JEAN POUVAIT SEUL ÉCRIRE LE QUATRIÈME ÉVANGILE
gnement du Christ a de plus élevé et de plus tendre, c’est certainement le disciple bien-aimé. Une première fois il rompit son long silence et l’on crut enfendre la voix de l'antique prophétie. C'était au lendemain de l'affreuse persécution de Néron, sur le rocher de Patmos; Jean écrivit l'épopée du martyre, il raconta les souffrances et annonça les triomphes de cette Eglise mutilée et sanglante ; il le fit, non pas comme un Juif étroit et infatué de ses préjugés, maïs comme un disciple de cette nouvelle alliance qui embrasse toutes les nations de la terre ?. Il n’a emprunté à l’antique prophétie que ses symboles grandioses et sa langue de feu pour annoncer les jugements divins. Le fils du tonnerre reparaît dans ces pages redoutables, mais on y retrouve tout autant le disciple, l’adorateur de Jésus, qui nous y est présenté tout ensemble comme l'agneau immolé et comme la Parole de Dieu, le Verbe éternel, devant lequel lecielentier se prosterne ?. Sous cette draperie éclatante c'est bien le cœur de Jean qui bat, ce cœur tendre,
1 La preuve externe est concluante, selon nous, en faveur de l’Apo- . calypse. Papias faisait reposer sur elle ses idées millénaires d’après Andreas (Præfat.in comment. in Apocalyps.). Justin Martyr la cite directement (Dial. cum Tryphon., p. 179). La lettre des martyrs de . Lyon y fait de perpétuelles allusions (Eusèbe, V, 1; Irénée, IV, 20). Clément d'Alexandrie (Stromat., VI, 66), Tertullien (Ado. Marc., Il, 14) ; Origène, Eusèbe (VI, 25), confirment ces témoignages. Les doutes formulés contre l’Apocalypse par Denys d'Alexandrie tiennent à des raisons dogmatiques. Voir dans mon Histoire des trois premiers siècles de l'Eglise, t. I, p. 491, la note où je donne mes raisons pour placer la composition de ce livre avant celle de l'évangile.
2 Apoc. VII, 9.
3 Apoc. V, 13.