‹ Jésus-ChristChapitre 18 sur 376 · LA LOI · texte numérisé non relu

LA LOI

ellela terreur et le repentir. Ce qui paraît mesquin et superficiel dans les ordonnances légales est préci-

sément ce qui fait l’unité de cette vie vraiment sacer- . dotale .

La prêtrise spéciale de la famille d’Aaron n'est

qu’une délégation de la prêtrise du peuple entier

comme le prouve l’offrande de rachat que l’on apporte à Dieu à la naissance de chaque premier-né ‘. L’érection du sanctuaire, le sabbat, les fêtes solennelles sont destinés à relever encore l'idée de la sainteté, par cette consécration redoublée, si l’on peut ainsi dire

du lieu et des jours où l’on adore plus particulièrement

l'Eternel. Le centre du culte est le sacrifice. Un immense besoin d’expiation tourmente ce peuple qui est placé devant une loi si redoutable et qui marche courbé sous cette terrible parole : Maudit est. quiconque n'accomplit pas ces choses! Aussi le sang des agneaux et des taureaux arrose sans cesse l’autel de Jéhovah, sans jamais apaiser la soif du pardon, pas même au jour des expiations, dans cette

solennité grandiose où le grand prêtre, non content

d'avoir immolé une première victime, chargeait des

péchés du peuple le bouc envoyé au désert. Toutes

ces purifications n'étaient que des symboles et des types. et ne faisaient que réveiller et exciter le besoin du pardon et du sacrifice réparateur. C’est ainsi que la loi, en troublant la conscience, remplissait sa

1 Exode XIII, 13.

sévère et salutaire mission dans l’époque préparatoire. La grande pensée prophétique qui est l’esprit même ‘ du judaïsme se retrouve déjà au fond des institutions permanentes; celles-ci, en effet, ne donnant pas satisfaction aux sentiments qu’elles contribuent à développer, ne peuvent voir qu’une valeur symbolique ou typique. Il importe néanmoins que cette pensée soit sans cesse dégagée des rites ou des formules sous iesquels elle pourrait demeurer ensevelie. La prophétie proprement dite remplit ce rôle si nécessaire. De même quele sacerdoce spécial, elle ne fait qu'accuser en quelque sorte plus fortement un caractère général qui appartient au peuple tout entier. Israël est aussi bien le grand : prophète que le grand prêtre de l’ancien monde. Il n’a pas seulement gardé, comme les autres nations, un vague écho de la promesse de l’Eden; il sait que cette promesse n’arrivera à son plein accomplissement que par lui, le regard tourné vers l'avenir, il est dans une mystérieuse attente, se demandant toujours si "ère de délivrance ne va pas commencer. Chaque g'énération se la représente sous les couleurs qui lui sont familières, en idéalisant quelque peu le présent. Une immense espérance éclaire les plus anciens documents de la religion des Hébreux; elle dépasse de beaucoup les bénédictions temporelles qui lui servent d’enveloppe; aussi quand ces bénédictions ont été accordées, l'attente n'est point satisfaite, parce que la promesse la plus excellente n’est pas encore réaliste. Il est évident par exemple qu'après la conquête de la terre de Canaan et

la multiplication de la race d'Abraham, la plus glorieuse des prophéties faites au Père des croyants n’est pas encore accomplie; toutes les familles de la terre ne sont point bénies dans sa postérité '. Chaque accomplissement partiel des promesses est comme le point de départ d’un espoir plus vaste qui grandit en quelque sorte de déception en déception. C’est ainsi que la prophétie marche avec l’histoire. Vague, générale aux débuts, elle tend à devenir plus précise, bientôt on n'attend plus seulement une grande délivrance, mais un libérateur. L’espérance du Messie est l’âme même de l’Ancien Testament, tout lui sert de symbole dans la nature et dans l’histoire. Quand au souffle du printemps le Carmel s’est revêtu de magnificence, que les coteaux « éclatent de joie » sous leur parure étincelante, que le sapin et le myrte répandent dans l'air leurs aromes, quand les sources épanchent la fertilité sur la plaine reverdie, à ce spectacle dont toute la beauté n’est goûtée que par celui qui sait à quelle triste aridité il succède, le pieux [sraélite se représente la nouvelle terre où la justice habitera après la grande rénovation opérée par le Messie ?.

Mais l’histoire a des lueurs plus vives pour éclairer l'avenir. Chacune de ses périodes fournit un nouveau symbole pour représenter le divin libérateur. Dans le plus ancien des oracles conservés par les livres sacrés des Juifs, alors que l'humanité se réduit encore à une seule famille, il s'appelle le fils de la femme, et c’est

1 Gen. XII, 3. £ Esaïe LV, 12, 18,

lui qui écrasera la puissance du mal”. À l'âge patriarcal, on attend « un enfant d'Abraham» qui apportera la délivrance à toutes les nations de la terre *.

