‹ Jésus-ChristChapitre 279 sur 376 · LA FÊTE DES TABERNACLES · texte numérisé non relu

LA FÊTE DES TABERNACLES

peuple élevait dans les rues de Jérusalem des tentes de branchages,; il y logeait pendant sept jours. Les Juifs, des palmes dans les mains, défilaient en longues processions pour célébrer la bonté de Dieu envers leurs ancêtres. Jésus n’arriva pas en Judée au début de la fête; il n'avait pas voulu se rendre à l'invitation de ses frères qui, sous l'empire de leurs préjugés nationaux, le pressaient de saisir cette occasion pour se produire avec éclat. Il savait bien qu’il exaspérerait ses adversaires en venant à Jérusalem”avec les caravanes valiléennes, qui ne manqueraient pas de lui faire cortége. Ses frères ne pouvaient pas plus prévoir que partager de tels périls, car leur conformité aux idées grossières de leur peuple ne les en préservait que trop sûrement‘. Le Maître se laisse donc devancer à Jérusalem par ses disciples et par sa famille; il s’y rend en secret?. ;

La fête avait déjà duré plusieurs jours quand il arriva. Le peuple était dans une excitation extraordinaire, Jésus faisait l'objet de tous les entretiens; on discutait son caractère, ses œuvres, et, suivant - l'esprit qui animait les divers groupes, il était traité d'homme de bien ou de séducteur*. L’émotion fut #4 Jésus, par suite de son arrivée tardive, n’a pas célébré la fête des L Tabernacles selon les rites accoutumés. ;

2 Ey AouTT®. (Jean VIT, 10.) Ce voyage solitaire ne paraît pas concorder avec celui dont il est fait mention (Luc IX, 51), qui a un certain apparat (Luc IX, 52). Le récit du troisième évangile convient “mieux au voyage suivant, dans lequel Jésus prit comme un congé s0= lennel de ces contrées tant de fois’ parcourues par lui. Nous donnons entièrement raison sur ce point à Néander, à Lange et à M. Godet

contre Wieseler.

5 Jean VII, 12, 13.

portée au comble quand on le vit apparaître soudain dans le temple'. À peine a-t-il ouvert la bouche qu’on retrouve dans ses discours cette autorité qui n’appartient qu'à lui et qui est surtout saisissante dans ce lieu des vaines disputes et des paroles creuses. Alors s’enage entre lui et ceux qui l'entourent un dialogue qui permet de suivre la fluctuation des esprits et les impressions mobiles et diverses de ses auditeurs. Tout d’abord c’est. l’étonnement qui domine; on ne comprend pas ce divin savoir chez un homme qui n’a point traversé les écoles rabbiniques. Il s’agit bien de science humaine et régulière ! Jésus a puisé sa doctrine directement en . Dieu, elle ne lui appartient pas, elle vient de Celui qui l’a envoyé! Quoique descendue de si haut, elle ne se démontre pas au moyen d’une laborieuse argumentation; elle se révèle immédiatement à la conscience. L'homme qui veut faire la volonté de Dieu reconnaît que cette doctrine vient de Dieu, car le désintéressement absolu de celui qui la proclame prouve qu’il re se cherche pas lui-même, qu’il ne fait pas son œuvre à Jui, et qu'il est bien l'organe de l'amour divin. Jésus, comme toujours, en a appelé de la scolastique tourmentée de l’école à l'intuition morale?.

, Le Maître a sans doute découvert dans la foule . quelques-uns de ces Juifs qui s'étaient scandalisés du miracle qu'il avait accompli naguère, près du réservoir de Béthesda. Il sait qu’à ce verdict de la

1 Jean VII, 14.

2? Ces développements sont la paraphrase de Jean VII, 16-19.

