ESQUISSE DE-LA VIE DE SAINT JEAN
Aussi parlera-t-il avec une amertume particulière de l’hérétique qui est à ses yeux le plus dangereux des ennemis. Jean est bien l’homme qui, dans ses lettres, ne voudra pas qu’on salue le propagateur des fausses doctrines ni qu'on mange avec lui', et qui ne consentira pas à se rencontrer avec Cérinthe, même aux bains publics ?. [ est de la race des mystiques et des contemplatifs;, il en a le langage, et se plaît aux sentences brèves, non enchaînées par un lien dialectique. Jean est l’homme de l'absolu. Tout ou rien, c'est sa devise; l'opposition entre les amis et les ennemis de Christ lui apparaît aussi tranchée que celle de la lumière et des ténèbres. |
Pendant la période de l'action conquérante et de la polémique incisive qui est celle de Pierre et de Paul, il demeure dans la retraite, avec Marie, la mère de Jésus, qui-est pour lui le legs sacré de la croix; il n’est point inactif mais il se tient dans l'ombre, il s'y mûrit, il vit du souvenir de son céleste ami qui est aussi son Dieu; il le voit, dans ses visions, sur le sein du Père comme il a été lui-même penché sur sa poitrine dans une heure de douloureux amour *. Rien n'empêche d'admettre que dans ces années de çalme et de silence il n'ait, comme d’autres disciples, retracé par écrit toutes les paroles de Jésus que le Saint-Esprit lui remettait en mémoire. S'il y eut un. apôtre appelé à conserver ce que l’ensei-
5 2 Jean, 10.
3 Eusèbe IV, 14 8 Jean I, 18.