LE TÉMOIGNAGE DE PLINE LE JEUNE
l’empereur dans une lettre célèbre; il y décrivait, non sans inquiétude, ses progrès et ses triomphes et demandait à Trajan comment il Gevait se comporter visà-vis de cette secte bizarre, tout ensemble soumise aux lois civiles et rebelle aux dieux. Le couverneur bel esprit a discerné de suite le lien étroit qui la rattache à la personne de son fondateur; il reconnaît que le souvenir du Christ, ou plutôt l’adoration qu’on lui a vouée, est l'âme même du culte qui porte son nom'. Ainsi ce haut dignitaire de l'empire, ce libre penseur, annonce à son maître qu'une nouvelle puissance morale, pleine d'élan victorieux, a surgi dans le vieux monde asiatique et qu elle se réclame du nom de Jésus-Christ. Evidemment à ces effets prodigieux, il faut une cause qui les explique; il faut donc que cet homme que Pline se borne à nommer, tout en reconnaissant qu'il est un Dieu pour les siens, ait exercé sur eux un incomparable ascendant. Quelque chose de grand a dû se passer un demi-siècle auparavant, dans le coin de la Judée d’où ce mouvement irrésistible est sorti. Ce n est pas exagérer la portée de ce témoignage que de linterpréter ainsi.
Il se relie à deux témoignages infiniment moins précis, mais qui empruntent à leur date une haute importance. Le premier est de Suétone. L’historien des Césars, bien que ne distinguant pas la religion nouvelle du culte antique dont elle est sortie, constate au moins que le nom de Jésus est devenu un ferment d'agita-
& « Carmenque Christo quasi Deo dicere. » (Pline, lib. X, epist. 98.)