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fonction, alors si importante, de copier les écritures, avaient un autre caractère distinctif; ils déployaient, à l’égard des etrangers, une ardeur de prosélytisme qui renverse les opinions accréditées sur leur esprit d’inertie et de séparation, et que Jésus leur a reproché en ces termes : « Malheur à vous, pharisiens, qui courez la terre et la mer pour acquérir lui seul prosélyte *. »
Telle était l’école conforme au vœu de l’immense majorité du pays, et, il faut le dire, h son besoin actuel ; l’école à qui l’honneur de la conservation du peuple juif appartiendra , si jamais quelque intérêt religieux ou moral s’attache encore à ce fait dans le monde. Elle constituait une extension nouvelle et indéfinie du judaïsme que la division d'Israël en deux royaumes avait eue pour première conséquence de mettre au jour ; et elle professait , quoique avec des différences intérieures trèsgrandes, la croyance à la durée individuelle des âmes, et surtout h la résurrection directe des morts, à laquelle on ne peut s habi-
* Vœ vobis, jihariiui... quia circuitis mare et aririam ut faciatis itnum prosetytum (Matth. xxm, i5).
tuer trop tôt, pour l'intelligence de notre histoire *.
C’est jusqu’aux premiers pères de l’hèbraïsme, jusqu’à Moïse, que cette e'cole pha-
1 Les détails consacrés par Josèphe aux croyances pharisiennes se ressentent, dans leur expression, de sa tendance grecque, et ne rendent pas avec assez de netteté cette croyance à la résurrection des morts, qui aura le premier rang dans la formation de la loi de Jésus-Christ. « Les pharisiens, dit-il , croient que les âmes sont immortelles , qu’elles sont jugées dans un autre monde, récompensées ou punies , selon qu’elles ont été vertueuses ou vicieuses. Les unes reviennent en cette vie, les antres sont livrées à des tourmens qui durent toujours.» (Jntiq.judaïqAÎY.xvin, ch. il.) Après cela, si le même historien ajoute que les âmes des justes devaient passer dans d’autres corps (Guerre judaïq. liv. n , ch. xn), ses paroles regardent beaucoup moins la métempsycose que les questions incidentes dont le dogme de la résurrection des morts était la source. Le rabbin Maimonide a retracé avec plus d’exactitude que Josèphe la variété des opinions qui étaient répandues parmi les docteurs juifs anciens les plus religieux , touchant cette question de l’autre vie, et il a mieux conservé à ces opinions diverses la couleur de leur origine, le caractère oriental. «Sachez, dit-il, que les docteurs de la loi diffèrent beaucoup au sujet des biens futurs que Dieu a promis aux observateurs de ses préceptes; il en est résulté un grand nombre d’opinions qui peuvent se réduire cinq classes : la troisième classe
mienne, dont le nom ne signifie point qu’elle se séparait, mais qu’elle voulait se distinguer des autres hommes par la rigoureuse exactitude de ses mœurs, faisait remonter ses traditions, et toutes les exigences que sa supériorité numérique dans le conseil national du pays £lui permettait de revêtir d’une légalité active. Son symbole d’ailleurs, qu’elle inscrivait partout, résume en peu de mots sa pensée : « Soyez lents dans le jugement, multipliez les disciples, et formez des haies défensives pour
des morts, à l’aide
de laquelle chaque homme sera réuni un jour à scs amis et à sa famille pour vivre éternellement avec eux, » — Tertio classis statuit quàd félicitas quant pose mortem spe~ ramus est rcsurrectio mortttorum; nimiriim quixl horno post monem resuscitabitur , et cttm propinquis et familiaribus bibet et cometlet in œtermun ( Mischna , t. iv, p. a5q, édit. hébr. et latin. Wageinseilii).
* Avant de citer le texte de ce symbole, consigné dans le recueil des traditions pharisiennes, qui, sous le titre de Mischna, ou seconde loi , sert de base anx longs commentaires qu'on a appelés le Talmud, l'enseignement ou la doctrine, je crois à propos de donner quelques explications sur un principe relatif à la composition de ce Talmiul, à la nature de ces commentaires. Elles auront
laloi *. »
consiste reconnaître la résurrection
Il4 LIVRE I, CHAPITRE III.
