‹ Jésus-ChristChapitre 19 sur 376 · LAN 4 A · texte numérisé non relu

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selon l’expression de l'épître aux Hébreux ! | Ce déclin coïncida avec une fermentation extraordinaire des esprits. Ainsi se prépara l’une des époques les plus étonnantes de l’histoire, caractérisée par le ‘simgulier mélange. des tendances les plus opposées. I importe de nous en faire une idée exacte afin de bien «connaître le milieu où le christianisme prit näissance?.

à * Hébr. VII, 19.

2 Je n'ai dans ce court résumé à aborder aucune des questions RP OMITUTS que soulèvent les livres de l'Ancien Testament. Je ne #puis que renvoyer aux livres spéciaux parmi lesquels je citerai en

première ligne l'introduction de Bleek sur les transformations du peuple pendänt l'exil. Voir aussi Ewald, Gesch, Volk. Israël, TV, p. I17: <'eët um large et admirable tableau.

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Le judaïsme au commencement de notre ère offrait à Jésus-Christ plus de résistance que de points de contact, parce que, en définitive, il venait contredire et combattre tout ce que ses contemporains pensaient, aimaient et voulaient. Aussi, bien loin que la religion nouvelle soit le simple couronnement d’un développement antérieur, elle n’accomplit le passé qu’en l’abolissant. Nous n’en maintenons pas moins qu’elle répondait à toutes les meilleures aspirations des àmes, et que le vrai peuple de Dieu, celui qui écoutait ses appels, s'élançait en quelque sorte au-devant de l'avenir, avec une foi ardente et épurée. Nous aurons à distinguer ce double courant des esprits dans les flots troublés d'une époque de crise incomparable ‘.

1 Voir les ouvrages suivants : Antiquités de Josèphe, et son Histoire de.la guerre: des Juifs.— Histoire des Juifs, de Prideaux.— La Palestine, par Munk. — Ewald, Gesch. Volhes Israël, t. IV. — La Kubbale, par Franck.— Reuss, Histoire de lu Théologie chrétienne, tome E.— Nicolas, Les doctrines religieuses des Juifs. pendant les deuæ siècles antérieurs à l'ère chrétienne. —Gfrœrer, Dus Iahrhun-

dert des: ITeils, 2 vol. — Voir surtout les Apocryphes de l'Ancien

Testament. —Fabricius, Codex Pseudepigraph. de Vet. Testament. — Das Buch Enoch, übersetz und erklært v. Dillemann. Leïpsig, 1853. — Das Buch Esdras, übersetz und erklært v. Volkmar, Zurich, 1864.

L'état moral et intellectuel du judaïsme, à la veille de la naissance du Christ, ne saurait être compris que lorsqu'on est remonté aux causes complexes qui l'ont produit. De ces causes, la plus puissante est certainement l'exil du peuple à Babylone, et la situation politique et religieuse qui en fut la conséquence. Cette situation aboutissait à une de ces contradictions violentes qui empêchent une nation de s’endormir dans le repos. On peut la résumer en deux mots : dépendance et haine de l'étranger! La Judée depuis la première destruction de Jérusalem n'a eu que de courtes périodes d’émancipation réelle; elie a été englobée dans les grands empires qui ont tour à tour pesé sur l'Asie. Cest depuis qu'elle porte le joug que cette forte race se redresse moralement dans le sentiment de sa haute destinée; autrefois, quand elle avait ses rois à elle, elle était toujours inclinée aux alliances coupables et aux idolâtries impures. Il n’en est plus de même depuis les jours amers de la captivité. Là, près du fleuve de l’exil, le Juif éloigné de sa Sion chérie dont il ne reste que les débris fumants, a retrouvé une autre cité sainte qui n’est pas bâtie avec des pierres, mais avec des paroles divines et dont le sanctuaire indestructible est la loi donnée à ses pères: Depuis qu’il a perdu la patrie matérielle, il a reconquis Ja patrie morale dans ses croyances raffermies; 1 sent que le culte du vrai Dieu est l'essence même de sa nationalité. Aussi quand il a retrouvé la terre de ses aïeux,

comme il ne l’a jamais complétement reconquise et

qu’il a eu la douleur de s’y sentir encore assujetti à un pouvoir étranger, a-t-1l continué à unir étroitement sa region et son patriotisme, il sait qu'une fois qu'il a renié son Dieu, il n’est plus qu'un vil esclave, comme ces troupeaux humains que les conquérants de l'Asie traïnent après eux ou foulent à leurs pieds. De là cette admirable restauration religieuse entreprise par Esdras et achevée par Néhémie; le peuple ne recule devant aucun sacrifice et brise sans hésiter les liens de famille formés pendant la désorganisation de l'exil. Désormais le Juif sera invariablement attaché à sa foi, à ses rites; la théocratie refleurit sur les ruines d’une œloire politique à jamais renversée. Ce n’est plus sous l’image d'un roi puissant, d’un nouveau Salomon que le peuple se représente le Messie; ïl voit plutôt en lui

un Souverain sacrificateur, comme cela ressort des oracles du prophète Zacharie'. Le règne des saints a commencé, car la sainteté légale est la seule supériorité et la seule hberté que l’on puisse conserver.

