LE CANTIQUE DE MARIE
leurs espérances, ces traits du récit de Éue’ sont dans toutes les mémoires. Le cantique de la Vierge, :
comme du reste tous les oracles du même genre recueillis dans les évangiles, a gardé le caractère de la poésie de l'Ancien Testament; nous y retrouvons le moule antique de la lyrique sacrée pour la forme comme pour les pensées. La prophétie hébraïque, dans ses dermières manifestations, est semblable à Elisabeth, qui sent tressaillir son enfant dans son sein dès
qu'elle aperçoit la mère du Seigneur. L'avenir pro-
chain frémit en quelque sorte sous l'enveloppe des symboles comme un germe près d’éclore. Marie se peint
tout entière dans le Magnificat, avec sa ferveur de”
reconnaissance et son humilité profonde.
« Mon âme glorifie le Seigneur.
« Et mon esprit se réjouit en Dieu qui est mon Sauveur.
« Car il a regardé à la bassesse de sa servante.
« Voici, dès maintenant toùtes les générations me diront bien heureuse. |
« Parce que le Tout-Puissant m'a fait de grandes choses. Saint est son nom! |
« Sa miséricorde est de génération en génération poui ceux qui le craignent.
« Son bras a fait vertu.
«Il a dissipé les desseins que les orgueilleux formaient dans leur cœur.
« Il a renversé les puissants de leur trône et a élevé les humbles,
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« Il a comblé de biens les indigents et il a renvoyé. es
les riches à vide. ». |
Ces mots sont comme un pressentiment de la première des béatitudes : « Heureux les pauvres !» Rien ne prouve mieux que nous sommes arrivés au point de rencontre entre l'humanité et Dieu, puisque la dernière parole de l’ancienne alliance est le mot par lequel s'ouvre l’'Evang'ile.
Nul parmi les grands prophètes n’a exprimé un plus
ferme espoir du Messie que cette fille d'Abraham rappelant, à la veille de l’accomplissement définitif, la première des promesses faites au père de son peuple :
« I à pris en protection [sraël son fils.
« Il s’est souvenu de ses miséricordes,
« Selon qu’il à parlé à nos pères,
« À Abraham et à sa semence pour toujours. »
À peine la vierge de Nazareth était-elle retournée.
dans sa ville natale qu'Elisabeth mettait au monde l’enfant si longtemps attendu qui devait être Jean-Baptiste. Zacharie retrouvait la parole; le souffle de l'inspiration passait sur sa bouche muette depuis tant de mois. Comme pour mieux marquer le caractère religieux de cette naissance, le père s’efface derrière le prophète; il ÿ voit tout d’abord le signe précurseur du grand événement qui va ssaccomplir pour le salut du monde. Son horizon ne dépasse guère celui de ses contemporains; il se réjouit à la pensée qu'Israël sera délivré de la main de ses ennemis", mais cette délivrance sera une œuvre de 1 Luc I, 71.
NAISSANCE DE JEAN-BAPTISTE. 2m.
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Le LES
É a78 de LE PREMIER RECENSEMENT EN JUDÉE.
miséricorde; elle aura pour résultat le rétablissement de la justice et de la sainteté! et la rémission des pé-
chés? . Ce n’est qu'après avoir ainsi placé le Messie sur
[le premier plan que Zacharie caractérise dans ces belles
es la mission de son fils : « Et toi, petit enfant, tu
seras appelé prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant le Seigneur pour lui frayer sesvoies*.» Ce psaume
prophétique se termine par la plus poétique image. Le
salut qui s’approche est représenté « comme l’orient d'en haut, » le matin céleste qui éclaire les ténèbres du monde. Marie avait été fiancée à Joseph; la figure de celui-ci
est très effacée dans l’histoire évangélique. Rien ne
ressemble moins aux allures du mythe que le récit de ses scrupules quand il à connaissance de l’état de sa future épouse. Instruit dans un songe du mystère qu'il avait pris pour un opprobre, il n'hésite pas à épouser Marie, car il sait que l'enfant qu'elle porte dans son sein doit «sauver le peuple de ses péchés.» Ilvivait dans
cette attente quand une circonstance imprévue l’amena dans la petite ville de Bethléem, son lieu d’origine.
Le roi Hérode touchait au terme de la longue carrière dans laquelle il comptait ses succès par ses crimes. Le vieux despote n'avait dûletrônequ'alafaveurd’'Auguste; aussi montrait-il autant de servilité vis-à-vis de Rome que de tyrannie implacable en Judée; cen’est pas au moment où ses forces défaillantes lui annonçaïent qu’il