‹ Jésus-ChristChapitre 3 sur 376 · NET · texte numérisé non relu

NET

son école, car ils l'ont accréditée grâce à ce même. - mélange d'entraînement délirant et de fourberie qui marque la religion de l'Évangile du commencement à la fin. Ce fut assez d'un courant d'air soufflant dans la chambre haute de Jérusalem, et assimilé à l'esprit de Jésus, pour changer la face du monde. « Il suffit parfois pour cela, dit M. Renan ', d'une fenêtre ouverte. » La foi à la résurrection est avant tout l'effet de l’hallucination de Marie de Magdala. Ivre d'amour et de joie, elle crut avoir entrevu le . Maître adoré, et, pour accréditer son rêve, elle ne L recula pas devant une fraude pieuse, car c’est: elle qui. se chargea de faire disparaître le cadavre *. Comment tant d'enthousiasme peut s'unir à tant de fourberie? c'est ce qui ne nous est pas expliqué. Il n’en demeure pas moins que c’est cette touchante démoniaque qui a

été la vraie fondatrice du christianisme. Cetté splen- F dide merveille est, comme bien d’autres, le résultat d'une petite supercherie. La foi purifie tout. L'hallucination d’une femme donna un Dieu au monde, #.

« Tais-toi, raison orgueilleuse », s’écrie tout d’un

coup M. Renan. Rien de plus compréhensible que

i Les Apôtres, p. 80. | | d

2 Jd!, p. 48. È

INTRODUCTION. 1l

cette réminiscence de Bossuet. En effet, Ia raison n’a que faire ici, tant du moins qu'elle s’obstinera à appliquer le principe de causalité et à proportionner les effets aux causes. Attribuer à un cas d’hystérie le triomphe éclatant au travers des plus grands obstacles d'une religion d’une moralité aussi haute que le christianisme sur des ennemis innombrables, armés de toutes les ressources de la civilisation gréco-romainé et ayant pour eux toutes les mauvaises passions du cœur humain; faire sortir d’une insanité, où le fanatisme se mêle au mensonge, la régénération d’un monde et le renouvellement de l'humanité, c'est pourtant trop compter sur notre crédulité. On dirait que la négation du surnaturel suffit pour rendre l’'absurdité raisonnable. Cette négation, à laquelle nous reviendrons plus tard, a pour commentaire justificatif les étranges rêveries des Divloques philosophiques de l’auteur, qui substituent, à la causalité intelligente et libre du théisme, je ne sais quel principe incohérent caché au fond de la nature, lequel produit le progrès sans le vouloir et le savoir, et ne conserve quelque lueur d'intelligence que pour nous tromper en nous conduisant à ses fins par des voies détournées. On a justement remarqué que cette philosophie incohérente nous propose des mystères plus difficiles à accepter que ceux de l'Évangile. Je n’y trouve qu’une chose raisonnable ou du moins logique, c’est que l'esprit de duperie et de tricherie soit placé dans

le principe des choses une fois qu’on veut nous le

12 I\TRODUCTION.

faire retrouver dans le développement supérieur de. la vie religieuse. Tout compté, la Wie de Jésus de M. Renan, avec toute la magie de son style et le coloris nuancé de son pinceau, me semble une des tentatives les plus manquées que je connaisse de reproduire ce grand passé. C’est par excellence l'Évangile apocryphe du dix-neuvième siècle, plus distant en réalité de la vérité historique que l'Évangile de Thomas cu que les Ac/a Pilali,

