‹ Jésus-Christ et sa doctrineChapitre 21 sur 53 · I.US J II I Kg · texte numérisé non relu

I.US J II I Kg

plus exclusif encore que les pharisiens, la raison essentielle de nos succès ou de nos infortunes. Elle suppléait à l’autorité du nombre par la qualité distinguée de ses membres ‘, et elle comptait beaucoup de familles sacerdotales que la nature de leurs opinions n'empêchait point de fournir de grands pontifes au temple de Jérusalem.

Quant a la troisième école établie à 1 intérieur de la Judée, celle des esséens ou esténiens, son nom indique la sainteté de la vie, la guérison de tous les maux de l’ame et du corps, et son organisation et ses mœurs occupent un rang très-élevé parmi les causes qui , pendant la jeunesse de Jésus, imprimèrent la première impulsion à sa pensée. Loin de for-

' «Les saducéens rejettent les tradi lions des pharisiens, dit Joséphe, sur ce motif, qu’elles ne sont point comprises dans les lois données par Moïse, qu’ils soutiennent être les seules qu’on soit oblige de suivre ; c’est ce qui a excité entre eux de grandes contestations et formé divers partis ; les personnes de distinction ont embrassé le parti des saducéens, et le peuple s’est rangé du rtïlé des pharisiens». (Josèphe, Antirjuit.Jtidaiq. liv. xnr, cb. xvm ; liv. xvm, rh. 11; — Guerre jndatq. liv. 11, ch. xn; Aetef des Apôtres, xxin, 8, etc.)

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3 mer, comme les écoles précédentes, un parti politique autant qu'une secte religieuse, cette association essénienne s’attachait à la perfection morale de la loi, quelle étayait aussi de l’idée des récompenses et des peines d’une autre vie. Son origine la plus probable remonte à l’époque des invasions des Syriens. Une foule de familles ruinées par la guerre, désolées de la violation perpétuelle des lieux sacrés, et des actes subversifs de leur croyance, auxquels l’ennemi voulait les soumettre, étaient allées demander un asile aux cantons les plus montagneux de la Judée *. L’impossibilité d’accomplir dans ces retraites les sacrifices et tout le culte extérieur, les avait excitées à y suppléer par l’élévation de l’ame, par une exécution complète des préceptes de pure justice et d’amour mutuel. En même temps, l’incertitude de leur vie, que l’épée étrangère menaçait sans cesse, et la nécessité de pourvoir à

' « Et ils réduisirent le peuple d'Israël à habiter dans des cavernes et dans tous les lieux où ils trouvaient un

refuge Alors plusieurs, qui cherchaient le jugement

«t la justice, descendirent au désert pour y demeurer... » (i, Muchab. i, 56; u, ag.)

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la nourriture de tant de vieillards, de femmes

ctd’enfans, leur avait inspiré une communauté de biens qui ne tarda pas à devenir une des règles principales de leur institut. Elle trouva une justification sacrée dans les paroles prononcées par Salomon, lorsque ce roi avait cherché à se rendre compte de tout ce qui peut sembler le plus irrégulier au premier aspect dans l’observation de la nature sociale : « J’ai regardé aussi mon travail avec dégoût, dit ce moraliste, parce que je le laisserai à un héritier qui n’y aura pris aucune part; qui sait si cet homme sera sage ou fou? Cependant il deviendra maître de tout mon travail, et il jouira, dans son oisiveté, des fruits de la sagesse et des sueurs d’un autre l. »

Quelle que soit, au reste, leur ancienneté plus ou moins grande, il suffit de savoir que des vieillards cssc'nicns existaient pendant la

1 Jiursus t letestatus smn mttiient indus! riam meam , qtui sub sole studiosisstrne laboravi , habiturus beredem pôst me '/uem ignora iitriiin sapiens an stultus fuiurus sit ; et dominabitur in laboribus nuis quibus desudaci et solUcitus fui.... fiant quant a/ius laboret in sapientid etsollicitudinc, homini otiuso , qiucsita démit tit , et hoc ctgo xvtnitas et magnum malum ( Hcclesiastc , if, 18, 10).

première jeunesse d’He'rode, plus de quarante ans avant la naissance du fils de Marie, et que ce roi, reconnaissant dune prédiction qui lui aurait été adressée par l’un d’eux sur sa fortune à venir, assura à leur paisible institut, dans tout le cours de sa vie, une sécurité complète1.

