne, les paraboles du royaume, les anathèmes aux phari-

siens, le tragique récit de la Passion, tout contribue

à opposer aux fausses notions d'un judaïsme matérialisé la notion du Christ véritable, le Messie des

saints et des prophètes.

Rien dans Matthieu ne rappelle un judéo-christianisme étroit; il écrit sans parti pris, toujcurs prêt à reconnaître la valeur de l’ancienne alliance, tout en maintenant le large caractère de la nouvelle. Si notre Évangile attribue à la loi une valeur permanente, c'est dans un sens très restreint, puisqu'il reconnaît qu’elle

a ménagé dans plusieurs de ses commandements la

dureté du cœur de l’homme ! ; il remonte sans cesse de la lettre à l'esprit, de l’acte extérieur à la disposition morale. Si les douze reçoivent d’abord l’ordre de ne pas s ‘adresser aux païens, c'est un ordre provi-

soire, Car | e dernière parole de Jésus-Christ est pour

1 Matth. XIX, 8.

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commander à ses disciples de baptiser toutes les nations de la terre ‘. Le champ de la divine semence n'est pas simplement la terre de Judée, mais le monde ?. L'enfant Jésus est adoré par les mages aussi bien que par les bergers de Bethléem *. La condamnation du judaïsme incrédule est formellement annoncée ‘, Jean-- Baptiste proclame le néant de la descendance d’Abraham°. Le Messie n’est pas seulement le fils de David. il est, avant tout, le Fils de Dieu‘. Si l'on nous oppose le récit de la Cananéenne; nous rappellerons sa conclusion, qui nous montre la barrière légale abaïssée: devant la foi de la piense femme. Les développements prophétiques n'ont point une couleur plus judaïque que ceux de saint Paul. Jésus enfin proclame hardiment qu'il est plus grand que le Sabbat et le Temple ”. L'Évangile selon saint Matthieu n’est donc point un évangile de parti; il révèle, au contraire, l’accord profond qui existe entre l’Église palestinienne et celle qui s'était formée dans le monde païen. Ainsi se clôt et se résume la première période de l’âge apostolique. Le type de la prédication des douze a été conservé à jamais pour l'Eglise dans notre premier évangile. L’élimination des portions proprement destinées au

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