M. Renan s’est contenté d'écrire un roman syrien, une fable gracieuse à laquelle il ne manque que la morale, parce qu'il ne connaît rien de semblable. M. Jules Soury a fait mieux: il a dressé un acte d’accusation, ou plutôt, se posant en médecin aliéniste, rédigé le diagnostic de Jésus dans un libelle injurieux, qui n’a pas même fait scandale’. Tout en prodiguant les éloges à M. Renan, il ne veut voir, dans ses Origines du christianisme, qu’une œuvre de transition. Pour lui, rejetant dédaigneusement l'idylle galiléenne, il s’en tient au géant sornbre des derniers jours, auquel 11 reproche une âpre sécheresse étrangère à toute mélancolie et souvent accompagnée d'une grande dureté pour les malades et les infirmes qui venaient à lui. Ce géant n’est plus qu’un fou, il est facile de retrouver en lui les signes d’une maladie mentale des plus caractérisées; mais comme c'était un fou dangereux menaçant la paix publique,

1 Jésus-Christ et les Évañhgiles, Paris, Charpentier, 1875.

« démagogue et révolutionnaire, blasphémateur et séditieux, selon les lois de son temps et de son pays,: . Jésus avait deux fois mérité la mort». Ses disciples se sont mis dans le même cas. Le plus grand service que les bons empereurs ont rendu à l'humanité a été de combattre cette engeance, toujours juive au fond. Nous leur aurions dû une gratitude sans bornes, s'ils eussent réussi à l’extirper, car c'était bien la patrie, la religion, les mœurs, la paix romaine et jusqu’à la civilisation que menaçaient ces insensés ?. En définitive, Jésus-Christ n’est qu’un problème de psycholog:ie morbide. Nous rougirions d’insister sur une telle œuvre qui est bien, elle, un cas dûment constaté d'aliénation non pas mentale, mais morale; car quelle espèce de conscience faut-il avoir pour juger ainsi le plus haut idéal de justice et de bonté! Que M. Soury ait pu s'imaginer un instant être le continuateur de M. Renan, c’est infliger à celui qu il appelle un maître un éloge pire que toutes les critiques et qu’au fond nous trouvons injuste.

L'effet du livre de M. Renan s'est fait sentir en dehors de l’école critique qui écarte d’emblée le surnaturel. Il a été salutaire. comme nous l'avons déjà reconnu, en remettant en lumière le côté humain de la vie du Christ. Cet effet s'est manifesté d’abord d'une manière assez extérieure, en reportant l’atter

1 Jésus- Christ et les Évangiles, P. 82.

2 Id., p. 189. | | #

#- 14 ue INTRODUCTION.

tion sur le cadre même de l’histoire évangélique, sur de milieu où elle s'est déroulée, et très particuliè- Fénenbieur les aspects variés du pays de l'Évangile. C’est ainsi que les paysages abondent dans la We de Jésus de Farrar. On dirait un pieux miniaturiste qui a énluminé les Évangiles à chaque page. Seulement l'imagerie traditionnelle du moyen âge est remplacée par le pittoresque du dix-neuvième siècle, qui voit l'Orient biblique au travers de l'Orient actuel. La mise en scène de Farrar est très vivante, très colorée. Son livre se lit avec entraînement. Ce n'est pas qu'il éclaire de lumières nouvelles le problème christologique : il passe sous silence ou atténue toutes les questions difficiles et ardues. Ce. qui domine dans ce livre, pénétré d'une piété fervente et d’une poésie plus douce qu’intense, c’est une orthodoxie modérée qui cherche à concilier le plus possible les récits sacrés, sans se plier cependant au joug de la théo- . pneustie absolue. Les contradictions décidément insolubles entre les Évangiles, telles que la détermination de la date de la mort de Jésus-Christ dans les SynOptiques et dans saint Jean, sont reconnues.

