ÉTAT DE L'ÉGLISE A LA FIN DU PREMIER SIÈCLE
. comme la fleur de sa tige. Nous n'avons plus l’évan cile de l’accomplissement, ou celui de la puissance, ou celui de l’universalisme chrétien; nous avons, selon la belle expression de Clément d'Alexandrie, l’'évang'ile de l'esprit, qui, partant des points acquis, s’élance plus haut et plane dans la région d'une métaphysique sublime; c'est l’évangile de l'idéal, mais de l'idéal incorporé dans une vivante histoire; plus précis dans sa narration et tout ensemble plus profond dans sa pensée dominante que les trois autres, présentant ce mélange de pathétique et de spéculation, de mysticité tendre et d’élévation doctrinale qui en fait le charme pénétrant, il répond parfaitement à l’époque à laquelle le place la plus antique tradition, comme au caractère de l’auteur qu’elle lui donne. | En effet, si nous considérons l'Eglise à la fin du prenier siècle, au soir de l’âge apostolique, nous reconnaîtrons qu'aucun enseignement ne lui était mieux approprié que celui que lui offrait le quatrième évangile. Un événement considérable s’est accompli; la ville sainte du judaïsme a été saccagée, le temple n’est plus | qu'un monceau de ruines. Le jugement de Dieu a été prononcé avec éclat sur le peuple de col roïde; le moule antique où la pensée chrétienne avait été jetée dans sa forme première s’est brisé; le christianisme a secoué les langes de son berceau, et, dégagé de toute étroi- tesse judaïque, il a conscience d’être la religion de l’humanité. Il n’est plus nécessaire de produire des textes prophétiques pour montrer l'abolition des. priviléges