‹ Jésus-Christ et sa doctrineChapitre 29 sur 53 · VIE DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

VIE DE JÉSUS-CHRIST

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et île suite, et que les limites de temps, précisées par le maître pour un renouvellement universel des choses, semblèrent se reculer chaque jour, une grave nécessité se fit sentir parmi eux, celle d'obtenir plus d’harmonie dans une association qui avait scs membres dispersés au loin. 11 leur importait de préve- « nir l'eflet des récits et des légendes qu'un zèle inconsidéré ou de dangereux interprètes se plaisaient déjà à répandre sur le compte de leur chef; il leur importait d’enlever les conditions fondamentales de leur dogme, ses formes et sa moralité, à toutes les vicissitudes qui sont le partage naturel des instructions confiées à la parole, y

C’est pourquoi, indépendamment des œu- ' vres apostoliques secondaires et de leurs auteurs, deux apôtres et deux disciples des apôtres, aidés de leurs collègues et de leurs adhérens *, s’appliquèrent à imiter, en faveur du nouveau peuple, les livres de l’an-

1 11 y a à noter un fait d'un grand intérêt pour l'histoire de la rédactiou des livres évangéliques. Dès les premiers jours, plusieurs Juifs des classes élevées s’unirent aux apôtres,mais sans vouloir se déclarer ouvertement ; tels furent Joseph d'Àriniathée, membre du grand conseil des »n-

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cienne loi et les traditions sacrées de leurs aïeux. Us rédigèrent , bien des années après la mort du fils de Marie, avec des documens épars * ou de mémoire, dans des occasions, des temps et des lieux divers, quatre livres principaux. Ce sont les quatre Évangiles, ainsi appelés d'un mot tiré du prophète Isaïe et traduit en langage grec. Sa signification, nouvelle joyeuse, répond à leur objet essentiel ; ils publiaient que la grande nouvelle de délivrance, de joie et de paix futures, sur laquelle les prophètes avaient fait reposer l’espérance d’Israël et de toutes les nations, «

riens, Nicodèmc le pharisien, cl ceux dont l'évangéliste

Jean disait : « Cependant plusieurs des principaux crurent en lui ; mais ils ne le confessaient point par crainte. » — V eru/n tamen et ex principibiis multi crcdiderunt in cuin : scil pmpter pharisœos non conjitebantur (Joann. xu , 4a). « «

‘ Le préambule de l’Evangile de Luc fait allusion à ces documens. Les uns auraient servi à composer les Evangiles; les autres, jugés nuisibles, quoique composés de bonne foi, sont probablement une des sources des livres apocryphes. » Attendu que plusieurs ont pris à tâche , dit ce préambule, d’arranger un récit des choses qui s’accomplissent en nous, et que nous ont transmises ceux qui les ont vues dès le commencement , et qui y ont

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allait obtenir son accomplissement dans le monde mystique de lumière et d’éternité où le'sus et ses sectateurs , après avoir vaincu le monde présent, régneraient dans toute leur gloire.

Comment, en effet, sans ce caractère presque accidentel qui est inhérent au premier projet de la composition des Évangiles, pourrait-on concevoir l’existence de quatre versions 01 iginalcs , au lieu dune seule bien précise, bien complète, bien avouée dans les moindres détails par le maître, ou du moins par ses douze disciples intimes? Pourquoi des récits différons sur des actes qui ne pouvaient s'effectuer que d une manière? Comment, enfin, tous les apôtres auraient - ils abandonné la

participé, il m’a [semblé bon, mon cher Théophile, «le lemonte. soigneusement à l’origine de cos choses, et «le tV„ écrire avec ordre, afin de te confirmer l’exarle vérité de tout ce dont tu as été instruit. » Qlu>„

<h n' muUi conati ordinare narrotionem , <v„r i„ „obis complétée sunt, rerum, sient trndiderunt nobis qui nh initia ipü videront, et mi nist ri fucrunt sermonis : visum est et mihi atseeuto on, nia a principio diligenter ex or, Une tibi senbere , optime Théophile, ut cognoscas earum vrrbornm, de quibtts eruditus es, reritntem 7\’

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fonction si majeure d’ccriro des livres fondamentaux à des hommes qui n’avaient pas assisté aux evènemens et qui ne les connaissaient que de seconde main *? Ces circonstances offriraient , sans contredit, des obstacles impossibles à surmonter si l’on traitait la question sous le point de vue merveilleux, et si l’on admettait un esprit inspirateur en dehors des conditions de l’intelligence naturelle : mais ,

• ' Plusieurs philologues modernes mit imaginé l'existence d'un Evangile primitif écrit en langue syro-chaldaïque; les trois premiers Évangiles en auraient été tirés. Mais^ outre qu’il n’y a rien dans l’antiquité qui fournisse une base certaine A cette assertion, elle ne change point la question des différences; elle y ajoute, au contraire, l’étonnement de voir négliger et oublier si vite le livre sacré original. Toutefois un passage de X Apocalypse, où il est parlé d’un Évangile éternel, avait déjà été la source d'une opinion religieuse assez digue de remar- * que [Et vidi alternai angeluni volantrm per medium coeli,

