L'ÉGLISE
personne par un lien de confiance et d'amour et quittent tout pour le suivre. L'opposition croissante du judaïsme et l’excommunication de la synagogue traceront d’une manière toujours plus tranchée la ligne de démarcation entre l’ancienne société théocratique et la société nouvelle qui, à part son chef, n’a pas au début une pleine conscience d'elle-même.
Que Jésus ait bien entendu fonder l'Eglise, c’est ce que prouve suffisamment le choïx des apôtres. Après une nuit de prière, il désigne douze de ses disciples pour devenir ses envoyés par excellence'. Ce nombre est évidemment symbolique et nous reporte aux douze tribus de l’ancien peuple de Dieu. Jésus montre clairement par là qu'il veut fonder le véritable Israël. Ces douze apôtres seront comme les patriarches spirituels, les pères de cette nation étrange qui ne se composera que de libres adhérents. Gens sine prole nata. L’apostolat n'est point l'institution d'une nouvelle hiérarchie, comme s’il devait perpétuer la tribu lévitique et sacerdotale; le nombre même de ceux qui en sont revêtus indique clairement qu'ils représentent lenouveau peuple de Dieu dans sa totalité; ils n’ont aucun pouvoir par-
ticulier, pas plus celui de formuler la doctrine que de . |
4 Luc VI, 12-16. Marc IIT, 13-19. Matth. X, 1-15. Schleiermacher ne veut voir aucune intention formelle dans le choix des douze; d’après lui, ce serait plutôt Jésus qui aurait été choisi par ceux de ses disciples qui étaient le plus attirés vers lui (Leben Jesu, p. 370, 371). Mais le témoignage du quatrième évangile confirme absolument celui des synoptiques : « Ce n’est pas vous qui m'avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis. » (Jean XV, 16.) Strauss, Schenkel et M. Colani atténuent à l’envi la portée du choix des douze.
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pardonner les péchés, car on ne peut établir que le pouvoir des clefs leur ait été remis d’une manière exclusive; c’est à tous les disciples qu'il a été confié, ce | qui le réduit à une simple proclamation des conditions générales du pardcn'. Le trésor des grâces divines appartient à toute l'Eglise. C’est mieux qu’un trésor, c'est cette source jaïllissante dont le Christ a dit : « Que celui qui a soif vienne et quil boive. » À quoi donc se réduit l’apostolat? Il est, pour ainsi dire, la représentation normale du christianisme primitif, de l'Eglise qui a vu le Christ de ses yeux, qui l’a entendu directement et qui a eu la grande mission de conserver son souvenir au monde. Les apôtres sont les témoins choisis, accrédités par Jésus lui-même, et comme tout repose en définitive sur leur témoignage, ils sont les colonnes du temple spirituel. Ils ont formé le premier noyau de l'Eglise, celui qui a été le plus près du centre d’où émanent toute vérité et toute vie. De là les soins persévérants que Jésus à consacrés à l'éducation morale des douze. Ces natures rudes et incultes ressemblaient à un marbre précieux qui n'a pas encore été poli, mais d'où un grand maître tirera un chef-d'œuvre.
L’apostolat ainsi défini ne se concilie ni avec une succession directe dans un corps sacerdotal, ni avec une pri-
1 Le passage Matth. XVIII, 18, où Jésus confère aux siens le pouvoir de lier et de délier, fait partie d'instructions générales qui s'adressent à tous les chrétiens. Il y a plus, la déclaration sur le droit de pardonner les péchés a été prononcée non devant les apôtres seulement mais devant tous les disciples, comme on peut s’en convaincre par le rapprochement de Jean XX, 19, de Luc XXIV, 33.