‹ Jésus-ChristChapitre 191 sur 376 · JÉSUS OBJET DE SON ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

JÉSUS OBJET DE SON ENSEIGNEMENT

ou un prophète comme Esaïe, c'est comme si l'on «

évidait nos évangiles; la substance même de la doc- trine a disparu, il ne reste qu'une écorce desséchée ou un moule creux et sonore; la parole de Jésus n'est plus alors qu’une cymbale retentissante, à part 'quelques éclairs d’une sagesse originale ét populaire, on ne saurait la disculper d'une monotonie fatigante. Toute cette mystique sublime qui à nourri l’âme des saints dans tous les temps est jugée à bon droit comme la partie la plus défectueuse de son enseignement. S'il n'est pas Dieu, le côté le plus divin de sa doctrine en

devient le côté le plus faible. Il est vrai que tout

change si, sous ces formules, on sent frémir une vie vraiment divine.

D’après notre notion de l’incarnation et de l’abaissement volontaire qu’elle implique, nous n’attribuons

pas à Jésus la toute-science. Il s’est soumis à la loi du développement, par conséquent il n’a pas eu d'emblée toute la connaissance religieuse, il y est arrivé progres-

sivement. Toutefois, en admettant le progrès et le déve-

loppement chez lui, gardons-nous bien de confondre l'imperfection relative de sa connaissance religieuse avec l'erreur. L’infaillibilité, dans cet ordre, est une conséquence de la sainteté parfaite, car l'erreur religieuse tient à une défectuosité morale. « La vérité, dit Schleiermacher, est l'état naturel de l’homme; ses

facultés, dans leur condition normale, doivent y abou-

tir. L'état d’ignorance ou d'incertitude n’est pas l'er-

veur; celle-ci commence du moment où l'esprit est

LA a 3 L'INFAILLIBILITÉ DE JÉSUS. 363

arrivé à une fausse conclusion; or, il faut pour cela qu'il se soit arrêté trop tôt dans sa recherche de la vérité et par conséquent qu'il ne l’ait pas aimée comme elle mérite de l’être, ou bien qu'il ait eu un intérêt caché à accepter tel ou tel résultat incomplet. Il n’est donc pas possible de distinguer absolument l'erreur du péché, du moins en ce qui concerne cet ordre de vérités qui s'adressent à la conscience et à l'âme.» S'il en est ainsi de l’homme dans sa condition normale, à com bien plus forte raison ne devons-nous pas attribuer cette infaillibilité à Jésus, qui nous présente l'idéal le plus élevé de l'humanité. Avec son sens droit et pur, il a saisi la vérité religieuse telle qu'elle se reflétait dans l'Ecriture sainte, dans la nature, et surtout en luimême, comme dans le miroir le plus limpide des choses divines. Il lui suffisait, après tout, d'arriver à la pleine conscience de son être.

Cette infaïillibilité ne portait du reste que sur la vérité religieuse. Onenlèveraità Jésusla réalité de sonhumanité si l’on supposait qu’il possédait la science infuse de tous les phénomènes terrestres, et qu’il échappait complétement aux idées courantes de son temps sur la nature. Il. serait puéril de croire que lorsqu'il parlait du soleil couchant il réservait mentalement la théorie de Galilée ou de Newton. Non, pour tout ce qui n'appartient pas à sa mission, 1l a été véritablement l’homme de son | temps et de son pays. Il y a plus; même dans l’ordre religieux, il ne possédait pas la toute-science. Il dé-

1 Schleiermacher, Leben Jesu, p. 118.

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