L'INCOMPRÉHENSIBILITÉ DE DIEU
des Israélites, demeurera au siècle des siècles’. Nul prophète n’a le’‘droit d'y apporter aucun changement”*. »
S'il est un fait reconnu aujourd'hui, c'est que l’idée de Dieu avait subi une modification profonde chez les Juifs dans les temps qui précèdent l'ère chrétienne, non-seulement à Alexandrie où dominait l’influence platonicienne, mais encore en Palestine. On était beaucoup plus frappé qu'on ne l'avait jamais été de l’incompréhensibilité de Dieu; on le reléguait à une hauteur inaccessible. À en croire le Talmud, Gamaliel se serait exprimé plus énergiquement que tous ses devanciers sur l'impossibilité où nous sommes de savoir où réside le Tout-Puissant. On était amené à conclure de cette incompréhensibilité de Dieu, qu’il ne pouvait ni se révéler ni se communiquer directement à l’homime. Aussi se scandalisait-on des théophanies si nombreuses dans l'Ancien Testament, et l’on n'hésitait pas à remanier les récits sacrés à ce nouveau point de vue; partout où le texte portait une manifestation directe de Dieu, on Jui substituait soit un ange, soit le nuage sacré que l’on appelait la S'ehechina *. Cette tendance, si marquée dans la traduction des Septänte, ne l’est pas moins dans les Targums qui remontent au premier siècle de l'ère chrétienne. Ainsi quand Jacob s’écrie qu'il a vu l'Eternel
1 Gfrœrer, I, p 234.
3 Jbid., p. Rd.
8 Voir Nicolas, ouvrage cité, p. 116.