LA PREMIÈRE MULTIPLICATION DES PAINS
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corps, et quand le soir est venu et qu'il est trop tard pour repasser le lac, on s'aperçoit qu’il n’y a nul moyen de nourrir cette multitude affamée et lassée. Que sont pour ces cinq mille hommes les cinq pains d'orge et les deux poissons qu'un jeune garçon a apportés avec lui? On ne peut songer à cette heure tardive à chercher des provisions à la ville voisine; d’ailleurs l'argent manquerait. Volontiers les disciples renverraient la multitude, mais Jésus, qui a eu pitié de sa misère morale, ne peut être indifférent à son dénûment,; nulle souffrance n'échappe à son amour; sa charité mérite vraiment ce beau nom d'humanité qui implique une sympathie secourable pour toutes les douleurs humaines. Aussi n’hésite-t-il pas à accomplir un miracle pour apaiser la faim de ce pauvre peuple. Celui qui, au désert, n’a pas voulu changer une pierre en pain parce qu’il ne s'agissait que de lui-même, multiplie sous sa main les cinq pains et les deux poissons; la foule immense qui se presse autour de lui est rassasiée. Nulle œuvre de Jésus n'est plus touchante; elle inaugure avec éclat ce long et fécond miracle de la charité chrétienne qui, elle aussi, à toutes les époques, a multiplié les pains pour ceux qui avaient faim. Elle a épanché sur les masses indi-
. gentes un fleuve inépuisable de générosité; il lui a
1 "HpËaro diddonetv adtods mod. (Marc VI, 34.) 2 Matth. XV, 30.