‹ Jésus-ChristChapitre 311 sur 376 · IE. — L'ADORATION DE MARIE DE BÉTHANIE · texte numérisé non relu

IE. — L'ADORATION DE MARIE DE BÉTHANIE

Le chemin direct de Jéricho à la ville sainte traverse Béthanie. On comprend quels sentiments éprouvaii pour Jésus la famille de Lazare; on sy rappelait nonseulement le miracle, mais aussi la tendre sympathie, les larmes de l’ami divin. Il n'était pas possible qu’il franchit sans s'y arrêter ce lieu où l’attendaient ces cœurs fidèles; d’ailleurs le sabbat approchaït, c'était le dernier qu’il devait passer avant celui du sépulcre ; où aurait-il pu mieux le célébrer qu'à Béthanie à la veille. des jours d'angoisse et de douleur qui allaient

1 Luc XIX, 26.

2 Luc XIX, 27. Cette parabole se distingue très nettement de celle des talents, dans Matth. XXV, 14-30, qui développe une autre pensée : celle de la responsabilité créée par la différence des dons. Il ne s’agit pas dans ie premier évangile d’une même somme d'argent

donnée à tous les serviteurs, puisque les taleñts sont inégalement répartis. ;

sd" ; à 538 L'ADORATION DE MARIE. |

u se succéder ? Le lendemain, qui était le premier jour

de la semaine, on lui donna un festin dans la maison

de Simon, surnommé le Lépreux, qui avait er blement été guéri par lui'. Lazare était assis à ses côtés, monument vivant de sa puissance secourable. Les femmes, en Orient, ne s’asseoient pas à la même table que les hommes. Marthe servait et montrait à sa manière sa vive reconnaissance. Au milieu du festin, on vit entrer Marie. Cette humble femme, qui, dans le cours ordinaire de la vie, eût redouté plus que personne les coups d'éclat, portait un vase d’albâtre rempli d’un parfum de grand prix. Elle en oint la tête de Jésus, puis elle le brise à ses pieds et les essuye avec ses cheveux, l'élan qui la pousse est aussi impétueux, aussi oublieux du jugement des hommes que celui auquel avait obéi la pauvre pécheresse de Naïn. C'est que la reconnaissance a sa flamme comme le

1 Jean XII, 1-9; Marc XIV,3-9 ; Matth. XX VI, 6-16. Jean précise la date de l’arrivée de Jésus à Béthanie; elle'eut lieu, d’après lui, six jours avant la Pâque (XI, 1). La Pâque commencait le 14 nisan, jour où Jon immolait l’agneau. Nous verrons plus tard que cé jour coïncidait avec le vendredi, confermément au récit de Jean. Evidemment Jean ne le fait pas rentrer dans son calcul. H faut donc remonter de six jours en arrière à partir du 13 nisan; ce qui nous reporte au samedi 7, mais comme le sabbat a commencé dès la veille au soir, on peut supposer que Jésus est arrivé précisément à l’heure où le repos devenait obligatoire, c’est à dire avant le coucher du soleil du vendredi. Ainsi il n’a manqué à aucune prescription légale. L'ordre des faits se déroule donc de cette manière: vendredi a lieu son arrivée à Béthanie; samedi, repos du sabbat; dimanche, festin donné

par Simon le Lépreux. Il ne peut être reparti pour Jérusalem la veille, qui était un jour de sabbat. D'ailleurs, les Juifs qui, d'après

Jean, se rendirent de Jérusalem à Béthanie n'auraient pu le faire ce

jour-là, car la distance des deux localités, qui était de quinze re dépassait ce qu ’autorisait la loi.

mi

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repentir, et que les cœurs profonds sont aussi les cœurs ardents. Il est d’ailleurs de l'essence de l’adoration de déborder au delà de toutes les limites convenues ; elle brise en quelque sorte les formes ordinaires de la parole humaine comme un autre vase d’albâtre ; elle en revient toujours aux soupirs qui ne se peuvent exprimer. L'adoration répand l'âme devant Dieu par des mots et des pleurs brûlants; elle nous - jette à genoux accablés de sa grandeur, éblouis de ses clartés;, elle provoque les offrandes joyeuses et les dons sans mesure et ne trouve rien d'assez précieux pour honorer Jésus. Marie, sœur de Lazare, en demeure le type le plus beau et le plus touchant. La gloire de l'adoration est d'être une folie aux yeux des cœurs secs et égoïstes, qui calculent ce que coûte un mouvement de saint amour, et transportent dans les choses divines leur sagesse utilitaire. « À quoi bon cette perte!? » disent quelques-uns des disciples sous l'inspiration de Judas *. À rien, en effet, sinon à exprimer ce qui.est ineffable. Cette objection, toujours renouvelée, n'a pas empêché la lyrique sacrée, qui n’est ni un enseignement ni une apologie, de multiplier ses hymnes; la flèche de la cathédrale, qui n'abrite personne, ne s’élance pas moins dans les airs, et le pinceau religieux n’a jamais cessé de traduire l'idéal qui-est dans l’âme et de multiplier ses mer-

1 Es di h drbeuX aëtn; (Matth. XXVI, 8.)

… 2 Jd. C’est ce que l’on peut inférer du récit de Matthieu, qui ne + parle que.des disciples, tandis que Jean parle de Judas.

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veilles inutiles; elle n’a pas empêché enfin le cœur chrétien de verser ses trésors devant Dieu sans autre but que de s’épancher. Le vase de parfums s’est toujours répandu aux pieds de Jésus, et « cette perte » a servi à montrer que l'utilité directe, même religieuse, n'est pas tout dans la piété; qu’à côté de la doctrine qui indique le bon chemin, de la foi correcte qui le suit, de l’activité pratique qui l’ensemence, il y à un besoin profond de l’âme qui veut l’amour pour lui-même et réclame une expansion infinie. L’argument des pauvres opposé à Marie n’est qu un sophisme. C’est bien le cas de répéter : Il faut faire ceci et ne pas négliger cela. Certes, celui qui s’est identifié aux pauvres et a dit que ce qu’on leur ferait on le ferait à lui-même, a suffisamment garanti leurs intérêts. La piété ne saurait prendre exclusivement la forme de laumône; il faut aussi qu’elle remonte directement à Dieu en Jésus, sous peine de ne plus le reconnaître bientôt sous le voile de la pauvreté et de ne plus accomplir qu'un acte purement humain. Les pauvres ont tout à gagner à cette adoration; c’est quand le nard précieux à été répandu que les mains s'ouvrent le plus généreusement pour les secourir. Celui qui est avare pour Dieu le sera pour ses créatures; le calcul est incompatible avec l'amour. « Vous aurez toujours des pauvres avec vous, à dit Jésus, mais vous ne m'aurez pas toujours. Laissez cette femme, elle a gardé ce parfum pour le jour de ma sépulture '. » En d'autres

4 Matth. XXVI, 11-12.

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