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et moi en vous*. » En second lieu, Jésus se proclame le Fils pour indiquer qu'il est le représentant de Dieu sur la terre, sa manifestation visible, son image vivante. La grande autorité à laquelle il prétend chez les synoptiques nous avait déjà fait pressentir une pensée analogue, qui a même trouvé dans un passage, plus ou moins authentique, une formule trèsnette^; chez 4ean, cette pensée revient à chaque ligne et dans les termes les plus absolus. Il me suffira de citer la réponse de Jésus à Philippe, qui la prié de leur montrer le Père : <( Depuis si longtemps je suis avec vous, et tu ne m as pas connu, Philippe ! qui m'a vu, a vu le Père^. » Tant que le quatrième évangile se meut sur ce terrain, qui est encore moral, mystique, religieux, les parallèles ne manquent pas entièrement dans les autres évangiles. Ils nous font défaut, au contraire, dès qu'il tombe en pleine métaphysique; par exemple, lorsqu'il montre Jésus parlant de la gloire dont il jouissait auprès du Père « avant que le monde existât^. » La dignité de Fils, ainsi entendue, n'ayant plus rien d'humain, n'offrant plus aucune ressemblance avec la dignité de Messie, est totalement inconnue à Matthieu, à Marc et à Luc.
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• XIV, 20; XVU, 24. - «MaUh. XI, 27 et Luc X, 22. Voy. cidessus p. 440-444. — 'Xl\, 8-9.— *XVII,6.
En forçant les termes de Fils et de FUs dQ l'homme, Jean a laissé loin derrière lui les autres évangiles. le ne dirai pas qu'il les a dépassés en spiritualisme, car ridée si simple et si vivante qu'ils attachent à ces deux termes, me semble au moins aussi spiritualiste que son entité métaphysique du Verbe. Mais, en tout cas, ce n'est point pour se rapprocher des espérances nationales et charnelles des JuifiPque Jean s'est éloigné des synoptiques. Si l'on n'avait que cet évangile, on ne saurait même comprendre pourquoi Jésus a adopté le titre de Messie, tant le lien qui rattache sa mission aux espérances d'Israël est rompu, tant il a cessé lui-même d'appartenir à son peuple. Ne va-t-il pas jusqu'à dire à ses compatriotes, en parknt de la loi de Moïse : « Votre loi^ ! »
Quelles ont été les vues eschatologiques de Jésus?
Constatons d'abord que d'après les paroles que Jean prête à son maître, celui-ci n'a point prédit qu'il ressusciterait^. Sans doute Jean lui-même croit dé-
2Le passage X, 48 «st beaucoup trop vague pour entrer en ligne de compte.
JEStS LB MESSIE.
couvrir dans le mot qu*il rapporte au sujet du temple une pareille prédictiou^, et c'est un des cas trèsrares dans cet évangile où nous distinguons la pensée du Christ de celle du narrateur, le feit matériel de l'idée que Fauteur y attache. On interpelle Jésus au sujet du temple de Jmisalem, dont il vient de châtier la profanation; évidemment il ne peut pas répondre, comme le veut Jean, en donnant au terme de temple un sens entièrement différent et en l'appliquant à son corps : puisqu'il n'en a pas été question et qu'aucun de ses auditeurs n'y pense, ce serait un vrai jeu de mots. En outre, pour être compris (et telle était sans doute l'intention de Jésus lorsqu'il parlait), U aiu^t fallu qu'en prononçant les mots « ce temple, » il désignât son corps par un geste : la suite du récit montre qu'il n'a pas fait ce geste. Donc Jésus n'a point prédit la résurrection de son corps et, parconséquent, il n'a point espéré revenir corporellement sur les nuées du ciel.
Il comptait bien revenir néanmoins, «i'endant quel-^ que temps vous ne m'aurez pas; mais je ne vous laisserai point orphelins, dit-il à ses disciples; vous me verrez de nouveau sans que le monde me voie, et en ce jour-là vous serez en moi et moi en vous, et vous
«n, 49*22. Voy. p. 460*464.
n'aurez plus besoin de m'interroger sur aucune chose^. » Cela signifie bien évidemment qu'il s'établira dans l'âme de ses disciples sous forme d'Esprit saint. Quelquefois il représente cet esprit comme étant luimême, d'autres fois comme étant un autre, un autre Paraclet^ : « Je prierai le Père, et il vous donnera un autre défenseur pour être éternellement avec vous, l'esprit de vérité. » Mais comme il passe sans transition de l'une de ces manières de parler à l'autre, il est évident qu'en définitive cet autre Paraclet est bien son esprit à lui, l'esprit du Cbrist, le Cbrist revenant, non plus sous forme bumaine et visible, mais spirituellement dans les cœurs des siens*. « Il vous convient que je parte, dit-il encore, car si je ne pars, le Paraclet ne viendra pas^. » Je doute que le Cbrist des synoptiques se soit servi de ce langage figuré, emprunté, semble-t-il, à la Kabbale; mais en tout cas c'est bien ainsi qu'il envisageait son retour.
Une fois « élevé, » c'est-à-dire une fois mort et revêtu de la gloire dont il jouissait dès avant la création, Jésus « attirera tous les hommes à lui, » comme il s'exprime dans le quatrième évangile^. « Quand vous