Certes cette reconstitution morale du judaïsme est un grand progrès sur le passé, mais elle cache un germe fatal. La piété se confondant avec le patriotisme, la masse du peuple sera disposée à la considérer plutôt comme

un moyen de conserver la prééminence sur les autres nations que comme un but excellent en lui-même. La sainteté ne sera plus alors qu'un lég'alisme tout exté- ‘rieur, une conformité à la lettre sacrée sans action

1 Zacharie III,

sur le cœur et la conscience; alors la loi bien loin d'accomplir son principal office, qui est de briser l’orgneil humain en le plaçant devant un idéal accablant, ne fera plus que le nourrir et le fortifier. Là était le péril, l'avenir devait en démontrer la gravité. L'alliance étroite entre le patriotisme et la religion devait aussi surexciter outre mesure les passions politiques et la fierté nationale. Le Juif se sent à la fois le favori de Dieu et le jouet du despotisme païen; il se sait supérieur à tous les peuples dont l’idolâtrie lui paraît à juste titre abominable, et il doit néanmoins subir la domination de ceux qu'il méprise. Quelle tentation pour lui de se redresser devant des maîtres qui sont ses inférieurs et de leur rendre en dédaïn toutes les avanies. qu’il en reçoit. Lui, l’initiateur de la vraie religion dans le monde, il est courbé sous un sceptre idolâtre ! Comment une telle pensée n'entretiendrait-elle pas dans son cœur un ferment de révolte et de haïneet nele précipiterait-elle pas dans des entreprises violentes, encore plus périlleuses pour son sentiment religieux que pour ses intérêts terrestres? Evidemment l'espérance nationale subira une grande transformation sous de. telles influences; elle s’imprégnera, dans cette atmosphère embrasée, de passions tout. humaines; elle tendra à devenir elle-même un brandon d’agitation politique; l'horizon de l'avenir, éclairé par les grands prophètes de lueurs sereines et pures, se colorera des teintes chaudes et ardentes des rêves apocalyptiques.

La cessation complète de la prophétie peu de temps

après le retour de l'exil contribua beaucoup à la décadence religieuse du judaïsme. « Depuis qu'Aggée, Zacharie et Malachie, les derniers des. prophètes, sont morts, lisons-nous dans le Talmud, l'Esprit a disparu du milieu d'Israël!.» Une fois que. cette vaste organisation où le rituel était si minutieux ne fut plus incessamment vivifiée, par le souffle prophétique qui passait souvent sur elle, comme un divin orage, pour l'ébranler tout entière, elle tendit à s’immobiliser, à se pétrifier. On ne demandait plus au passé de figurer l'avenir par des symboles grandioses. On lui vouait un attachement servile, on le conservait comme une institution morte, on s’en faisait le gardien jaloux et l'on inaugurait le règne de la lettre qui tue. La prédominance de la tradition se fit en effet. de plus en plus sentir. Le docteur de la. loi remplace le prophète; le rabbin devient le œuide par excellence du peuple. Le savoir tend à se substituer au sentiment dans l'ordre religieux. De là cette apothéose de la sagesse que l’on remarque dans les premiers apocryphes de l'Ancien Testament. De ces hauteurs glacées descend un vent, desséchant qui éteint la vie de l'âme et ôte à la révélation sa grandeur et sa beauté; ce qu'elle a de plus émouvant disparaît sous. le commentaire. | La dispersion d'un grand nombre de Juifs en Asie Mineure, en Egypte et en Occident, quand les relations commerciales se multiplièrent, fortifia l'influence du

# «Ablatus, est Spiritus sanctus ex Israele.» (Gfrærer, I, p. 133.)

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rabbin. Eloignés de leur sanctuaire, ne pouvant offrir à Dieu le culte lévitique, les Juifs qui vivaient à l’étranger n'avaient d'autre moyen de conserver leur religion : que d'étudier leur loi. Le livre sacré était pour eux ce qu'avait été le tabernacle pour leurs pères au désert et dans la période de la conquête, avant que l’autel de Jéhovah eût un temple magnifique pour abri. Lire la loi, la commenter, en fixer le sens, maintenir la tradition, cest tout ce qu'ils pouvaient faire dans les contrées lointaines où ils s'étaient fixés. Ils revenaient sans doute à certains intervalles à la ville sainte, mais ils en demeuraient éloignés dans le cours ordinaire de la vie; ils n'étaient plus sous l’action constante de ce grand symbolisme religieux qui exprimait si vivement le besoin de purification et de rédemption. Le sacrifice jouait un faible rôle dans leur existence; la religion, habituellement dépouillée de ces cérémonies solennelles qur en relevaientle caractère positif, se réduisait de plus en plus à une doctrine, à une idée, à un livre. Le temple perd en importance tout ce qu’acquiert la synagogue. Il y avait là toute une révolution dont la portée devait être incalculable. Le Juif des anciens temps tombait facilement plus bas que le Juif de cette période; il se laissait prendre à l’idolâtrie et à ses rites infâmes, maïs aussi quand il se repentait sous la parole sévère du prophète, ou sous les coups de la justice divine, il revenait à une piété bien plus profonde, il éprouvait un ardent besoin de purification, d’expiation, et le sang des victimes ne suffisait pas pour lui rendre la paix. Depuis la res-

