I.KS JUIFS
Voilà les différences entre les grandes écoles intérieures delà Judée, que nous verrons surtout en rapport avec la première des trois phases du christianisme naissant. Je n’ai point parlé de quelques autres sectes secondaires, ou peu authentiques, ni des associations liées par leurs tendances à la situation politique actuelle du pays, des zélateurs, par exemple, secte terrible, constituée pour secouer, à quelque prix que ce fût, la domination des Romains; elles auront leur place naturelle
tails de peu d'importance, Philon se résume A établir que leur morale reposait sur celte triple base : l'amour de Dieu, l'amour de la vertu et l’amour des hommes. >. L’amour de Dieu entraînait chez eux, dit-il, la chasteté, l’aversion du mensonge et des scrmcns, la certitude que Dieu fait tout pour le bien et rien pour le mai. L’amour de la vertu réunissait la frugalité, la simplicité, la facilité dans le commerce de la vie , la modestie, le respect des lois, la constance, et autres qualités de ce genre. Quant A l’amour des hommes, il embrassait la charité, l’égalité parfaite et la communauté des biens. ■> (Phil. et Joseph, loc. ciV.) Or, en admettant historiquement que Philon ait embelli son sujet à tel point que ce soit, cette circonstance n'cmpêchait en rien que le tableau , exagéré ou non, de l’association cssénicnnc ne fût répandu dans la Judée et au dehors, et n'y exerçAt moralement son influence avant l’apparition du christianisme.
liifi I.IVRE I, CHAPITRE III.
dans le développement des circonslances qui forment un tout inséparable avec l’histoire privée tle Jésus-Christ. Mais les écoles extérieures, que j’ai désignées sous le nom de Juifs orientaux, comprenant les thérapeutes et les traditionnaires spéculatifs, et sous le nom de Juifs hellénistes, à la tète desquels apparaît le savant et illustre Philon, réclament une attention non moins spéciale. Leur influence se fait le plus ressentir dans les deux autres phases de l'institut naissant, à cause des élémens divers que ces écoles offraient à la création d’un mysticisme nouveau et à cause de leur succès à initier les classes étrangères des lettrés aux connaissances et au langage de l’hébraïsme.
La médecine de famé et le culte ascétique de Dieu donnent l’origine du nom grec des thérapeutes 1 . Ils formaient , en Égypte , un ordre religieux véritable , imité bientôt par le christianisme ; voué , dans plusieurs sites rians près d’Alexandrie, à la content-
• La noie F, à la fia du volume, renferme, sur ces thérapeute*, le document le plus essentiel ijue nous possédions.
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LES JUIFS
plattim absolue, à une existence solitaire et au célibat, et où l’on professait, entre autres idées, connue chez les esséuicns, 1 abolition complète de l’esclavage '. La seconde école orientale, qui avait reçu une vive impulsion pendant le séjour des Juifs à Babylone et dans la Perse, possédait des adeptes dans toutes les autres écoles; c’étaient les traditionnaires ou kabalistcs, livrés aux spéculations les plus mystérieuses sur la nature et sur le mécanisme de l’univers. Par leur méthode de généraliser les livres sacrés, ils étaient arrivés à une hypothèse singulière, qui assurait un aspect entièrement nouveau au principe de l’émanation ; eu appliquant à l’univers la pensée exprimée par Moïse, au sujet de l’homme, que « l’ame ou la vie de toute chair
1 « Ils se servaient les uns les autres, attendu que toute servitude et domination leur paraissait injuste, impie, répugnant au droit de la nature, qui rend tous les hommes frères par le fait autant que de nom. s — Omîtes liberos mmistrare sibi inricem , servitutem et dominutionem damnare ut injustam nique impiam, repugnantem juri naturœ , quee omîtes ex cequo genuit edueavitque , tanquam mater germanos francs , reverà non so/o nomine (Philo, de l'itd content jdatird ; — Quitd oinnis homo probus sit liber i — Josèphc, -Antiq.judaïq, liv, xvm, ch. u).
est dans son sang 1 , » ils admettaient une
circulation universelle.
Cette hypothèse est celle où le célèbre Juif Baruch Spinosa 2, qui a exercé une action si étendue cl si authentique sur la philosophie moderne, semble avoir puisé son idée principale. Pour mieux la comprendre, reportonsnous au point de départ des kahalistcs. Ils reconnaissaient une substance première et à jamais incompréhensible, qui fait le fond de toutes choses, une essence divine auprès de laquelle ce que nous appelons la matière n’est qu’une forme, une apparence des plus inférieures, accommodée aux conditions de notre nature et de nos sens. Or, cette substance première, cette espèce de sève divine, suivant leur hypothèse , s’irradiait de toutes parts dans
* Anima enim ornais carnis in sanguine est : uniic dixi filiis Israël : Sanguinem univcrsce carnis non eomederitis , quia anima carnis in sanguine est ( Lccitiq. XVH, l i-i /»).
* Spinosa était né h Amsterdam en i63a; il mourut îl La Haye en 1677, après avoir consacré sa vie à la méditation, dans le silence et la retraite, avec la réputation d’un vrai sage et d’un homme de bien ( Manuel de ! Histoire de la Philosophie de Tennemann , traduit par M. Cousin'.