L'INDIGNATION DE JUDAS
termes, à côté des devoirs journaliers et permanents de la charité qu’il ne faut pas négliger, il y a des occasions extraordinaires où la piété doit se manifester d’une manière exceptionnelle et suivre librement son impulsion. Jésus ne vient-il pas d'annoncer aux siens sa mort prochaine? Ce vase de parfums, c’est l'honneur funèbre que lui décerne par avance la sœur de Lazare, à la veille des suprêmes isnominies ! Ce trait donne à cette scène un pathétique sans pareil, elle rappelle ce que toute âme chrétienne doit à Jésus. Voilà pourquoi, de même que la maison de Béthanie, l'Eglise entière est constamment remplie du parfum qu'épanche à ses pieds le vase brisé de l’adoration ‘.
Nous avons signalé déjà le rôle que Judas a joué dans cette circonstance. Il porte la parole pour ceux des disciples qui partagent, du moins à quelque degré, ses mauvais sentiments. C’est lui qui calcule le nombre des deniers perdus, et, s’il invoque les pauvres, c'est pour couvrir son avarice. « Il tenait la bourse, dit Jean, etil était larron*. » ['évangéliste entend-il parler de quelque larcin positif ou de la disposition cachée de cette âme basse dévorée de l’amour de l'argent? On a remarqué l’amertume dont sont empreintes ses paroles sur Judas. Il n'y à pas lieu de s’en étonner : nous reconnaissons qu'il y avait incompatibilité radicale
1 Nous avons déjà montré, à l’occasion de la pécheresse de Naïn, combien cette scène diffère de celle qui est racontée dans Luc Vi, 86-50. Le récit de Marc et de Matthieu concorde parfaitement avec celui de Jean. Strauss s'efforce en vain de tout confondre,
8 Jean XII, 6. +.