JÉSUS CHEZ ANNE
il recule plein d’effroi devant la douce majesté de Celui qu’il n’a consenti à trahir qu’en étouffant ses remords. Les hommes ignorants et durs qu'il conduit éprouvent soudain l’ascendant de Jésus ; devant cette rayonnante dignité, ils sont confus et épouvantés ; ils tombent à ses pieds comme malgré eux. Pour lui, il se borne à leur dire : « Vous êtes venus comme pour un voleur avec des épées et des bâtons. J'étais tous les jours avec vous dans le temple, et vous n’avez pas mis la main sur moi. Mais cette heure est à vous et à la puissance des ténèbres". » À peine remis
du premier saisissement, les émissaires du sanhédrin
s'emparent de Jésus. C’est alors que l’impétueux fils de Jona tire son épée et blesse le serviteur du souverain sacrificateur. La dernière guérison miraculeuse de Jésus fut en faveur de cet homme, et l’'imprudence de Pierre valut à l'Eglise cette sublime déclaration qui, au
pouvoir du glaive et de la force, oppose celui de l'in- …
vincible vérité. « Remets ton épée dans le fourreau ; ceux qui prennent l'épée périront par l’épée ?. » ” Jésus rentre captif dans la ville encore silencieuse. On le conduit en hâte chez Anne, ancien souverain sacrificateur, beau-père du grand-prêtre actuel; sa maison semble avoir été attenante à celle de Caïphe *
* Bien que dépossédé naguère de la tiare, il avait con-
| 1 Luc XXII, 52-53.
2 Matth. XXVI, 52. | $ C'est ce qu'on peut inférer du fait que Jean est introduit dans
la maison d'Anne grâce à ses relations avec Caïphe. (Jean XVIII, 13.) — Voir Godet, Il, p. 585.