LES BERGERS
pouvait comprendre. Ils ne trouvèrent pas non plus étrange, —et nous ne le trouvonspas davantage, —que, s'il est des anges, frères aînés de l’homme, habitants d'une région plus pure où le mal n'est pas parvenu, ils aient célébré de leurs chants les plus beaux un événement tel que la naissance du Rédempteur.
Bethléem est construite sur un monticule; elle est entourée de collines plus basses qui ne bornent pas l'horizon et semblent s’étager par gradins. Des hauteurs modérées de ce plateau on domine un paysage doux et pourtant grandiose qui se termine aux montagnes de Moab et aux sables de la mer Morte. Les bergers étaient campésdans une de ces prairies solitaires plantées d’oliviers etde fig'uiers que l’on voitencore aujourd’hui; c’est de là qu'ils sont partis en hâte pour la ville, et c’est dans une ruelle escarpée et étroite qu'ils ont trouvé l'enfant divin emmaillotté dans sa crèche. Ils connaissent sa gloire et ils voient son abaissement. De là l’adoration profonde qui les prosterne à ses pieds. Ces pauvres, riches de foi et d'amour, sont le premier cortége du roi des âmes, comme la crèche est son premier trône. Nul honneur ne lui convenait davantage, rien ne montrait mieux dans quel domaine il voulait régner. « Oh! avec quelle pompe il éclate à l'esprit, » s’écrie Pascal. Marie était là, adorant en tremblant tant de grandeur unie à ant de faiblesse; elle se faisait de tous ces souvenirs un trésor sacré qu'elle gardait dans son cœur pour le transmettre intact à l'Eglise!
1 Luc II, 19.