. habentem evaagclium evternum , ut ei'angclisarct sedentibus super terrain , etc., Apocalypse, xiv, 6 ). En établissant une différence absolue entre cet Évangile de la visiun du théologien et les Évangiles admis, plusieurs communautés chrétiennes du treizième siècle avaient propagé l'idée qu'un Évangile nouveau aurait à se substituer un jour aux Évangiles de Jésus , comme les œuvres de Jésus s’étaient substituées à la loi de Moïse. Le livre qui

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dans le sens habituel de l’histoire, la plupart des difficultés disparaissent. Le fait le plus simple, transcrit à la même heure par plusieurs témoins, présente souvent des accessoires multipliés, des disparates profondes. Oue sera-cc d’une masse de faits compliqués, de suppositions et d’allusions, qu’on donne pour appuisystématique à une doctrine convenue, et qui sont répétés à de longs intervalles et avec un enthousiasme sans borne par des hommes places dans des situations différentes et tout préoccupés de leurs travaux personnels?

Ainsi, Matthieu, Juif de la Palestine, est le* premier en date et le plus précieux des évangélistes, sous le rapport de l’histoire et de l’exactitude locale. Appliqué, avec les hommes qui concoururent à son oeuvre , h prêcher les Juifs indigènes auxquels Jésus avait exclusivement porté la parole, il semble dominé par le besoin derépondre aux principales résis-

contenait ces propositions et l’essai du nouvel Évangile, fut brûle par l'ordre du pape Alexandre IV, mais avec le plus de secret possible, afin d’éviter les scandales (Fabricius, de Apocnphis, t. J, p. 337} Matth. Paris. , ad an. ia57, p. 939).

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lances qui sorlaicnl du scia de ces Juifs eux* memes 1 . >

Les deux évangélistes Luc, le médecin , et

Marc, qu’on a coutume de citer pour l’un .des

conlidens de Pierre, appartiennent aux Juifs hellénistes et aux chrétiens de la seconde phase ou de l’école de Paul. Après avoir instruit les -J u ifs établis hors de la Judée, et les populations grecques et latines, ils font entrer dans

1 L’Évangile de Matthieu a existé, dès les premiers temps, en hébreu et en grec. Mais lequel des deux textes était l'original ? lequel était la traduction ? Toute l'antiquité chrétienne a donné la primante h l’hébreu , et saint Jérôme dit avoir vu lui-même ce texte, qui s’est perdu depuis lors. Il semblait d’ailleurs assez naturel de penser que l’apôtre, s'adressant aux Juifs de la Palestine, s’exprimât en leur langue. Toutefois les recherches de l’exégèse moderne ont établi, au contraire, que le texte grec représente le véritable original , et que l’hébreu ou le syro-chaldaïquc n’avait été qu’une traduction faite presque immédiatement pour l’usage de la secte des Nazaréens et des Ébionites. Outre les raisons tirées de la popularité du grec dans une partie de la Palestine, que nous rappellerons plus tard, l’emploi de préposé à un bureau de péage ou de douanes, qui fut long-temps celui de Matthieu , avait dû le rendre plus apte que personne à se servir du langage usité dans les communications ordinaires entre les étrangers et les indigènes.

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leurs traditions, qu'on reconnaît pour empruntées presque tout entières à l'évangéliste précédent, l’esprit particulier qui les anime.

Enün, le représentant de la troisième eL dernière phase de l'origine du christianisme, le théologien, le poète de l’association nouvelle, est un Juif de la tribu de Nephlali, Jean, devenu apôtre de l’Asie. Le dessein qu’il avait, d’absorber dans la doctrine de son maître les idées the'osophiqucs les plus hautes des Juifs orientaux parmi lesquels la majeure partie de scs jours s’étaient écoulés , l a fait recourir à des formes et à tout un langage dont on peut douter que l’intelligence eût jamais été familière à ses onze collègues.

Loin de trouver à redire aux différences, aux contradictions même qui se rencontrent dans ce quadruple monument, ces différences en constituent donc la vraie richesse; clleS l’agrandissent en y conservant l’empreinte involontaire et naïve des hommes et des circonstances, et en le rattachant, avec tous les autres écrits de l’école naissante, à des monumens d’une date plûs reculée, et à l’état général de l’époque et des lieux.

Aussi, dans la noble carrière que toutes

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ccs données ouvrent aux recherches de l’esprit, on doit éprouver sans cesse la crainte de manquer de la sagacité et du sentiment nécessaires pour rendre à des combinaisons graves et passées la réalité et la vie, sans lesquelles il n’y aurait aucune espérance de leur faire rien produire de nouveau ; mais on se gardera du moins de prétendre que les renseignemens ne suffisent point, et qu’ils n’offrent plus les moyens de rétablir les faits principaux à leur place. Ce serait trop contraire à la dignité de la pensée humaine, de n’ijvoir pas laissé de traces profondes là où elle a, exercé au plus haut degré son pouvoir. Les premiers souvenirs des choses véritablement grandes ne s’effacent point , et , quelque vieux que soit un arbre qui s’est élevé avec majesté sur la terre, ses racines existent encore, quoique cachées, et ne demandent que des bras patiens ou robustes pour être mises à découvert. »

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