L'auteur va jusqu’à assimiler les possessions aux maladies nerveuses où mentales, mais il ne serre de près ni le problème critique, ni le problème christologique. 11 donne plutôt. des illustrations que des explications précises. Sa manière rappelle celle du peintre

1 The Life of Christ, by Frederic W. Farrar. Cassel ; Peter and Galpin, Londres, New-York, Paris.

# 44 * Lu é . ».., n #

à 2 La

VE À Nas ,

x \ ee Op 4

À Re »

Overbeck, qui, sans atteindre ni le grandiose ni le

pathétique des maîtres, provoque l'attendrissement par un pinceau facile, ni trop archaïque, ni trop moderne. Ce genre est le:mieux fait pour la moyenne des esprits. De là le grand et bienfaisant succès du livre de Farrar. à

On se souvient de l'effet considérable produit en Angleterre, en 1863, par l'apparition d’'Æcce Homo. Écrit dans une langue sobre et forte, ce livre relevait la srandeur morale du Christ avec un enthousiasme à la fois contenu et intense ; on sentait au travers de l’exposition une imagination puissante qui se manifestait par éclairs. Le contraste avec le pastel de M. Renan était complet. Nous n'avons plus un délicieux rabbhi galiléen, mais un stoïcien juif, conduisant l'humanité par d’âpres chemins vers ün haut et sévère idéal. Le surnaturel était accepté en principe, mais Jésus était surtout loué de ne pas l'avoir prodigué. fl n'avait

d'autre dessein que de constituer une humanité fière’ .

et digne, méprisant les biens inférieurs. Évidemment nous tombons dans l’extrème opposé de M. Renan. M. Seeley, qui s'est fait connaître comme l’auteur d'Z'cce Homo, a bien montré que ce n'est pas avec une telle conception que l’on peut maintenirles traits essentiels du christianisme primitif, car dans son second livre : Matural religion ?, il a complètement sacrifié, non seulement la notion du surna-

1 Natural religion. London, Macmillan and C°, 1882.

16 INTRODUOTION.

turel, mais encore celle du Dieu personnel. Zcce Homo n'en reste pas moins un livre admirable, où plus d’un trait est à recueillir. M Le Jésus de Nazara de Keim a une bien autre importance , On n’y peut méconnaître l'influence de la Vie de Jésus de M. Renan, spécialement dans l’étendue et la richesse des développements sur le milieu historique. Keim à une connaissance approfondie de l'état de la Judée à cette époque ; c’est à force de science qu'il retrouve le passé dans la variété de ses éléments, et, comme il est doué d'une imagination forte, il sait répandre la lumière et la vie sur les tableaux qu'il trace soit du pays, soit de la situation politique et religieuse du judaïsme. Son livre a une valeur inappréciable à cet égard. Sa caractéristique des sectes juives, sa peinture de l'état moral de la population, ses descriptions de la contrée, révèlent chez lui une admirable intuition historique, servie par une science approfondie et un rare talent d'écrivain. C’est bien aussi le côté humain qu’il fait uniquement ressortir dans le Christ, mais, comme pour lui la catégorie du bien passe avant celle du beau, la perfection humaine st une participation au divin. Ce qui manque chez Keim, c’est la notion tragique, profonde du mal. Il ne le nie pas, mais il l’affaiblit. Il n’en constate que les manifestations individuelles, s'en tenant toujours à

1 Geschichte Jesu von Nazara in ihrer Verkettung mit dem Gesamimtleben seines Volkes frei unter.ücht und ausführlich erzählt, von D° Th, Keim. Zurich, Orelli. 3 vol., 1867-1872.

INTRODUCTION. j 17

l'homme isolé. On dirait que la race n'existe pas pour lui; la solidarité qui donne au mal comme au bien sa portée lui échappe. Aussi n’aborde-t-il ni de Des ni de loin la notion derédemption.

