‹ Jésus-ChristChapitre 349 sur 376 · JÉSUS DEVANT LE SANHÉDRIN · texte numérisé non relu

JÉSUS DEVANT LE SANHÉDRIN

Le procès de Jésus fut instruit en règle dans la :

séance du sanhédrin présidée par Caïphe. Il s'agissait de trouver, si c'était possible, un motif d'accusation qui pût faire obtenir une condamnation capitale de la part du gouverneur romain, auquel seul appartenait ce droit redoutable. La séance fut tumultueuse ; Jésus n'était

pas devant des juges, mais devant des ennemis im-

placables qui ne cherchaient qu'à se venger de lui. Pour donner quelque base à l’accusation de séduction, on produisit deux faux témoins, qui affirmèrent lui avoir entendu dire qu’il abattrait le temple et le rebâtirait en trois jours '. On interpréta cette parole dans le sens le plus grossier pour en tirer une pensée de révolte contre la religion nationale. Le souverain sacrificateur lui-même le presse de désavouer toute préteution à une filiation divine. Alors Jésus se relève de toute la hauteur de sa dignité; il n'hésite pas à prendre ce titre de Fils de Dieu qui va lui coûter la vie, précisément parce que “son supplice lui enlèvera toute signification théocra- … tique, mais aussi, en l'acceptant à cette heure déciÿ sive, il écarte toutes les atténuations. « Que voulezvous de plus, s’écrie le grand-prêtre en donnant les signes de la plus violente indignation; que voulezvous de plus, vous l’avez entendu. » Alors, dit saint 1 M. Renan prétend que la procédure des jugements de ce genre se retrouve trait pour trait dans le Talmud. (Vie de Jésus, p. 394.) Selon nous, c’est le procès même de Jésus-Christ, qui a servi à cette procédure, dont la rédaction est bien postérieure à sa condamnation.

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Lue, ils lui dirent tous : « Es-tu donc le. Fils de Dieu ? » Et 1l leur dit : « Vous le dites vous-mêmes, je le suis. » Alors ils s’écrièrent : « Il est digne de mort'.» Les juges firent sortir l'accusé pour délibérer.' C’est à ce

. moment que la domesticité du temple se précipita sur

lui; les uns lui crachent au visage, les autres l’accablent de coups et lui demandent ironiquement de montrer ses dons prophétiques en devinant qui la frappé. |

Le sanhédrin décide de le conduire sans délai au tribunal du propréteur qui était présent à Jérusalem pour les fêtes. Nul spectacle n’est plus hideux que celui de ces prétendus fils d'Abraham, traînant devant l'autorité païenne le descendant de leurs rois qui a été l'objet de tant d’aspirations et de tant d’oracles. Il est mené au prétoire comme le plus vil criminel par une foule fanatique, en tête de laquelle on distingue les | premiers magistrats de la nation.

Le prétoire était précédé par une cour pavée en mosaïque? où se tenaient les soldats de service, les Juifs n'en franchissent pas le seuil, pour ne pas se souiller par un contact profane à la veille de leur plus œrande fête ?. Le gouverneur devant lequel Jésus comparaît est ce même Pontius Pilatus dont nous avons

1 Luc XXII, 70-71.

2 D'où vient le nom de Gabbatha. (Jean XIX, 15.) ë Jean XVIII, 28.

caractérisé la politique imprudente dans un pays où fermentaient les plus violentes passions religieuses. C'était un de ces magistrats tour à tour faibles et violents qui n'estiment que la force, et ne cherchent que leur intérêt personnel; de tels hommes ne sont pas cruels par nature, mais ils se montrent prêts à sacrifier la justice et le sang de l’innocent au moindre calcul ou à la crainte la plus légère; dépourvus de tout principe fixe, ils obéissent parfois à un bon mouvement, mais rien ne garantit l'impulsion de l'heure qui suit. Pilate était un digne représentant d'une société qui ne croyait plus à rien, ni à la religion, ni à la morale. Jusqu'à ce jour il n’a vu devant lui que des factieux ou des courtisans, pour la première fois, il rencontre une conscience : le voici en face de ce pouvoir moral, que Rome, la ville de la force, n’a point fait rentrer dans ses prévisions et qui lui arrachera le monde qu’elle s'imagine avoir enchaîné pour toujours. La figure de Pilate est dessinée avec une étonnante vérité dans le récit de nos évangiles; c’est bien un Romain du temps de Tibère, ne croyant pas aux dieux, mais troublé par “un songe, tout ensemble sceptique et superstitieux, pâlissant devant le simple soupçon de lèse-majesté, et cependant, grâce à l'instinct juridique de sa race, retrouvant le sentiment de la justice, dès qu’il s’est assis à son tribunal. Tout d’abord, en véritable épicurien, il manifeste un ennui dédaigneux pour ce qui luisemble une querelle théologique; nulle accusation n’est plus frivole et plus fastidieuse à ses yeux que celle qui porte sur

la religion; il voudrait renvoyer la cause au sanhédrin, mais 11 comprend bientôt qu’il ne peut recourir à cette échappatoire, puisqu'il s’agit d’une affaire d’où peut résulter la peine de mort. Il se voit obligé d’instruire le procès, car, par une infâme équivoque, les ennemis de

Jésus l’accusent de révolte contre César en se fondant :

sur ce qu il s'est posé comme le Messie. Or, il est certain qu’ils ne l'ont traîné à cette barre que parce qu'il s’est refusé à toute action politique.

