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il consacra dans ce Dieu l’unilc intime de l 'Être. Selon sa pensée théologique, à laquelle
aucun monument ancien marque d’une date certaine ne dispute sérieusement jusqu’à ce jour la priorité, il 11’y a qu’une existence seule qui soit à jamais active, stable, qui donne la vie à toutes les autres existences connues nu inconnues , et qui les soutienne toutes pour les faire rentrer toutes en elle-même, avec un ordre cl à des conditions d’où résultent successivement les lois du monde, de la morale humaine et de l’organisation des sociétés h
Par une analogie immédiate, ce principe
' " J’ai apparu à Abraham el à scs fils comme le fort , comme le tout-puissant; mais sous mon nom (l’f/rnE, île Jéhovah, je n'ai point etc connu d’eux.... Dis aux enfans d’Israël : Celui qui seul peut dire je suis , je serai , m’a envoyé vers vous.... Considérez que c’est moi, moi seul qui fais mourir et qui fais vivre, qui blesse et qui guéris; je lève ma main au ciel et je dis : Moi seul j'existe éternellement!... Les jours de l’homme ressemblent à l'herbe qui fleurit et qui se sèche.... Les cicux et la terre vieilliront aussi comme un vêlement, ils seront changés comme une robe; Jéhovah seul est toujours le même, ses années ne finissent point. » — F.go Jéhovah, qui apparui Abraham, Isaac et Jacob, ia Dca forte, omnipotente, et nomcn meum Jéhovah non indicavi «V...Eco sum qui siim, cl selon le texte hébreu; cro qui cm. Sicdiccr f/ti' Israël : Qui est, et selon
d’unile reparaît sous une autre forme dans la législation nouvelle. Là aussi il existe, à l’opposé du système des castes, un être supérieur à toute personne, à toute classe, à tous poule texte, qui crû , misit me ad vos {Ejcod. vi, 3; ni, 14). Vidctc ijnàil ego sim solus.... Lcvabo ad eaelum maman meum et dicam : f 'iro ego in œternum ( Deuteron . xxxm, 39). Dies hominis sicut umbia.... Tu autan in œternum permanes.... Terra et cocli sicut vestimentum vctcrascent, et sicut operlorium mutabis eos et nuuabuntur. Tu aulem ipse es, et anni lui non déficient ( Psulm . ci aut en, 12, i3, 26, 28; Psalm. ex aut exi, 5, 6).
Au reste, il est utile, dans l'intérêt de l’histoire des idées, de remarquer l'émotion extraordinaire et l’exaltation d’esprit que Moïse, après avoir passé quarante ans de sa vie à la cour des rois d'iigy pte et au milieu des castes les plus savantes, éprouva soudain, dans la solitude, par la révélation intellectuelle de ce grand principe de l’unité active de l'étrc. Ne serait-ce pas une preuve que ce principe meme n’avait pas été familier jusque là à sa pensée, qu’il n’était pas reconnu dès lors parmi ces castes, et qu'il 11e s’y introduisit que plus tard? Quant à la nature du nom de Jéhovah, au sujet duquel le texte cité de V Exode ajoute ces mots : « Ce nom sera le mien à jamais et un mémorial dans tous les âges. » — Hoc nomen mi/ii est in ecternum, et hoc memoriale mcitm in generatibnem et gcncrationem... (Exod. ni, i5), son im|>ortanre vient surtout de sa conformité parfaite avec l’idée qu'il lui appartient d'exprimer) c’est une mudilicatiun substantive du verbe utah.
LES JUIFS
voirs publics ; un être invisible par essence , quoique toujours présent, duquel toutes les individualités émanent, et dans lequel toutes
sont absorbées, le peuple enfin, en donnant à ce mot l’acception la plus élevée et la plus noble, le peuple représenté comme un seul homme, accessible à toutes les joies et à toutes les peines, ayant son nom propre et caractéristique, qui signifiait droiture et Jot'ce^ , et son sentiment personnel.
qui signifie l’être, l’être absolu, l’être en soi, connue Platon appela, plus de mille ans après, un des membres de sou dualisme. De plus, ce nom parait réunir dans sa composition grammaticale les signes hébreux distinctifs des trois temps principaux: le futur, le présent, le passé; de sorte qu’il représente en réalité le substantif et le verbe le plus général que la langue des hommes renferme en son sein , l'idée et le fait par excellence qu’on retrouve au fond de tous les noms, de toutes les choses et de toutes les personnes possibles, et qui leur communique nue portiou plus ou moins étendue de cet être, en vertu de laquelle ils sont ce qu’ils sont.