Cet institut, en effet, composé de plus de quatre mille membres, et divisé en quatre classes, se fondait à la fois sur le travail, sur la charité mutuelle et sur la contemplation. Sa première pensée consistait à frapper d’une réprobation absolue toute forme de servitude et tout principe de guerre. Cependant, dès que le pays était menacé, les esséniens déployaient un indomptable courage, et, dans la guerre contre les Romains , leur constance

1 Un essénie» nommé Manuhem, qui menait une vie si vertueuse, dit l’historien du temps, qu’elle était louée de tout le monde, et qui avait reçu de Dieu le don de prédire les choses futures, voyant Hérode, encore assez jeune, étudier avec des enfans de son Age, lui dit qu’il

régnerait un jour sur les Juifs Quand Hérode, élevé

sur le trône, jouit d’une grande prospérité, il fit venir près de lui Manahcm, et, depuis, il traita toujours trèsfavorablement les esséniens (Jusèphc, Anti'j. judaij. liv. xv, ch. xnx).

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ne sc démentit jamais. La chasteté avait pour eux le plus grand prix; ils regardaient le mariage comme une source d’embarras qui détournaient des méditations de l’ame ; mais rien ne leur plaisait autant que de sc charger des enfans en bas âge et de les élever avec un intérêt paternel

Nulle école juive ne poussait la sobriété si loin que les esséniens, et n’observait avec plus

1 Toute personne qui voulait devenir membre de l'association livrait aussitôt scs biens au trésor commun ; un certain nombre d’économes choisis recevaient le produit du travail de tous, et le distribuaient à charnu en particulier, selon ses besoins. La culture des terres et toutes les professions applicables à un régime de paix formaient leur occupation générale; plusieurs s’appliquaient avec fruit à l’étude des piaules et des minéraux utiles dans les maladies; quelques-uns, exaltés par la contemplation, se croyaient en droit de prédire l’avenir. — Sed coUatis in commune œrarium, facultatibus omnium interque se commixtis, unœ tanquarn fratrum facultates videnntur.... Sed et procuratores habent qui corum rcrum curant gérant quibuj omnes opus habent, et singulis arqua lem corum quœ nécessitas postulat , prarstant operarn.... Quitlquid lucrcntur ex quotidianis npcræ mcrcedibus non sibi quemque consercare, sed in medium confercndo , cuicumque volcndi fruendi potestatan facere (Philo. Quod omnis homo probus fit liber, Josèphe, Cuvirc judatq. liv. 11, cliap. xu).

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de rigueur le jour du sabbat, pour le consacrer à des prières et à des instructions mystiques. Un autre de leurs caractères distinctifs était la fidélité dans leurs moindres paroles, et la loi expresse qu’ils s’imposaient, et sur laquelle nous aurons à revenir dans l’examen détaillé de la nature et des sources des préceptes moraux évangéliques , de ne jamais en appeler à aucune espèce de serment. Aussi, le jour où leurs néophytes avaient accompli les années d’épreuve , où ils se voyaient admis à la communauté des repas fraternels, on les obligeait seulement à prononcer leurs vœux à haute voix. Outre la promesse de ne nuire à personne, quand même ils y seraient excités par leurs supérieurs, de s’éloigner des médians, de servir de tout leur pouvoir les gens de bien, de ne rien machiner contre les chefs de l’état, ils s’engagaient encore à communiquer fidèlement, et sans aucune altération, aux affiliés à venir, les livres et les mystères les plus secrets de leur institut, à n’en rien dévoiler aux étrangers, lors même qu’on aurait recours à la violence *.

' Après la description qu'il a faite des esséniens , cl qui ne diffère du récit de Josèplic que dans quelques dé-

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