tauration d'Esdras, le Juif a d'habitude une vie plus pure, plus correcte, mais aussi il échappe plus facilement au tourment de la conscience. Au sacrifice qui exprime le sentiment du péché et l'espoir du pardon, il substitue volontiers l’aumône, c’est-à-dire la bonne œuvre extérieure par laquelle il se met en règle avec la loi divine. On voit dans le livre de Tobie quelle importance prédominante est donnée à ce genre-de réparation. Ce n’est pas seulement la main gauche qui sait ce que donne la main droite, c’est le cœur qui s’en applaudit et s’imagine avoir réalisé la justice parfaite.

Le contact avec l'étranger eut aussi pour effet de modifier le judaïsme à plusieurs égards. Tantôt il s’altère par un mélange d'idées tout à fait hétérogènes ; tantôt il s'abandonne à de lâches concessions, tantôt enfin il s’exalte dans son patriotisme et se roidit dans une dévotion rigide et une opiniâtre résistance aux influences du dehors. Nous avons ainsi de très bonne heure le germe des divisions tranchées qui plus tard se produiront et donneront naissance à des sectes ou à des partis. Toujours est-il que bien peu de temps après la restauration nous trouvons déjà en présence les éléments qui se heurteront ou se combineront dans là grande crise finale.

La domination persane, qui s'étend de l'an 536 à l'an 332 avant Jésus-Christ, a exercé moins d'influence sur

les Juifs qu’on n’estsouvent disposé à lecroire. La relision de Zoroastre, du moins avant les remaniements qu’elle a subis, est entachée de dualisme,, comme nous l'avons déjà reconnu. La notion d'un Dieu plus grand qu'Ormuz et Ahriman n'y apparaît que tardivement et demeure à l’état d'idée métaphysique, sans action réelle sur la vie morale. Le monde de l'esprit n est qu'entrevu; la lumière spirituelle se confond encore avec la, clarté du soleil, le bien avec la fécondité. La, bonne. loi d'Ormuz se révèle dans les bonnes actions comme.dans les moissons abondantes ". Le péché est, constamment assimilé à la simple souillure corporelle. L’attente d'un.libérateur est très vague; ce n’est: que peu.à peu que le rôle de Sosiosch, le vaillant champion d'Ormuz, s’est agrandi. Le dogme de la résurrection des. corps.ne sem- : ble pas appartenir au mazdéisme primitif?. Les Persans reg'ardaient les cadavres comme appartenant aux mauvais esprits; aussi les exposaient-ils dans des lieux déserts pour être dévorés par les bêtes fauves. Cette coutume.est peu compatible avec la notion, de la résurrection. Cyrus, le premier, s’est fait construire. un grand sépulcre. Il est certain que le mazdéisme a.subi de profondes altérations; les traces d’une influence juive et chrétienne sont évidentes dans le Pundekesck, son dernier livre sacré. Le texte de Théopompe, cité par Plu-

1 L'ouvrage capital sur le mazdéisme est le commentaire d'Eugène Burnouf sur l’Yaçna.

? Les fragments de Théopompe, cités par M. Nicolas (Doctrine;des Juifs, p. 344), sont bien vagues. En tout cas, ils appartiennent à un temps postérieur à l'exil de Babylone.

tarque, où il est fait mention du triomphe du Dieu von sur le Dieu mauvais après une lutte formidable, remonte à une époque tardive. Personne ne contestera que la notion du Messie n'eût pris une forme bien plus arrêtée chez les Juifs que chez les Persans à l’époque où les deux peuples furent rapprochés à Babylone. On ne saurait comparer quelques vagues allusions: aux oracles de l'Ancien Testament.

Sur un point seulement les Juifs ont fait quelques emprunts à leurs vainqueurs; c'est sur la doctrine des bons et des mauvais anges. Ce n’est pas qu'elle leur fut étrangère; nous n'en voulons d’autres preuves que le récit de la chute dans la Genèse et le prologue de Job; toutefois le livre de Tobie rappelle à plusieurs égards les classifications minutieuses des bons et des mauvais esprits dans l’Avesta '. Les livres d’Esdras. et de Néhémie qui nous tracent un si fidèle tableau de l'état religieux. des Juifs au retour de Babylone, comme. les oracles de Zacharie et de Malachie, sont au. nombre des produits les plus authentiques de l'inspiration hébraïque. Les prophètes de l'exil ont sans doute emprunté de nouveaux symboles. au pays où ils avaient vécu; mais l'esprit ancien. s’est exprimé dans cette langue nouvelle plus surchargée, moins grandiose que celle de leurs devanciers. Quant au dogme de la résurrection des corps, il s'est rattaché très naturellement à certains faits consignés dans les

1 Voir les pages remarquables consacrées à ce sujet par M. Nicolas, p. 340 à 350.

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