‹ Jésus-Christ et sa doctrineChapitre 23 sur 53 · I.ES JUIFS, v ,2g · texte numérisé non relu

I.ES JUIFS, v ,2g

l’étendue, au moyen d’une multitude prodigieuse et insaisissable de canaux différons; elle développait, dans 1 immensité de scs circuits, tous les mondes possibles et les propriétés de ces mondes, elle les fécondait, les éclairait, et établissait entre eux des rapports, des sympathies et une unité sans fin. « De même que le sang coule dans les veines, disaient les kabalistes , qu’il va de l’une à l’autre, ici et là ,

dans un lieu et dans un autre lieu, de même • '

les canaux du corps universel s’arrosent mutuellement, s’illuminent mutuellement, jusqu’à ce que tous les mondes aient obtenu la splendeur et la bénédiction éternelles *. » En conséquence, ces docteurs spéculatifs, qui faisaient aussi remonter leurs traditions aux

Au premier abord, j’avais été porté à croire que cette comparaison était d'insertion toute moderne; mais plusieurs passages de Philon et des auteurs plus anciens m curent bientôt détrompé. Il n’est pas extraordinaire que les détails des sacrifices qui étaient accomplis en Judée par des hommes souvent très-instruits leur eussent fait tirer depuis long-temps des inductions générales de la circulation du sang , dont ils ignoraient d’ailleurs les vrais principes. Voici le texte de la comparaison. Omnet •st<e efformativnes suptriortt quet in eorpore snneto , in

l3o LIVRE I, CD^ITRE MI.

temps les plus recules, et qu'il faut bien distinguer, pour le moment, d’avec les adeptes de la kabale pratique , l’une des branches de la prétendue magie des anciens, reconnaissaient pour symbole un Adam primitif et céleste. Ce symbole , analogue en beaucoup ]dc points aux personnages divins destinés à représenter l’univers chez les Orientaux, et que le christianisme, dans la dernière phase de son origine, transportera, en le modifiant, sur Jésus-Christ lui-même, cet Adam céleste, cet Adam plein de vie, était, par rapport à l’ensemble des mondes , ce que l'Adam de la Genhse est pour l’humanité. Tout vient de lui ; tout a pour loi de se coordonner en lui ; il est le premier-né de l’Éternel , le type, le père

marc cl femina , ijttod est sjnfngina earporis, deducuntur pincent et injluunt. Stent sanguis manat per anastomose* venartifn , modo in if nam , modà in altérant, modo hitc, jnodo illuc ; ex loco hoc in locnnt alium, et isli sinus cou-

poris rigant se invieem , et illuminant se incicem, douce illumincntur omîtes mtttidi et benedictionent accipipjtt prqpter iltos [ Zohar , ou la splendeur; Idra rabba, ou lâ grand synode, l’un des plus Anciens liagmens kabalisticpies connus, sect. xliv j dans le recueil du JŸnoniuj, intitulé j Kabbala dénudai, t. ji» $>• 5o<j),

e 1ES IV IFS. »3lr.

et 1a personnification de la création entière, sous la forme d’un vieillard admirable de majesté et dénerige, dont l’accomplissement futur des choses doit constituer le règne , et à qui l’on attribuait une chevelure et une barbe composées d’un nombre de mondes difficile à eonfevoir1. ,

Enfin , l’objet principal de la dernière école que nous ayons à examiner, des Juifs hellénistes ou alexandrins, consistait à initier les hommes instruits des populations étrangères à la sagesse des livres sacrés. Ils se dirig

Étag

r : '4pi?*h ■

' La note G, à la fin du volume, ajoute plusieurs détails et éçlaircissemcns sur les bases, sur les expressions et sur les ligures principales de ces théories spéculatives auxquelles le nom actuel de /cabale, dérivé du mot hébreu kibbcl, recevoir par tradition, n’a été attribué que dans le quinaiéme siècle de l'ère chrétienne, parle célèbre Pic de la Mirandole. En attendant, il suffit de rapporter l’un des passages des k a batistes les plus ancien* concernant l'Adam Kadmon .milliers do mondes qui entraient dans la composititfi^Ksa tête. et de scs membres. In quadraginta milita inuniluruni extenditur album calvariœ eapitis senioris... in crama quotidie consistant tramthteies mille myriades mundot um , qui accipiuat ab eo et Jukiuntut super eo.... ( Zohar, Idra rabba, scu ÿtaodus

magna , sert. ni). ■>'" ,

l32 LIVRE I, CHAPITRE III.

d’après la conviction antique manifestée en ces termes par Moïse : « Ma doctrine se répandra comme la rosée ; ma parole découlera comme une fine pluie sur l’herbe tendre, comme la grosse pluie sur la plante avancée 1 . » De là vient que les écrivains de cette école s’appliquaient à dégager les principes hébraïques de la plupart des conditions nationales et locales ; à les présenter dans la langue et sous les formes appropriées au monde grec ; ils établissaient des rapprochemens plus ou moins spécieux avec les doctrines des autres peuples, e£ ils mettaient en opposition la moralité profonde de leurs lois constitutives avec les tendances vraiment immorales qui régnaient alors en tous lieux.

C’est à cette classe d’alexandrins , en effet , qu’appartiennent les auteurs de la traduction fameuse connue sous le nom des Septante. Toutes les fables qu’on répandit sur l’origine de cette traduction, eurent pour but d’atténuer l’impression pénible que produisit chez

* Co/icrescat ut pluvia doctrina mea , final ut ws eloquium meum , quasi imber super herbam , rt quasi stil/œ super gramina ( Dealer . xxxil , i, a).

