‹ Jésus-ChristChapitre 352 sur 376 · PP ANT. VITE · texte numérisé non relu

PP ANT. VITE

jui

DRE trees de vo Hat he Le ec,

LA CRUCIFIXION. 643 toutes les fois du moins que le mourant a pleine conscience: de lui-même, Jésus poussa ce cri de détresse : « Eloï, Eloï, lamma sabachtani! Mon Dieu, mon Dieu,

pourquoi m'as-tu abandonné! ! » La plainte du psal-

miste se plaçait ainsi comme d'elle-même sur ses lèvres.

C’est bien à tort que l'on voit dans ces mots la preuve

d'une malédiction divine pesant sur la sainte victime. L’abandon n’est pas la malédiction; un maudit n’appelle pas Dieu son Dieu, il ne dispose pas du eïel et ne remet pas son esprit entre les mains de son Père. Mais'il n'en demeure pas moins que la mort est le salaire du péché, et un effroyable désordre dans la création ; que ne devait-elle pas être aux yeux de Celui qui a le droit de s’appeler le Prince de la vie, et qui ne l’a pas méritée ?

Pour lui. elle se complique d’un crime atroce, où se 2, n

retrouvent déchaînées toutes les puissances du mal. L'âme sans doute ne meurt pas, mais à l’heure où elle va briser son enveloppe d'argile, elle à le sentiment passager mais cruel de l’extinction de l'être; elle est comme séparée un instant du principe et de la cause active de la vie, puisque les: organes qui lui sont actuellement nécessaires pour penser commencent à lui faire défaut. Se représente-t-on ce qu'une telle impression à été: pour le Fils: unique et bien-aimé du Père!

Son intelligence défaillante ne peut ressaisir avec clarté

l’objet éternel de son amour; la face, qui est « son rassasiement de joie, » est voilée pour lui. Comment ne. s'écrierait-il pas : e Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi

1'Matth. XX VII, 46.

m'as-tu abandonné ? » Pour expliquer ce gémissement, il n'est pas nécessaire de supposer que l’indignation du Père soit allumée contre son Fils au moment où celuiei accomplit l'acte saint par excellence et boit les dernières gouttes du calice devant lequel sa chair avait frémi. L’angoisse d’une telle agonie pour un être comme Jésus explique suffisamment l'accent déchirant de sa plainte.

Les Juifs s'imaginent que le crucifié a appelé Elie, ce qui s'explique par la croyance généralement répandue que ce grand prophète allait reparaître pour frayer la voie au Messie. Un sentiment d'épouvante commence à les gagner sous ces ténèbres qui les enveloppent. Jésus s’écrie encore : « J'ai soif! ! » Il ne pouvait mieux nous convaincre que par ce mot qu'il n'y à aucune ressemblance entre lui et le messie de l'Orient asiatique. Le Bouddha se serait cru déshonoré s’il eñt poussé une telle plainte. Mais Jésus ne meurt pas pour anéantür son corps; il meurt, non pour détruire la vie physique, mais pour renouveler la vie morale par son sacrifice. . Aussi dédaigne-t-il cette impassibilité factice, qui est pour l’Inde le plus haut idéal. Entre le crucifié qui demande à apaiser sa soif brûlante et le faquir qui se laisse broyer sous le char de son dieu, il y a toute la distance qui sépare la libre et sainte immolation de l'amour d’un suicide fanatique.

Quand Jésus eut rafraichi ses lèvres à l’épong'e imbibée de vinaigre qui semble avoir été préparée d'avance

1 AubG. Jean XIX, 28.

LE

LA CRUC!FIXION. 6:5

pour cet office ‘, il sentit qu'il allait exhaler son dernier souffle. « Père, s’écria-t-il, je remets mon esprit entre tes mains, » puis sa dernière parole fut : « Tout est accompli * ». En effet, cette mort était le grand consummalum. est de l'histoire religieuse de l'humanité. « Il a plu à Dieu, dit saint Paul, de se réconcilier toutes choses sur la terre et dans les cieux par le sang de la croix. »

Lesévangiélistes, surtout saint Jean, en racontant les derniers instants de Jésus, furent frappés de la coïnicidence de plusieurs des circonstances de cette grande scène avec quelques traits de l'antique prophétie. Ils se plurent à les rappeler avec une minutie que l'on ne saurait attribuer à Jésus. Son esprit planait bien haut au-dessus de pareilles préoccupations. Nous avons déjà vu que l'Ancien Testament peut être regardé tout entier comme un type auguste de la Rédemption; chaque événement de l'histoire sacrée était considéré dans son lien avec l'avenir, et, pour les Juifs croyants, l'avenir c'était toujours le règne du Messie. Les évancélistes ne se sont donc point trompés dans les rapprochements qu'ils font entre les textes de: livres sacrés et les faits qui se sont accomplis au Calvaire. Mais ce serait rapetisser ce drame incomparable que d'y chercher en quelque sorte l'exécution d’un programme biblique minutieusement tracé d'avance.

1 Ce vinaigre était peut être la posca ou boisson acide que les soldats romains portaient avec eux.

2 March, eic yetods cou mrpaluar 72 TVA pou, (Luc XXII, 46.) Tezihectat. (Jean XIX, 30.)

PTT LA CRUCIFIXION:

(est au moment même où Jésus mourut qu'eut heu le tremblement de terre qu'annonçait l’obseurité croissante. Le voile qui séparait le sanctuaire du temple se déchira ", comme pour annoncer que le temps de la prètrise spéciale avait pris fin et que l’ère du sacerdoce umversel avait commencé. Des saints ensevelis depuis longtemps apparurent à quelques disciples. Une partie des spectateurs semblent avoir été saisis par l’ensemble de la scène ; ils s’en retournèrent en se frappant la poitrine. Le centenier qui avait commandé l’escouade employée à la crucifixion fut vaincu tout le premuer, et on l’entendit s’écrier : « Cet homme était un juste *!» Ïl n'avait en effet jamais assisté à un pareil spectacle; il avait vu ses compagnons d'armes mourir courag'eusement dans le feu de l’action un jour de bataille; al avait peut-être été témoin de l’insensibilité du gladiateur tendant sa gorge au glaive, mais il ignorait jusqu'à ce jour ce que peut être l’héroïsme de l’obéissance qui s’immole et la sainte grandeur du sacrifice.

En Judée, on ne laissait pas les crucifiés un temps indéterminé sur leur croix. On avait coutume de les achever avant qu’ils eussent expiré, puis on les ensevelissait ?. On devait tenir d'autant plus à cet usage à

1 Matth. XX VII, 51-56. ;

2 Ovrws 6 dylowros cltoc diratos v. (Luc XXII, 47.)

* Dans la coutume romaine on laissait le cadavre pourrir sur Ia croix ; on‘l’abandonnait aux oiseaux de proie. (Juvénal 14, 79. Plaute; Miles gloriosus, IL, 4, 19.) Le respect pour Ja dépouille mortelle de l'homme avait modifié cet usage en Judée. (Josèphe, Bell. Jud., IV, 9, 2. Comp. Deut. XXI, 22-23.)

Page 1