OPPOSITION ENTRE LE TALMUD ET L'ÉVANGILE
tourmentée; c'est un squelette aux roides articulations, on n’y respire qu'un souffle de mort; on dirait la muomification de la religion des prophètes.
Il ne sert de rien d’invoquer le nom d'Hillel, le fameux rabbin qui vivait peu d'années avant Jésus- Christ. Sa lutte avec Shamaï paraît s'être réduite à de fort mesquines proportions, et il n'en est pas moins l'un des pères du Talmud. Les belles maximes que l'on cite de lui s’encadrent dans l’ossuaire de ce légalisme desséché. Voici les principales et les plus belles : « Imite les disciples d’Aaron; aime la paix, recherche la paix, aime les hommes et attache-toi à l’étude de la loi. Ne réponds pas de ta vertu avant le jour de la mort, ne juge ton prochain que lorsque tu te trouveras dans sa position. Sois homme là où il en manque. Celui qui recherche la célébrité la perd. Celui qui se sert de sa couronne de science comme d’un outil passe bientôt’. » En y regardant de près, on reconnaît chez Hillel l'esprit de sa caste; il ne s'élevait pas au-dessus de l’idée de la rétribution terrestre. C’est lui qui, voyant un crâne nager sur l’eau, s’écrie : « Parce que tu as noyé on t'a noyé, et ceux qui t'ont noyé le seront à leur tour*.» Il partageait l’infatuation des rabbins : « Celui qui s’est acquis la science de la lot, disait-il, s’est procuré la vie éternelle. » Il faut juger d’un mouvement religieux par sa direction générale et non par telle ou-telle manifestation isolée. À ce point
1 Pirke Aboth, p. 481-491, ? Ibid.