Alors commence cet interrogatoire où apparaît l'in-

signe faiblesse du représentant du glaive vis-à-vis du

représentant de la vérité. Assis sur son siég'e d'honneur,

revêtu de sa toge, entouré de ses soldats, le juge se montre à nous comme le jouet misérable de la populace. L’accusé au contraire conserve sa dignité, parce qu'il ne dépend que de Dieu. L'homme libre ici, ce n’est pas le fier magistrat, c’est le condamné. Aux voix

injurieuses des Juifs Jésus ne daigne répondre que par

le silence ; il ne leur fait pas l'honneur de se disculper. Il ne répondra à Pilate que lorsqu'il se sera assuré que celui-ci n’est pas le simple écho de la synagogue.

Cette première partie de l'interrogatoire s'était passée devant le tribunal extérieur où le gouverneur rendait ses arrêts du haut d’un siége élevé, dressé sur une plateforme de marbre richement ornée. Désireux d'examiner l'affaire de plus près, Pilate se retire dans une salle intérieure qui servait à ce genre d'instruction : «Es-tu le roi des Juifs? dit-il à Jésus.— Parles-tu de toi-même ou bien

d L . CUS ART ue, Dr More

est-ce là ce que d’autres t'ont dit de moi?—Suis-je Juif? MN

Ho DS JÉSUS DEVANT HÉRODE ANTIPAS, (2)

reprend le Romain avec mépris. Ton peuple et ses chefs t'ont livré à moi. Qu’as-tu fait? — Mon royaume n’est pas de ce monde, répond Jésus-Christ'. S'il était de ce monde, mes serviteurs combattraient pour que je ne fusse pas livré aux Juifs. » Le rude soldat de Rome ne sait où placer ce royaume qui ne se défend pas par l'épée? — « Es-tu donc roi? répond-il. — Tu l'as dit, je suis roi, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. » Etrange empire que celui-là! « Qu'est-ce que la vérité? » reprend Pilate avec le sourire de cette folle sagesse qui ne croit qu'aux choses visibles ?. [l ne sait pas en effet ce que c’est que la vérité non plus que la justice, et voilà pourquoi sa bienveillance qui repose sur une impression fugitive ne résistera pas à la clameur populaire. Il a cependant été frappé de cette grandeur si simple; sa femme le fait prévenir au même moment qu'elle a été tourmentée en rêve au sujet du Galiléen*. Il aimerait à le relâcher, s'il trouvait un moyen d’apaiser les Juifs. Fatigué de leurs imprécations croissantes, Pilate cherche à décliner une responsabilité qui l’effraye vaguement et 1l envoie Jésus à Hérode Antipas, tétrarque de la Galilée, alors 1 HO Pasthela h un oùx Estiy Ex Toû xécuou Tobteu. - (Jean XVIII, 36). é ? Le scepticisme de Pilate rappelle le fameux mot de Pline : « Ut solum certum sit, nihil esse certi nec miserius quidquam homine nec superbius. »

3 Ce trait confirme l'exactitude minutieuse du récit évangélique. Les historiens du temps nous apprennent que l’interdiction faite par Auguste aux proconsuls d'emmener leurs femmes dans leurs gouverne-

ments était tombée en désuétude depuis le temps de Tibère. (Tacite, Ann., I, 40; IX, 54.)

530 RETOUR AU PRÉTOIRE, # ; en séjour à Jérusalem pour la fête et qui pouvait être

considéré comme son juge naturel'. Jésus ne répond pas aux questions que ce lâche tyran, souillé du sang du Baptiste, lui pose avec une curiosité frivole; Hérode, qui lui a en vain demandé un miracle, le livre à ses soldats. Ceux-ci le couvrent d’un vêtement blanc et l'accablent de moqueries; puis ils le ramènent au prétoire où le procès doit être définitivement jugé.

Pilate tente un dernier moyen de sauver l'accusé, il propose aux assistants de le relâcher en l'honneur de la. fête qui s'approche, conformément à la coutume établie par ses prédécesseurs de faire grâce à un prisonnier juif à chaque nouvelle Pâque. Le peuple, à Pinstigation de ses chéfs religieux, réclame l'élargissement d'un vil meurtrier nommé Barabbas, et s’écrie tout d'une voix: Crucifie-le, crucifie-le! Pilate condamne Jésus à la peine du fouet qui était tantôt une manière de donner la question aux accusés, tantôt le préliminaire de la crucifixion. Il espérait que les Juifs se ï trouveraient assez vengés par cette peine infamante. Les soldats déployèrent à l'égard de Jésus une barbarie raffinée. Comme pour continuer l’abominable raillerie d'Hérode, ils le revêtirent d’une robe de pourpre, ils | mirent à son front une couronne d’épines et un rose dans sa main; puis ils le frappèrent sans pitié. Quand le propréteur le présenta au peuple ainsi conspué et sanglant en disant : Voilà l’homme! — il n'obtint que des

1 Le tétrarque avait coutume, d’après Josèphe, de se rendre dans la ville sainte à l’occasion des grandes solennités. (Ant:, XVIIE, w, 8)

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