LES JUIFS

la plupart des Juifs l’idée de laisser leur code si vénéré à la merci des profanes , ou de voir sa pureté littérale altérée , en passant dans une autre langue 1 . C’est à la même classe qu’appartient Jésus, fils de Sirach, qui, deux siècles environ avant l’èrc actuelle, transporta de l’hébreu en grec , pour le faire tourner au profit des étrangers , comme il l’annonce lui-même, un recueil de maximes morales et d’observations relatives à la pratique de la vie, marquées fréquemment de l’esprit essénien. Un autre Jésus, son aïeul, avait composé jadis ce recueil, qui tire son premier intérêt du ser-

1 Toutes les suppositions qui regardent la traduction des Septante se répandirent sous le nom d’un certain Aristée, grand- officier de la cour d’Alexandrie, et passèrent avec quelques différences dans Philon et dans Josèphe. Non-seulement soixante -dix interprètes auraient été envoyés à grands frais de Jérusalem, par le pontife Eléazar, sur la demande de PtoléméePhiladelphe, mais ils auraient été renfermés, chacun en particulier, pour s’occuper de la version des livres mosaïques, et ils auraient rendu un travail si parfaitement conforme en tout point, que la traduction de l'un représentait, sans y rien changer, la traduction de tous les autres ( Pour les détails de l’ambassade, voy. Josèphe, Antiq.judaïq. liv. u, ch. il ; Philo, de Vitd Mosis).

JH

vice éminent qu il a rendu aux écrivains évangéliques en leur donnant la rédaction près-, que achevée de la plupart des préceptes mo* raux consignés dans leurs livres *. C’est k la même classe encore qu’appartient At istobulc, surnommé le péripatéticien, au sujet duquel il n’y a rien d’assuré que la constance de ses

* n Le Livre tle la Sagesse de Jésus, fils de Sirnrli , est réuni à l’ancien Testament sous le titre de V Ecclesiastique, par allusion à YEcdésiarte de Salomon, et pour le distinguer d’un autre recueil du mémo genre intitulé la Sagesse de Salomon, dont l’auteur ou les auteurs sont inconnus , et qui se ressent plus que tout autre, dans quelquesunes de scs parties, des idées et du luxe des formes grecques. « Il est certain, dit la préface du livre de Jésus fils de Sirach, que les grandes instructions transmises par la loi, par les prophètes et par ceux qui les ont suivis, méritent des louanges à Israël, et doivent avoir pour effet de rendre plus sages les nationaux qui les lisent, et de donner plus de science aux étrangers qui enseignent ou qui écrivent. Or, Jésus, mon aïeul, après s’étre long-temps appliqué avec ardeur à l’étude de la loi, des prophètes, et des autres livres qui nous vienneut de nos ancêtres , voulut aussi écrire lui-méme sur la doctrine et sur la sagesse. Et quand je fos venu en Égypte, vers l’an trente-huitième de mon jçe, sous le roi nommé Evergète (savoir, entre I an et l'an aai avant J.C., s'il s’agit d’Évergète premier,

LliS JUIFS.

efforts h ramener l’esprit «les nations vers le mosaïsme b Mais le plus recommandable de tous , le chef de l’école, est le savant Pliilon , l'homme du monde à qui la célébrité de Pla* .. ton doit le plus dans l’accroissement qu’elle a obtenu ver* celte époque : l’homme qui, pat*

cl entre 1^5 et 117, s’il s’agit d’Évergète second), je trouvai ce livre, et, ayant regardé comme très-bon et très-nécessaire de l’interpréter, j’y employai beaucoup de veilles.... Je vous exhorte dont à le lire avec une disposition favorable et avec attention , et i me pardonner si. , ‘ je me sais mal exprimé quelquefois, attendu que les tournures hébraïques se rendent avec beaucoup de difficulté dans une autre langue. > — (Cette préface n’existe plus qu’en latin : saint Jérôme assure avoir vu de son temps l'original hébreu du livre.)

' On a vu en lui le personnage que le deuxième livra des Macchabées cite en ces termes : « Le peuple qui est à Jérusalem et dans la Judée, le sénat et Juda saluent Aristobule, précepteur du roi Ptoiémèe , de la race des sacrificateurs, et tous les Juifs qui sont en Égypte, leur souhaitant joie et santé.» (11 Macch. 1, 10). Il passe pour avoir pris une grande part aux divers écrits qui, sous les noms d’Orphée, de Zoroastre, d'Hermès-, de Pythagore, répandaient alors, selon l’esprit d’un chacun , les théories religieuses (Brucker, Htsi. phU. t. lir, p. 69»; Etnèbe, Prépttrat. évangéhq. Xiri , 1*5 VilknaST, tfe Aristobulu Tudæo).

son éloquence, a donné lieu, chez les anciens, à un proverbe : « Est-ce Platon qui philonise, ou bien Philon platonisé 1 ? » l'homme enfin dont les œuvres secondées par les écrits historiques de Josèphe sont l'une des causes de la promptitude avec laquelle les doctrines chrétiennes se communiquèrent du vulgaire aux classes éclairées et jusqu’aux esprits les

us philosophiques.

Philon était âgé de vingt-cinq à trente ans, et sa renommée avait déjà beaucoup d'éclat , lorsque Jésus vint au monde; il touchait à sa soixantième année, quand le nouveau mai* tre, qui ne lui fut jamais connu , même de nom , commençait à peine ses enseignemens. La famille de Philon occupait un rang des plus distingués dans Alexandrie. Des études profondes et l’exaltation d’une ame qui tenait à la fois du prophète et du philosophe l’absorbèrent depuis sa jeunesse; elles réduisent à leur juste

t * Ce qu’on peut traduire en d'autres termes : « Est-ce Philon qui a mis son génie au service du philosophe d’Athènes; ou bien a-t-il fait servir avec efficacité les idées et le langage de Platon à l'accomplissement de se» * propres desseins ? »

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