Jésus-Christ est venu, non pas relever et sauver l'humanité, mais simplement révéler à chacun de nous le Père, et nous redire sa bonté, qui n'attend qu’un acte de repentir pour nous introduire dans cet'e société des âmes où se célèbre le culte de l'idéal. « Tandis que Jean-Baptiste, dit Keim, avait voulu reconstituer le royanme de Dieu sur une base vraiment judaïque, Jésus-Christ apporte au monde le message de paix de la part du Père. Cette religionlà s'élève au-dessus de tous les changements et de toutes les catastrophes, parce qu’elle révèle à l’homme un Cosmos spirituel, qu'aucun Hérode ne peut envahir ni détruire. Ce n’est pas une religion de déchirement, mais d'harmonie, qui fait de la vie terrestre acceptée dans tous ses éléments le reflet du ciel, et fonde le salut sur la foi en la miséricorde divine, en retrouvant dans l’homme la perle cachée du divin. Ce furent là: les vraies noces de Cana, au bord des rives fleuries de la Galilée, »

Iln'y a pas autre chose dans le discours sur la montagne, qui est essentiellement une prédication dé fête, Le ciel de Jésus, c'est la paternité de Dieu, c’est notre filiation divine affirmée ?. Son ensei ynement n’a

1 Jesu von Nazara, vol. I, p. 613-614.

2 Jesu von Nazara, vol. I, p. EC-GI,

pas d'autre objet que de rappeler à l’homme le pouvoir -qu’il a de retrouver Dieu par la repentance !. Jésus- Christ n’a jamais prêché l’ascétisme, car il a admis la vie telle que Dieu l’a faite, pourvu qu’elle fût éclairée du rayon de son amour. Il a été le fils de l'homme en tant qu'il venait réaliser la véritable idée de l'humanité. | Évidemment cette notion du Christ est bien incompiète, même en ne tenant compte quedes synoptiques, comme le veut Keim. Il rejette, en effet, le quatrième . Évangile avec une sorte de passion, car on n’a jamais instruit avec plus de parti pris un procès de tendance. Il ne se contente pas, selon son droit, de juger le document au point de vue de la critique ordinaire, il ne veut pas même reconnaître les beautés morales qui ont fait l'attraction souveraine du quatrième Évangile. Les discours qu'il renferme lui paraissent de fastidieuses répétitions d’un thème métaphysique. Les larmes de Jésus à Béthanie ne trouvent pas grâce devant lui. 11 va jusqu’à contester même ces traits de précision historique qui ont rendu indispensable l'usage de cet Évangile, même pour ceux quien contestaien l'authenticité. Keim pousse l’exciusivisme si loin qu’i: ne veut admettre aucun voyage à Jérusalem avant celui de la dernière Pâque, et s'efforce de renfermer dans une seule année toute la carrière publique de Jésus-Christ. Le deuxième et le troisième Évangile

à Jesu von Nuzara, vol. 1, p, 77e

sont mis par lui bien au-dessous de Matthieu, dont il place la composition, du moins dans son texte primitif, avant l'an 70.

Eh bien! même en s’en tenant aux synoptiques ou à Matthieu tout seul, la conception du Christ de Keim est constamment dépassée; car, sans parler dela conception miraculeuse, il est certain que le premier Évangile fait à la personne de Jésus une place tellement centrale et unique, qu’il ne peut plus être considéré simplement comme le révélateur de la bonté de Dieu. Il est lui-même l’objet de la foi, et le Père seul connaît tout le mystère de son être ‘. Il suffit de l'institution de la Cène, étrangement diminuée par Keïm, pour donner à l’œuvre du Christ le sens d'une immolation.

Ues réserves étant faites, on doit reconnaître que Keim a admirableiment retracé le développement moral de Jésus-Christ. Il n’était pas possible de mieux dépeindre les influences sous lesquelles 1l s’est formé à Nazareth et, en général, dans les années qui ont précédé son ministère public. Son grand livre n’a fait d’ailleurstqu'exécuter dans les proportions voulues le programme magistralement formulé par lui dans son opusCule sur le Christ historique *. Le troisième volume de l’ouvrage reproduit de la manière la plus saisissante le drame de la passion, profitant de toutes

1 Matth. Xf, 17.

? Der Geschichtliche Christxs, Drei Reden von Thecdor Keim. Zurich, 1963,

k0 INTRODUCTION.