Les saduccens , ainsi nommé de Sadoc leur premier chef, ou d’un mot hébreu signiüant juste, formaient une opposition au phari- SRÏsmc qui n’était pas moins politique que re-
pour résultat de détruire toute l'importance des sujets nombreux d’accusation contre les Juifs, qu’on avait coutome jadis de tirer du recueil talmudique, et de frapper sous ce rapport d’une nullité çomplètc, tout ce qu’un examen impartial, à plus forte raison un esprit de mal veillante, peuvent y découvrir en détail , de plus réellement marqué au coin d’une ignorance profonde, de plus dangereux pour l’ordre social, de plus puéril, de plus insensé. Ce principe du Talmud que je veux montrer ici, et qui en forme le correctif naturel, est la liberté laissée à la diversité des opinions, à l’opposition des commentaires, le droit qu’il établit de substituer des sentimens nouveaux à des sentimens anciens sur chaque point de doctrine. J’en puiserai la preuve dans les développemcns, dans les citations , dans les aveux des hommes qui eut écrit avec le plus de force contre l’œuvre talmudique , et d'abord chez l’orientaliste étranger, plus érudit que judicieux, qui publia à Paris, il y a quelques années, un ouvrage en deux volumes sur cette matière.
« Ainsi qu’on peut le voir dans le Talmud , dit cet écrivain, chaque école, chaque docteur, chaque disciple a sa tradition à lui, et cela sur un seul et même point de doctrine... Mais, en parcourant ce livre, on y trouve en même temps la cause et l’histoire de ces mêmes tradi-
Jigieuse. La justice positive de la loi, son exécution pure et simple s’élevaient, à leurs yeux, aurdcssus de toutes les pratiques ex-
lions incertaines et contradictoires. On lit, par exemple , 'dans la Mischna, qu’étant sur le point de mourir, un père dit à son 61s : « Mon fils, vous pouvez rétracter les quatre choses que je vous ai dites. — Pourquoi, répondit le fils, ne les avez-vous pas rétractées vous-méme? — Parce que, reprit le père, je les ai entendues de la bouche de plusieurs... Mais vous, mon fils, qui avez entendu mon avis de ma bouche seulement, et l’avis contraire de le 1mm he de plusieurs, vous pouvez bien l’abandonner et suivre l’opinion de mes adversaires ; car par là vous ferei te que dit la règle : qu’il est bien d'abandonner les pa l'oies d’un seul pour les paroles de plusieurs. » Le même Talmud parle aussi d’un autre docteur qui , s’étant déclaré contre les traditions reçues , et voyant tous les autres rabbins s’élever contre lui et lui demander raison de ee qu’il oubliait la doctrine de ses ancêtres, répondit : * Mes ancêtres, en soutenant un avis contraire au mien , m’ont présenté l’occasion de me distinguer; car, si je m’éloigne de leur tradition, j’en trouve de nouvelles. » D’où le Talmud conclut, dit toujours l’auteur cité, qa’il finit laisser la liberté aux savans de chaque siècle de se distinguer de la sorte.» (Ouvrage préparatoire à une traduction du Talmud, sous le titre de Théorie du judaïsme, par M, l’abbé Cbiarini, ancien professeur de langues orientales à l’université de Varsovie. Paris, t83o, t. i, p. aa aafi.)
Ce n’est pas tout : la plupart de» lecteur» seront pent-
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térieures, et emportaient assez de force pour triompher des circonstances fâcheuses , et pour accomplir les espérances les plus brillantes de la nation. Ils repoussaient donc
«tre étonnés d’apprendre qu’à la forme près, Voltaire est loin d’avoir eu les prémices de son indépendance religieuse et de ses railleries. Pour en donner un seul exemple, je les renverrai à la dissertation du savant bénédictin don Calmet sur le jtéché originel, où les opinions des rabbins talmudistes sont rappelées. Ils y liront « que ces rabbins se moquaient d’une justice divine qui condamnerait aux enfers tous les hommes, parce qu'une Femme, dans sa gourmandise , aurait mangé d’une pomme (Dissert, cit., vers la fin);» d’autres rabbins, trèsorthodoxes d’ailleurs, leur offriront des jugemens du même genre (Ibid.)-, ils y liront, de plus, d'accord avec les aveux précédens, comment don Calmet conclut » que les Hébreux, tant anciens que modernes, sont livres depuis long- temps à leurs sens réprouvés;» et cela, dit-il, « à cause de la variété même de leurs sentimens sur ce point, de la liberté d’opinions dans laquelle ils vivent, et de la permission que prennent leurs docteurs d’interpréter les Ecritures suivant leur esprit et leu codées, sans se laisser fixer par l’autorité légitime de leur église. » (Ibid.) Enfin, tous ces faits nous autoriseront à conclure à notre tour que cette extrême liberté d’examen et d'opinions qui a valu plus tard tant de succès à la réforme, et qui, sans sortir de l'orthodoxie, laissait aux premiers d'entre
LUS JUIFS