CALME AUGUSTE DE SA PAROLE
qui se borne à entraîner les hommes en enflammant leurs passions, mais cet art supérieur qui est la royauté de l’esprit sur l'esprit et qui s'adresse aux plus nobles facultés de l'être humain. Le talent le plus brillant est insuffisant pour arriver à un tel résultat; il y faut l'action morale la plus élevée. Le mot d’éloquence, même dans sa plus haute acception, semble profane appliqué à Jésus-Christ, parce qu'il rappelle encore le soin de la forme, la recherche de l'effet et l’amour de la gloire. Son éloquence à lui, c'est l’ascendant de sa perfection morale, c’est sa vie répandue dans ses discours; elle est donc toute vertu, ou plutôt toute sainteté. Il n’est pas un seul des traits distinctifs de sa parole qui ne soit une manifestation de l’une de ses qualités morales, si bien que son enseignement, considéré dans sa forme et sa méthode, c’est lui-même encore, comme sa personne en constitue le fond intime et l’objet principal. Là éclate précisément la perfection de cet enseignement, car plus : notre parole communique véritablement nos pensées et nos sentiments, plus elle répond à sa destination. Qui donc a parlé comme celui dont on sent en quelque sorte battre le cœur miséricordieux dans chacun des mots qu'il a prononcés?
D'où vient ce calme auguste dont sont empreints ses discours et qui fait dire en l’écoutant : C’est le maître ? N'est-ce pas de la possession parfaite de lui-même, de sa sérénité constante et de l'harmonie de tout son être. Rien dans son enseignement ne rappelle l'exaltation ou l'excitation extraordinaire du sentiment, parce qu’il
36 POPULARITÉ DE S9N ERSBIGNEMENT
n’est jamais hors de lui ou au-dessus de PR à la vie en Dieu n'est pas pour lui un état exceptionnel, un ravissement d'esprit, un sommet rarement atteint où l'aurait enlevé l'inspiration extraordinaire d’une heure favorisée ; c'est sa condition habituelle : aussi ne se révèle-t-elle pas comme chez
le prophète par ces mots brûlants, par ces méta- |
phores hardies qui traversent le discours comme des éclairs; elle se manifeste comme une lumière douce
et vive qui émane d'un foyer toujours égal à luis «
même. |
S'il est un trait caractéristique de l’enseignement de Jésus, c’est bien sa popularité. Nul n’a su comme lui se rendre accessible à l'ensemble des hommes, aux plus humbles, aux plus ignorants, comme aux plus grands
satin
1 = dd dé tfa- can a Di ” él a tent mat dés S-sictr Dee de
À du à
esprits. Ce n’est pas qu'il ait payé cette popularité du vf
prix honteux dont on l’achète trop souvent aux dépens #
de la vérité. Il n’a flatté aucune des passions de son”. temps; il n’a fait aucune concession aux erreurs cou-
rantes. Bien au contraire, il n’a pas cessé un jour de combattre les idées favorites des hommes de sa g'énération, et de fouler aux pieds les préjugés nationaux des Juifs, à commencer par leur frénétique orgueil. Il ne s'est point accornmodé à leurs idées fausses, et quand on l’accuse ou le loue d’avoir enfermé d'immortelles vérités dans l'enveloppe grossière de la superstition pour les mettre à la portée de ses contemporains, on se met en désaccord avec les faits les mieux constatés et l'on méconnaît surtout cette noble et virile franchise