RG LES AGITATEURS POLITIQUES
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une valeur particulière à certains livres attribués à Salomon. Bien que l'imagination populaire ait beaucoup multiplié les cas de possessions, on ne saurait nier que, dans ces temps critiques, la mystérieuse action des mauvais esprits ne se soit fait sentir d’une manière toute particulière. Nous reviendrons sur ce sujet si difficile à l’occasion des miracles de Jésus. En tout cas, le sentiment tragique d’une lutte formidable entre la puissance du bien et le monde ténébreux et subtil qui enveloppe le nôtre est un trait caractéristique de cette époque. |
Le judaïsme pharisaïque ne s’est pas contenté de rêver un brillant avenir de gloire et de félicité terrestre; il s’est efforcé, à plusieurs reprises, de réaliser ses désirs. Delà le prompt succès de ces agitateurs politiques qui essayent de jouer le rôle des Maccabées et finissent comme de vulgaires tribuns. Le plus marquant fut ce Judas de Gamala, en Galilée, dont parle Gamaliel dans son discours au sanhédrin'. Etroitement uni au parti pharisien, il prétendait ressusciter la piété théocratique en la rendant entièrement conforme au Pentateuque;
c'était une tentative d’affranchissement dans le sens
des préjugés du peuple et accomplie le glaive en main. Ce qui avait été entrepris par l'épée périt par l'épée ?. Ce fut aussi le sort de ce Theudas, également mentionné par Gamaliel, qui voulut renverser l'aigle d'or qu'Hérode avait placé sur la porte du temple et provo-
£ Actes V, 37.
3 Josèphe, Antiquités, XVIII, 1, 6.
tait un pharisien exalté qui avait un grand ascendant
sur la jeunesse; il voulait rétablir la religion dans sa pureté et briser le joug étranger *.
Entre les fanatiques qui cherchaïient à réaliser à main armée leur rêve ardent de restauration religieuse et les sadducéens prêts à vendre leur patrie à l'étranger, on trouvait un certain.nombre d'hommes à l'esprit positif, qui évitaient l’un et l’autre extrême et unissaient un patriotisme modéré à une grande indifférence religieuse; ils sont parfaitement représentés par l'historien Josèphe, ce pharisien politique qui fit la guerre de l'indépendance, mais se rallia à temps au vainqueur. On reconnaît bien en lui le citoyen d’une patrie illustre; il en relève la gloire avec complaisance, mais il fait disparaître la grandeur religieuse du judaïsme, et ne comprend rien à ce qui lui donne son caractère particulier; dans son histoire, le souffle d’avenir s'évanouit et l'espérance du Messie se réduit à l’ambition d'un peuple qui veut grandir. Josèphe mentionne bien les miracles, mais il n’a jamais saisi le principe de tous les miracles, l'intervention souveraine de Dieu dans nos destinées pour accomplir un dessein immense. Il
1 D’après Josèphe, Bell. Jud., I,33,2, il s'appelait Matthias, ce qui peut être traduit en grec par Theodas ou Theudas (Don de Dieu). Il ne faut pas le confondre avec le Theudas dont parle Josèphe (Antiquités, XI, 9, l), qui se souleva sous Fadus,c’est-à-dire quarante-quatre ans après Jésus-Christ, et après la mort de Gamaliel. Rien ne nous contraint d'attribuer à saint Luc une erreur chronologique qui eût été inconcevable de sa part.