les sources d'informations, retraçant les divers épisodes du jugement et de la crucifixion avec une rare vigueur de pinceau, bien que la vraie si:nifcation de la croix lui échappe. On ne peut lui contester d’avoir pour Jésus une admiration qui conduirait facilement à l’adoration. Il lui accorde toutes les perfections morales, sans qu'on puisse cependant en conclure sa sainteté absolue. Bien qu'il ne repousse pas le surnaturel en soi, il n’admet pourtant dans le ministère de Jésus d'autres miracles que ceux qui peuvent s'expliquer par son action morale sur les malades. Sa résurrection n’a rien eu de corporel, car le tombeau n’a pas été trouvé vide; elle n'a pourtant pas été simplement une vision. En effet, le Christ glorifié s’est vraiment montré à ses disciples. Cette glorification se continue sur la terre au sein de l'humanité. De même que sa pensée s'était élancée d'un berceau juif vers les grands horizons de l’universalisme humain, de iême son infiuence s'étend de plus en plus de siècle en siècle, sans aucun autre miracle que l'é- panouissement de la vie morale, qui émane de lui: « car les grands actes humains sont des pensées de Dieu. » é

On comprend quelle influence un tel.livre, malgré ses lacunes, a dû exercer sur les esprits. Elle est wisible dans deux autres Vie de Jésus que l'Allemagne nous a encore données ces dernières années. La première est la reproduction du cours du vieux professeur Hase

INTRODUCTION. : 21 remanié par lui de fond en comble t. On y retrouve, sous la forme originale qui lui appartient, le point de vue dominant de Keim, bien qu’il accorde une valeur plus grande au quatrième Évangile, qu’il attribue à l'entourage de Jean plutôt qu'à Jean lui-même. Ce vénérable Nestor de la théologie germanique puise abondamment dans ses souvenirs personnels pour illustrer son sujet par des rapprochements piquants, souvent heureux, avec l’histoire contemporaine. Il a encore conservé le feu de son imag'ination. Son livre mérite les mêmes reproches et la même critique que celui de Keim, bien qu'il soit loin de l’égaler pour la valeur scientifique et littéraire. |

À la même tendance appartient la Vie de Jésus de Wittichen, qui nous donne comme une édition revue et très abrégée des synoptiques dans un texte suivi d'où l’auteur a éliminé tout ce qui lui paraît une surcharge *. Les notes explicatives exposent les motifs de ces suppressions pour lesquelles l'arbitraire d’une conception à priori est poussé jusqu'aux dernières limites ; Car tout ce qui dépasse sa notion fort étroite d’un surnaturel purement psychologique, tout ce qui rappelle un trait quelconque de l’Ancien Testament, tout ce qui ne rentre pas dans sa conception unitaire de Jésus-Christ, est condamné d’emblée. Chose

LGeschichte Jésu nach academischen Vorlesungen, von D: Karl Hase. Leipzig, 1876.

2 Wittichen. Das Leben Jesu in urkundlicher Darstellung. léna,

étrange! contrairement à une règle de critique bien rationnelle, il sacrifie toujours la leçon difficile et n'admet que la leçon facile.

Le bilan des travaux christologiques n’est pas long à dresser depuis 1870. Nous n'’insisterons pas sur les Vie de Jésus dues à des auteurs catholiques; car, étant condamnés à ne pas aborder franchement la question de critique, ils ne peuvent guère différer les uns des autres que par le talent de l’exposition et le pittoresque des descriptions. Nous signalerons dans le protestantisme une monographie très intéressante de M. le pasteur Hollard sur le Caractère de Jésus, remarquable surtout par la franchise avec laquelle son humanité est admise! ; — puis l’ouvrage consciencieux : de M. le pasteur Meyer sur le Christ des Évangiles, qui présente une belle démonstration de la sainteté de Jésus *; — enfin les sept discours de M. Ernest Naville sur le Christ, qui s’attachent surtout à son œuvre sociale, en se plaçant en dehors de toutes les diversités confessionnelles *

Les deux commentaires si considérables de M. Godet sur saint Luc et le quatrième Évangile et les parties de la Bible de M. Reuss, qui traitent de l’histoire évangélique, occupent, avec la différence de leurs points de vue, une place de première importance

1 Essai sur le caractère de Jésus-Christ, par Roger DRE. Paris, 1866. :

2 Le Christ des Évangiles, étude religieuse, par le pasteur Won. Fischbacher, 1880.

$ Le Christ, sept discours, par Ernest Naville. Genève, 1875.

