‹ Jésus-ChristChapitre 204 sur 376 · LT, — LA GUÉRISON DES DÉMONIAQUES · texte numérisé non relu

LT, — LA GUÉRISON DES DÉMONIAQUES

L'une des maladies que Jésus a le plus souvent guéries est ce mal mystérieux de la possession qui sévis- sait à cette époque avec une grande intensité et qui s'attaquait à la fois au corps et à l’âme. On a nié qu'il présentât un caractère extraordinaire, parce qu’il était accompagné de symptômes qui sont de tous les temps, tels que les crises épileptiques, l’aliénation mentale, la surexcitation morbide de l’org'anisme nerveux, la sur-

1 Jean IX, 2.

dité et la paralysie. Nous ne contestons pas que la folie ordinaire ne ressemble à quelques égards à la possession. Il est certain que celle-ci se greffait en quelque sorte sur la folie et que, pour se développer, elle devait rencontrer certaines prédispositions morales et physiques. Mais on n’explique pas suffisamment le phénomène étrange qui nous est décrit dans nos évangiles, quand on nous le présente comme un simpleeffet de la superstition populaire agissant sur les malades sous la forme d’une idée fixe. Nous ne saurions admettre que Jésus eût poussé l’accommodation jusqu’à parler des démons comme il l’a fait, si leur influence avait été étranère à cette terrible maladie. Il ne sert de rien d’invoquer l'exemple du médecin aliéniste qui commence par entrer dans l'idée de son malade afin de le guérir et qui ne se croit pas tenu à la stricte vérité envers un infortuné pour lequel les mots n’ont plus leur valeur ‘. Jésus a parlé aux démoniaques en présence de ses disciples et de ses compatriotes. Or, il n’aurait pu légitimement tenir ce langage s’il n'avait partagé l'opinion de ses contemporains. Cette opinion avait donc sa part de vérité. | L'Evangile n’est pas seul à mentionner les possessions; l'historien Josèphe en parle à plusieurs reprises, tout en les expliquant de la façon la plus erronée. Il voit dans les démons les âmes errantes des méchants et il

{ C’est l'opinion erronée de Néander, Vie de Jésus, I, p. 203. Elle est écartée par Luc X, 20, où le don de chasser les mauvais esprits est reconnu chez les disciples.

affirme qu'on les chassait en récitant des formules empruntées aux prétendus livres de Salomon et en faisant respirer aux malades certaines plantes médicinales ‘. Laissons ces superstitions grossières ; elles ne détruisent pas le fait lui-même. Nous en retrouvons la trace dans les pays païens ; saint Paul a guéri à Philippes de Macédoine une malheureuse esclave qui était en proie aux mauvais esprits?. Rien n'empêche d'admettre que les mêmes causes générales qui avaient préparé l'invasion de ce mal en Judée l'eussent également propagé ailleurs. C’est à tort que l’on a identifié les possessions à la mantique sacrée, au délire religieux des pythonisses, car il est avéré qu’on se procurait ce délire à son gré, et les Grecs y voyaient une intervention de la Divinité et non une influence des mauvais esprits. Pourquoi ne pas admettre que dans ce siècle tourmenté qui voyait finir un monde, un mal nouveau, étrange, se soit produit, ou du moins que la folie y ait pris une forme effrayante et mystérieuse? Cette complication, l'Evangile l'explique par la possession, et Jésus a confirmé cette explication par ses paroles et par ses actes. Pour celui qui croit à l'existence d’un royaume du mal peuplé d’esprits malfaisants, rien n'empêche d'admettre que son influence se manifeste de manières diverses. Le rôle que jouent les démons dans la tentation est déjà un grand mystère, et cependant c'est tout en-

| 1 Le passage capital de Josèphe sur les démoniaques se trouve Bell. Jud., VIL, 6, 3.

2? Actes. XVI, 16, 17. Justin confirme le fait Dial. c. Tryph., IL.

semble un objet de foi et d'expérience. Cette action funeste ne peut-elle pas, dans une crise suprême de l’histoire, se faire sentir d’une manière toute particulière sur des individus dont l’âme est déjà malade? La psychologie a ses mystères aussi bien que la métaphysique ; et là encore les faits dépassent souvent les explications. Rien n’empêche d'admettre que la possession ne soit l’aliénation par excellence, c’està-dire une substitution complète d’une influence étranère à la personne morale qui serait liée et enchaînée.. Dans les phénomènes magnétiques nous voyons le magnétiseur tenir sous sa dépendance absolue le sujet endormi, lui dicter ses propres pensées et sus- : pendre momentanément chez lui toute liberté morale. J] y a un magnétisme satanique qui s'empare à tel point du moi que le malade devient l'organe d’un pouvoir occulte. On entend bien sa voix, mais c'est

un autre qui parle par lui; il.ne s’appartient plus.

Son système nerveux, #0on intelligence, tout est au service de cet autre dont il est le jouet. De là sa lucidité extraordinaire et aussi sa violence blasphé-

matoire. Que cette influence, que lon peut, comparer à un magnétisme transcendant, soit due à un seul démon ou à plusieurs, cela ne change rien au caractère de ce mal terrible. Il est reconnu que la lune dans ses phases exerce une action étrange sur certaines

maladies nerveuses; le royaume ténébreux dont nous”

ne sommes séparés que par une invisible et insaisis- « ON Q Q Le Q art L dd | sable frontière ne peut-il pas réagir avec bien plus de.

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