‹ Jésus-ChristChapitre 125 sur 376 · VISION DE ZACHARIE · texte numérisé non relu

VISION DE ZACHARIE

et, privé d'enfants, il avait connu l'épreuve la plus sensible à un Israélite croyant, qui voyait dans chaque nouveau-né un gage du Messie promis. La ville sainte et le temple avaient gardé pour lui leur ca- ‘ractère sacré : aussi, quand son tour était venu d'officier pour le peuple, sa prière montait au eiel avec les parfums qu’il brûlait devant l'autel; elle y portait son ardent soupir pour la délivrance d'Israël. « De même que Ja muse ne visite que le poëte, l'inspiration ne descend que dans le cœur bien préparé. » Cette belle parole trouve sa confirmation dans l’histoire-de Zacharie. Comme il remplissaitson office, il fut honoré d’une vision céleste. L’ang'e Gabriel lui-apparut à la droite de l'autel; il lui annonça que la stérilité de sa femme allait prendre fin malgré son grand âge, et que cette seconde Sara è mettrait au monde un fils voué à la plus glorieuse vocation. « [Il marchera devant Dieu dans l'esprit et la. force d’Elie pour préparer au Seigneur un peuple bien disposé'. » Saisi d'étonnement et d'épouvante, Zacharie doute un instant du pouvoir de Dieu; il est frappé de mutisme jusqu'au jour où sa langue doit se délier pour célébrer la bienheureuse confusion de-sa passagère incrédulité. Sa station devant l'autel s’était prolongée

1 Luc I, 17, 18.— L'ange ramène à son vrai sens le texte de Malachie qui annonçait qu'Elie serait le précurseur du Messie. (Malachie IV, 5-6). Le psuple le prenait au sens littéral : t£ oùy oi VE mes Aéyouotv ét HAlav det 0e FPOTOY. (Matth. XVII, 10.) Le Targum de Jérusalem reproduit la même tradition : « Elie, dit-il, doit être envoyé à la fin des temps aux captifs d'Israël. » (Gfrærer, I, p. 228.) Le Juif Tryphon prétendait qu'Elie précéderait.le Messie. (Justin, Op., p. 145.) €

L'ANNONCIATION. en plus que ‘de coutume : le peuple s'inquiétait de ce retard, car un accident arrivé dans ün tel moment à un deses prêtres lui eût semblé un présage de malheur. . Soudaïn l’officiant apparaît, pâle de cette frayeur sacrée qui saisit l'homme quand il est entré en contact avec le monde invisible. Son silence forcé, ses signes, tout révèle qu’il vient d’être témoin d’une scène mystérieuse. Il ne nous est pas possible d'en déterminer le caractère précis; le récit évangélique ne parle que d’une vision, riennenous contraint d'admettre une manifestation sensible de l'ange. Quoi qu'il en soit, cette révélation n’en est pas moins réelle, comme le prouve la joie tremblante d'Elisabeth quand elle sentit qu'elle allait être mère.

Six mois plus tard se passait une scène semblable, non plûs dans la capitale du judaïsme, dans le teraple majestueux, près de l’autel des parfums: c'était au fond de la Galilée, dans une petite ville appelée Nazareth, qui était comme ensevelie dans l'obscurité. Là vivait une jeune vierge du nom de Marie, menant une humble existence dans quelque maison d’artisan; elle était fiancée à un de ses parents, pauvre comme elle et gagnant son pain à la sueur de son front : c'était lecharpentier Joseph. Et cependant cette vierge était la fille des rois de son peuple; elle descendaïit directement de la dynastienationale et pouvait à bon droit réclamer David pour son ancêtre. Nous ignorons à la suite de quelles circonstances la plus illustre des familles juives était tombée dans ce dénûment et s'était fixée si loin de son berceau. La race des rois juifs était à ce point déchue

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