Après Moïse il apparaît sous les traits d'un prophète, semblable au puissant législateur d'Israël ®. À l'époque des rois, le Messie est comme le roi de l'avenir, le.

David idéal; on lui applique dans un sens d'éminence tous les traits glorieux ou pathétiques dont le prophète royal a rempli ses psaumes, car dans la théocratie chaque événement, douleur, ou triomphe, n’est qu'un commencement et une préparation de l’ère définitive. Tout, dans le livre divin, aboutit au Messie, sans qu’il soit nécessaire d'opérer dans l’âme du pro-

phète un dédoublement factice qui le ferait passer sans

transition de ses propres sentiments à un oracle imper-

sonnel. Non, David a bien chanté ses joies et ses af-

fictions, mais il n’en a pas moins parlé d'avance pour ce descendant mystérieux qui devait seul réaliser dans sa perfection le type de l’homme de Dieu. Dans la période qui suit le plein développement de la théocratie sous un seul sceptre, époque agitée où le culte de Jéhovah subit de fréquentes éclipses, où l’idolàtrie et la corruption envahissent sans cesse le peuple

élu dans ses deux fractions, le Messie est considéré:

comme le serviteur de l'Eternel; le saint réformateur

1 Gen. lil, 15.

2 Gen. XI, 8.

8 «L'Eternel te suscitera un prophète comme moi, tu l’écouteras. » (Deut. XVII, 18.)

de la religion qui ramènera la justice et la concorde, fera disparaître la violence et fondera la paix universelle sur une terre renouvelée.

« L'esprit de Jéhovah reposera sur lui,

« Un esprit de sagesse et d'intelligence,

« Un esprit de conseil et de force,

« Unesprit de connaissance et de crainte à Jéhovah.

« Il mettra sa force dans la crainte de Jéhovah.

« Il ne jugera point par l'apparence.

« Il ne décidera rien par le ouï-dire.

« Il jugera les pauvres avec justice.

« Il frappera la terre avec la verge de sa bouche, et le souffle terrible de ses lèvres tuera le méchant.

« La justice sera la ceinture de ses reins,

« Et la fidélité ceindra ses flancs.

” « Alors le loup logera avec l'agneau, « Et le léopard gîtera avec le chevreau ‘. »

C’est lui, ce roi, qui régnera avec justice, qui sera comme une retraite contre la tempête et l'ombre d'un rocher dans un pays brûlé ?. |

Il écrira la loi de l'Eternel, non plus sur une table de pierre, mais sur le cœur du véritable Israël ?. Il appe,lera à lui tous les peuples et déploiera son étendard au milieu des nations *. Quand le peuple rebelle est transporté en exil, que le long cortége de ses fils et de ses

î Esaïe XI, 1-6.

AU AXXILT, |

8 Jérémie XXXI, 28, 34, * Esaïe XLIX. 22.

filles prend le chemin de la terre étrangère, quand !£s

captifs suspendent leurs harpes aux saules de FEu-

phrate, la prophétie n’a plus qu’un symbolecomme Sion n’a plus qu’une pensée : c’est le retour dans la patrie bien-aimée. « Ils y seront allés en pleurant, s'écrie Jérémie, mais je les ferai revenir par ma miséricorde et je les conduirai par le torrent des eaux et par un droit chemin auquel ils ne broncheront point ‘. » La seconde partie d'Esaïe est une peinture touchante et sublime du retour des exilés, mais une peinture si large qu’on comprend bientôt qu'il s'agit d’une délivrance infiniment plus grande que celle de la captivité de Babylone. En effet, toutes les nations doivent participer au triomphe du peuple d'Abraham et de David. Comme des volées d'oiseaux quireviennent au colombierelles accourent de tous les points du monde, pour se réfugier dans l'asile divin ouvert à tous. Le désert qui fleurira comme la rose n’est pas simplement la terre dévastée de Judée, c’est la terre pardonnée. La fille de Sion étend la couverture de

sa tente, et le ciel apaisé est le pavillon qui protég'e la fa-

mille de Dieu agrandie. Le Messie a été donné pour témoin aux peuples, il appelle la nation étrangère et ouvre les sources de la vie à tous les altérés ?. Les visions d'Ezéchiel nous font admirer l'essor que la

prophétie a pris dans l'exil tout autant que le second”

Esaïe, bien qu'elles soient empreintes d’un symbolisme compliqué et visiblement chaldaïque : le pro-

1 Jérémie XXXI, 9.

3 Esaïe LX.

phète insiste avec énergie sur le renouvellement moral, sur le changement intérieur qui doit remplacer ie cœur de pierre par un cœur de chair. Jérémie

| | n'a pas des accents plus touchants que ceux-ci :

