LE JOUH DES PALMES
de disciples, parmi lesquels plusieurs ne méritèrent ce nom que pour un jour, accourt sur ses pas et se mêle aux Juifs de Jérusalem. Des vêtements sont jetés en
guise de housse royale sur l'ânon que Jésus va mon- .
ter, on dépouille les arbres avoisinants, de longues robes sont étendues sur la route comme tapis d’honneur, et, des palmes dans les mains, la troupe ravie entonne une des plus belles hymnes du recueil sacré, celle que l’on avait coutume de chanter aux grandes fêtes. « Hosanna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d'Israël! ! » À ce moment, le peuple
fut comme élevé au-dessus de lui-même; il eut une de
ces inspirations d'enthousiasme qui donnent l'intuition de la vérité. Un souffle du ciel avait passé sur la foule et l'avait inclinée comme le vent qui courbe les épis; sans doute cet entraînement ne dura qu’une heure, mais ce fut une heure sacrée.
Comme quelques pharisiens se plaignaient de ce tu-
multe, Jésusleur répondit : « Je vous dis que, si ceux-ci se taisent, les pierres même crieront”*! » Cette parole suffit à prouver que sa marche triomphale était conforme à sa volonté et rentrait dans son plan. Le moment était venu d'affirmer hautement sa dignité de Messie, car la proximité du sacrifice enlevait toute possibilité d'erreur prolongée; ce roi allait sitôt être une victime que nulle espérance terrestre et politique ne pouvait s'attacher à lui. Il convient que ce souvenir
1 Luc XIX, 38.
: Id. 41.