* La plupart des peuples anciens étaient désignés sous les noms de leurs fondateurs vrais ou supposés. Les Amalécitcs se personnifiaient dans Amalcc, les Moabites passaient pour les fils de Moab, les Égyptiens étaient les enfans de Milzraïm. Mais le caractère distinctif du nom d’Israël est d'avoir été composé expressément dans l’in-
Or, une poésie éclatante trouvait soudain sa source dans l’existence distincte et dans les relations réciproques de ces unités personnifiées, dans le développement idéal ou réel,
térét d’une idée, d’un principe, et d’avoir remplacé chez les enfans d’ Abraham et de Jacob le nom qui indiquait chez eux la seule parenté du sang. J’ai dit ailleurs que ce nom d'Israël provenait de la réunion des deux mou hébreux, iac/mr et el, qui expriment les idées de droiture et de force. La preuve certaine que l'idée de force, de puissance, de souveraineté, entre dans sa composition, résulte de l'application première qui en fut faite à Jacob. «■ Tu ne seras plus appelé Jacob, dit la Genèse, mais Israël, parce que tu as eu la supériorité en luttant avec I ' Éloltim (avec Dieu , ou plutôt avec les vicissitudes venant de Dieu ) et avec les hommes, et que tu as été le plus fort. » — Quia prineeps fuisti cum Dco (f.loiiim) et honiinibus , et praevaluisti(Gcn. xxxii, a 8). La preuve certaine que l’idée de droiture y entre aussi d’une manière essentielle découle non-seidemcnt de la recommandation d'Abraham à sa maison d’agir en toute chose arec jugement et droiture, et de beaucoup d'autres allusions du même genre, mais encore de ce que le peuple hébreu, outre le nom propre d’Israël, avait un surnom biblique particulier j ce surnom est celui de léc/iouroiui , qui signiüe le juste, et qui, étant dérivé de la même racine iachar, a toujours été traduit en latin par rectissimus , et en vieux français par Udroitnrier. Enfin, une induction fournie par le livre de
LES JUIFS
louable ou déréglé, présent ou à venir, de l'unité nationale, de I etre-pcuplc qui n’embrassait pas seulement les Hébreux de race, mais les étrangers affilies; qui, loin d’aspirer par principe à un isolement absolu, comme on l’a si souvent et si mal ù propos avancé ’, avait, au contraire, pour ambition native et irrécusable, de devenir, à l’égard de toutes
Josué complète cette étymologie do nom d'Israël, que j'ai substituée avec d'autant plus d’assurance à l’étymologie dcPliilon, qui est généralement admise, et qui, au moyeu «le la réunion des mots ra/ui et el, lui fait signifier voyaut Dieu, que dans le tableau symbolique de la Genèse il ne s’agit nullement pour Jacob de voir, mais bien de lutter en idée et de rester debout par sa force. Ce livre de Josué cite une chronique déjà ancienne du peuple hébreu, qu’on appelait Sepher tachai, le Livre du juste, et non des justes, connue dit la Vulgate ( De nier on , xxxu, i/t; xxxm, a6; — Isaïe, xliv, i,a; — Josué, x, 1 1). La Ilihle française deSacy omet toujours la traduction directe du mot iéchoitruitn , rectissirnus , le droiturier, et le remplace par le peujtle ou Israël.
' J’aurai à revenir plus d’une fois sur ce point, qui, dans le livre cinquième de mon Histoire des Institutions de Moïse, intitulé : Rapports étrangers, a exigé que je traitasse séparément de la conquête de Canaan considérée comine nécessité «le l’époque; des étrangers Considérés comme nations; des étrangers comme individus.
«8o LIVRE I, CHAPITRE 1(1.
les populations du monde, un drapeau, une lumière , un modèle digne d’être consulté et imité.
Ainsi, ne puisons à la lettre dans celte poésie que les deux images les plus intéressantes par leur manière de résumer la pensée législative et morale hors de laquelle il serait à jamais impossible de juger avec connaissance de cause le judaïsme, le christianisme,* ni ce qui doit probablement leur succéder. Chez les Hébreux fidèles, la personnification nationale, le peuple pris dans le sens idéal et collectif, accomplirait, sans avoir à subir de trop rudes épreuves, toutes ses destinées immuables de paix, de richesse, de gloire, et porterait au plus haut point, en proportion des temps et des circonstances, la science de la vie réelle dont il faisait son objet principal. Alors, les nations étonnées afflueraient de toutes parts vers lui, pour être initiées aux oracles du Dieu auquel s’adressaient ses hommages ; d’un Dieu qui se dévoilait sans distinction et sans mystère à tous les hommes, qui tirait les peuples par la sagesse et par la force de l’état de servitude, et leur disait de marcher le front levé; qui ne les soumettait
qu’au joug bienfaisant de la loi ; qui leur apprenait enfin à transformer leurs instrumens * de bataille en instrumens d’utilité1. Si les
' Les textes suivans , à l’appui desquels j’aurai à citer une fouie d'autres textes à mesure que j’avancerai dans le sujet, répondent presque à la lettre à toutes ees idées ; ils servent à confirmer le caractère prédominant de la loi hébraïque, qui, d’une part, avait la conviction inaltérable que sa pensée embrasserait un jour toute la terre, et qui, d’autre part, plaçait dans les ef~ • fets intérieurs de cette pensée et dans le pouvoir de l’exemple, sans recourir, comme les grandes religions connues, à l’ardeur du prosélytisme ni à la force des armes, son principal moyen de conquête morale et d'expansion ( Histoire des Institutions de Moïse et du peuple hébreu , t. il, p. 1 15).
T « Je vous ai cnscigué des statuts et des droits, disent ces textes ; vous les conserverez et les exécuterez... Ils seront votre sagesse et votre intelligence aux veux des nations, qui, en les entendant, s’écrieront certainement : Voilà un peuple intelligent et sage, voilà une nation grande; car où est la nation, si grande qu’elle soit, qui ait des lois et des réglemens justes comme toute la loi que je vous propose aujourd’hui (Dcutéron. îv, 4-8). — Je vous ai retirés de la terre d’Égypte, afin que vous ne soyez plus esclaves, et j’ai brisé le bois de votre joug, afin de vous faire marcher tout droits (Léntùjuc, xxvi, 1 3). — Israël est mon serviteur, Jacob celui que j’ai élu.... Je maintiendrai mon serviteur, pour être la lumière des peuples, pour