« Comme le pasteur recherche son troupeau au jour qu'il est parmi ses brebis dispersées, ainsi je chercherai mes brebis et je les délivrerai de tous les lieux où elles auront été dispersées, au jour des nuages et de l’obscurité. Ce sera moi qui paîtrai mes brebis et qui les ferai reposer ‘. » L’Ancien Testament n'a pas de peinture plus large que la vision des ossements desséchés, symbole de la résurrection spirituelle d'Israël ?,

Le résultat le plus important de cette période prophétique, c'est le trait nouveau ajouté au type du Messie, nous voulons dire le trait douloureux. Ce libérateur, ce roi qui fondera le règne de la justice, sera en même temps ce serviteur de l'Eternel qui n’élève point sa voix dans les rues et dans les places publiques, ce sauveur débonnaire qui n’écrase point le roseau froissé et n'éteint point le lumignon qui fume encore *; il sera la victime pure et sans tache, qui nous guérira par ses meurtrissures, l'agneau immolé pour son peuple. Le rejeton royal d'Isaï sera semblable à une racine qui sort d’une terre sèche ; le Messie s’appellera un homme de douleur *. Voilà le grand enseignement que la prophétie recueille

1 Lzéchiel XXXIV, 12-15.

2 Ezéchiel XXXWII.

3 Esaïe XLII, 1-7.

+ Lsaïe LII,

à l’école de l’ humiliation et de La SE nv 1e ces jours d'orage et d'obscurité, pour employer l images d'Ezéchiel, que l'Esprit divin a.fait jaillir ses plus vives

clartés. Les prophètes du retour ne feront que prolon-

ger l'écho de ces grands oracles des voyants de l exil. Les tribulations et les humiliations de cette” période

-démontreront avec évidence qu’il faut demander à,

l'avenir la réalisation de ces magnifiques promesses, qui ont été suivies de l’abaissement graduel du judaïsme. |

Le rôle du prophète ne consiste pas uniquement à

apporter au peuple les oracles qui annoncent les chàtiments et-les délivrances. Il est le témoin de. Dieu auprès de lui; il n’est pas sorti du sanctuaire par la filiation sacerdotale, il a reçu une vocation plus directe qui l’a pris tantôt sur les marches du trône, comme Sophonie, tantôt parmi les bergers, comme Amos;

il est suscité en Israël pour vivifier tout cet pin d'institutions qui pourraient facilement se pétrifer dans un légalisme formaliste. Il représente l'Esprit

. . . à, qui ranime incessamment la lettre. Il est la parole

actuelle et vivante de l'Eternel pour protester contre toutes les déviations de la théocratie. Il écrit le péché du peuple avec un burin de fer et met la cognée de la justice divine à la racine de tout arbre que J éhovah n’a pas planté. Quand Israël, oublieux de son élection, veut s'appuyer sur l'étranger, il intervient, il annonce les jugements de Dieu aux nations idolâtres et en fait retomber le poids redoutable sur le peuple de col roide

tie :

PES . LAÏ PROPHBTIE. 95 lc it, avec ne brûlante Rnrie, les écarts et | te es. Le prophète est. aussi ‘bien le représentant.

de la loï que celui de la miséricorde ; il réunit ainsi en sa personne le double office de l'ancienne alliance qui est tout ensemble effroi et espoir, et qui ne fait sortir ‘la consolation. que des épouvantes de la conscience. L his-

toire nationale, interprétée par le prophète, met en

pleine] lumière l horreur du péché, lecourroux de Dieu et aussi sa miséricorde. Ainsi se produit dans les cœurs un repentir profond, rosée amère qui peut seule féconder le sol où g'ermera le. divin rejeton promis à l'humanité.

La prophétie n'est point hostile au sacerdoce, mais elle fait pressentir l'insuffisance de ce strict gardien des institutions mosaïques. Quand Osée s’écrie : « Dieu ne veut point le sacrifice, mais la miséricorde !, » il

une fait que formuler en oracies ce qui a été d’abord

leberi d'un cœur pénitent. « Tu ne prends point plaisir

au sacrifice, s'écrie David dans l’amertume de son repentir, autrement jen donnerais; l'holocauste ne

test point agréable. Les sacrifices de Dieu sont l'esprit

froissé; Ô Dieu! tu ne méprises point le cœur froissé et brisé”. » Certes l'œuvre de préparation était bien

avancée, quand la révélation de la conscience venait

confirmer celle de la loi et de la prophétie par cette

plainte déchirante, qui aujourd’hui encore donne au sentiment du péché son expression la plus vraie.: « O Dieu, ale, pitié de moi, selon ta miséricorde ! Lave-

1 Osée VI, 6.

2 Ps. LI, 18, 19.

cratiques, afin qu’il fût bien démontré que l’Ancièn

Testament «ne pouvait rien amener à la perfection, »

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