PHILON
Le mal n’est pas né de l'égarement de la volonté; il résulte de la nature même des choses, il est inhérent à la créature en tant qu’elle a en elle l'élément corporel ou matériel qui n’émane pas de Dieu. L'homme est donc constitué imparfait et pécheur, par sonorig'ine même ; image du monde, il enferme en lui ses deux éléments essentiels; l'élément spirituel et idéal lui a été communiqué par les puissances divines; celles-ci l'ont mélangé en quelque sorte avec l'élément matériel qui existait lui-même de toute éternité". S'il n'était pas de la dignité de Dieu de le créer directement, comment admettre qu'il s'unisse vraiment à lui? L'homme n'est pas doué d’une liberté suffisante pour modifier sa destinée ; tout dépend de la proportion des éléments qui entrent dans la combinaison de son être. La masse humaine est entraînée vers le mal par le poids de l'élément passif ou matériel. Mais il y a au sein de l'humanité une élite glorieuse, une race vraiment sacerdotale qui s'élève vers la région des idées; c'est la race hébraïque à laquelle se joignent les nobles esprits comme Pythagore et Platon”. Moïse en est le plus illustre représentant, sur ses traces ces hommes privilégiés peuvent, par l’extase et la contemplation, s'élever jusqu'au Dieu ineffable ou plutôt se perdre - en lui. Semblables à la cigale qui se nourrit de la rosée
1 « L'homme est un être mêlé de la nature mortelle et de la nature immatérielle que Dieu n’a pas créé directement, mais par sa puissance à cause du mélange qui est en lui.» De Prœæmiis et Pœnis.
3 Of pv yñe, où CE cüpavob. (De Gigant., XIIL.) ;
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du ciel, leur âme se nourrit de vérité ‘et d'adoration".
Ï1 faut voir par quels artifices d'interprétation Philon essaye de ramener à son système les livres sacrés de son peuple; tantôt il recourt au symbolisme des nombres, tantôt il joue sur les noms ; il traite les réalités hi-toriques comme une argile qu'il peut pétrir à son gré; c'est une matière diffuse qu'il marque du sceau de ses idées, à l'exemple de son Diéu. L’histoire d'Israël devient un pur mythe cosmogonique./Les institutions ne sont pas moins altérées que les faits on les textes. C’est ainsi que le sacerdoce, cette institution maîtresse du mosaïsme, destinée à exprimer la néces- - sité du pardon et de l’expiation, se réduit, chez Philon, à un symbolisme cosmique. Le grand prêtre représente la création tout entière; ses ornements pontificaux correspondent aux diverses parties du monde. I est pontife et médiateur au même titre que le Verbe, en symbolisantle monde des idées et des puissances, qui est le véritable intermédiaire entre le Dieu suprêmetet la matière; car seul il affranchit celle-ci de son désordre originaire. Il ne s’agit plus pour le ‘prêtre d’apaiser la Divinité offensée, mais simpleméntde délivrer l’homme d: son isnorance en lui révélant sa relation avec Dieu et sa place dans l’ordre de l'univers. Ina plus là qu'un mystère ontologique dont la connaissance suffit au salut; tout pour l'homme en revient à se rendre
1 Leg. alleg., I, M.
? De Monurchia, lib. If.