JEAN-BAPTISTE DANS LE DÉSERT DE JUDÉE
dat. Son austérité n'est point une règle, une pratique imposée, c'est l'expression même de sa profonde vie morale. S'il couvre ses membres d’un manteau grossier fait de poils de chameau, s’il se nourrit de saute- : relles et de miel sauvage, c'est que la grande pensée qui le dévore ne laisse place en lui à aucune préoccupatioù inférieure.
Le désert de Judée pour lequel Jean-Baptiste avait échangé les riants vignobles d'Hébron au milieu desquels s'était écoulée son enfance, se prolonge jusqu’à la mer Morte. Il y revêt un aspect désolé et grandiose. Là expire toute trace de la vie terrestre; on se croirait hors du monde des humains. Le lac maudit étend ses ondes pesantes et immobiles entre des dunes tourmentées et la ligne sévère des montagnes de Moab. Tout, en ces lieux dévastés, parle de la justice de Dieu. Quelle école pour un homme tel que Jean-Baptiste!
C'est là, en face des majestés terribles de ce pays foudroyé, qu’il entendit la parole des saints et des prophètes, non par la voix glaciale d’un scribe, mais direc- tement, comme si elle retentissait pour lui seul. Dès qu'il ouvre la bouche, on reconnaît qu'il en a saisi le sens intime et qu’il s'est nourri de la moelle même des Ecritures. L’Ancien Testament revit en lui. Les deux grandes paroles qu’il apporte du désert résument les deux révélations capitales auxquelles aboutit toute la préparation évangélique. Loi et prophétie, dénonciation du péché et promesse de pardon, flamme qui consume et lumière qui console, n’est-ce pas toute l’ancienne