conscience droite qu’il réclame, on oppose sa préten— due violation du sabbat; on lui conteste la sainteté véritable au nom de la piété artificielle et conventionnelle. C’est pourquoi il aborde immédiatement l’apolog'ie directe. Ces prétendus défenseurs de la loi ne l'ont pas comprise. Moïse n’a-t-il pas autorisé les Israélites à circoncire les enfants le jour du sabbat, mettant ainsi une ordonnance partriarcale au-dessus d’un commandement formel du décalogue? Il est donc des lois au-dessus de l’observance légale; or, tout ce qui contribue au bien de l'homme fait partie de ce code éternel. Qui osera contester qu’il ne soit plus important de guérir l’homme tout entier que de le circoncire'?: Cette parole hardie et pénétrante étonne d'autant plus qu'on sait ce qu'elle brave; on se demande si Les chefs de la nation se seraient laissé convaincre et auraïent renoncé à faire mourir Jésus. Mais cet ébranlement des esprits n'est que passager; on ramène toujours l'objection d’une origine si basse, si obscure. On sait trop d’où il vient! « Vous me connaissez et vous savez qui je suis! » reprend Jésus avec une auguste irgnie. À ces hommes de la vue terrestre, qui se scandalisent dé ’échoppe de Nazareth, il montre le ciel d’où il descend... Quelques auditeurs sont émus de tant de majesté, mais la masse demeure hostile. Les pharisiens sont sans doute réunis dans la salle des délibérations, caril s’agit à cette heure de savoir si le maître galiléen va les supplanter en pleine fête; ils se hâtent de profiter des disposi- 1 Jean VII, 22, 23. (Voir Godet.)

tions variables de la foule; leurs émissaires se préparent à se saisir de Jésus au moment favorable. Quant à lui, conservant son calme royal, il fait entendre au peuple que la lumière qui lui a été accordée pour un temps va bientôt se retirer et que le jour viendra où il re- grettera amèrement d’avoir repoussé son libérateur‘. Ses menaces ne sont pas mieux comprises que ses promesses.

Chaque matin, durant la fête, un prêtre descendait de la montagne sainte, une cruche d’or à la main, pour puiser de l’eau à la fameuse fontaine de Siloë, au pied même du Morija, il remontait au milieu d’un grand concours de peuple, au son des cantiques et des trompettes sacrées, puis il terminait la cérémonie en répandant sur l'autel l’eau de sa cruche d’or *. Ce rite était destiné à rappeler l'onde miraculeuse qui avait jailli du rocher sous la verge de Moïse. Mais en Israël tous les souvenirs étaient des espérances et devenaient les symboles de l'avenir. L'œuvre du Messie était dépeinte dans les prophètes sous l’image d'un fleuve d’eau vive ramenant la fertilité sur le sol desséché. « Vous puiserez des eaux avec joie aux

{ Jean VII, 33, 84.

2 Le dernier jour de la fête des Tabernacles était proprement le septième. Cependant, le huitième était encore célébré comme la clôture de la solennité. Le peuple quittait ses tentes de feuillage et se rendait au temple. La cérémonie relative à l’eau de la source de Siloé n’avait pas lieu ce jour-là ; mais elle était présente à tous les esprits, et rien n'était plus naturel que d’y faire allusion, Au moment où s'achève la fête, Jésus adresse à la foule rassemblée dans

le temple un pressant appel, qu’il rattache à l’une des cérémonies usitées les jours précédents. Rien n'est plus compréhensible,

sources de la délivrance, avait dit le prophète Esaïe!, » Le prophète Joël avait annoncé qu'une source sacrée jaillirait dans le sanctuaire renouvelé?. Ezéchiel avait employé des images analogues”. Jésus était donc sûr d’être compris du peuple quand il disait : « Si quelqu'un a soif qu’il vienne et qu’il boive. Pour celui qui croit en moi, des sources d’eau vive jailliront de son cœur*. » Ïl se comparait au rocher du désert qui avait rendu la vie à Israël. Maïs la réalité spirituelle dépasse de. beaucoup le type; non-seulement Jésus apaise la soif, mais

encore il fait jaillir dans l’âme une source inépuisable, * :

magnifique image de l'expansion féconde de la vie divine, qui ne se donne à nous que pour se répandre par nous°.

Plus Jésus se révèle clairement comme le Messie dans le sens élevé où il l'entend, plus ses auditeurs se divisent à son sujet. Tout indique que l’on est arrivé à une heure critique et décisive ; le peuple est tour à tour atüré et repoussé. Une fraction est bien près de croire en-lui ou du moins de le prendre pour le prophète précurseur $; mais l'impression favorable s’efface dès

1 Esaïe XII, 8.

2 Joel III, 18.

3 Ezéchiel XXXVI, 25.

k Jean VII, 37.

5 C’est avec raison que l’évangéliste assimile au don de l'esprit divin la pleine réalisation de cette promesse (Jean VII, 39). On voit à quel point le quatrième évangile tient compte de l’Ancien Testament, et combien il se distingue à cet égard du mouvement gnostique du deuxième siècle dont on voudrait le faire sortir. L’allusion aux grands faits de l’histoire d’Israel est perpétuelle dans les discours recueiilis

par saint Jean.

6 Jean VII, 40-42,

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