De >» ‘

| NP Le 4 : dE 2e . ” 3 A ? KA 7, Te ne . ÿ.

dans les travaux sur la christologie. Le court morceau de M. le professeur Sabatier sur Jésus-Christ, qui a paru d’aborddans lZncyclopédie des sciences religieuses de M. le doyen Lichtenberger, a soulevé de vives dis-

__ cussions. L’éminent auteur représente au milieu de nous, avec autant de distinction que d'originalité, et aussi avec de notables différences, la tendance de Keim,

enla pénétrant d'un élément moral bien plus intense, car le sentiment du péché n’est pas effacé par lui. Ce

. trop court fragment, qui demanderait à être développé

dans un livre pour que l'on pût vraiment juger de la pensée d'ensemble de l’auteur, fait le plus grand honneur à notre théologie française. Un soufile d’élévation morale, de tendre et respectueux amour pour le Christ, l'anime tout eutier; la partie consacrée à son enseignement est un chef-d'œuvre. Cependant nous y retrouvons quelques-unes des lacunes que nous avons signalées chez Keim. Le

surnaturel, qui est admis en principe, est beaucoup

trop marchandé dans le détail, les miracles sont trop uniquement ramenés à l’action directe du moral sur le physique, ce qui n’épuise pas du tout l'idée qu’en donnent les portions du récit évangélique reconnues authentiques par l’auteur. Jésus-Christ est présenté avant tout comme l’homme qui a eu la plus entière conscience de Dieu. Cela est vrai, mais il à prétendu en Outre nous donner la manifestation suprême de Dieu, et nous communiquer la vie divine dans sa personne, et non pas seulement par son influence, en

24 Ne © INTRODUCTION. ES

abattant l'obstacle, jusque-là insurmontable, entre le

ciel et la terre : je veux dire le péché qui, par lui, est :

ar

rétracté, expié au sens moral.Cette caractéristique du

Christ n’en demeure pas moins l’une des plus remarquables que nous connaissions. Elle a ravivé fortement parmi nous l'intérêt pour cet ordre de questions.

La récente publication de la Vie de Jésus de” Bernard Weiss a été un véritable événement t. Œuvre d'une science vaste et libre, elle porte bien sa Là date, car elle prend la question christologique : au point précis où l’a placée le mouvement théologique e 3 de ces dernières années. On n’a, pours’en convaincre, - L qu'à la comparer à la Wie de Jésus de Neander.… Le en On y retrouve sans doute le même point de vue domi ES nant; Weiss accepte pour lui-même les principes sfon- : LÉ damentaux de ce- qui a passé jusqu'ici pour la fo 8% évangélique, dont le Symbole dit des apôtres, accepté dans ses lignes principales, est le vivant résumé.

Il n'en a pas moins conservé toute la liberté de la recherche. Complètement étranger à la théopneustie, il écarte de prime abord la préoccupation de chercher l’accord complet entre nos Évangiles. Il admet comme première base historique le recueil des discours —les logia de Matthieu —et le Marc primitif. Ces deux docunents, diversement Combinés, nous ont donné notre premier Évang'ile dans sa forme actuelle, et l'Évangile le Luc, lequel a aussi également puisé à d’autres.

1 Dus Leben Jesu von Bernard Weiss in zwei Bünde. mL Hertz, 1882-1883, :

Fu * F € x

Page 1