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mons, opéré beaucoup de miracles l? Mais je leur répondrai ouvertement : Je ne vous ai ja- ' mais reconnus ; retirez-vous de moi, vous qui vous adonnez a l’iniquité. Quiconque entend donc ces paroles que j’ai prononcées et les met en pratique, je le comparerai à l’homme prudent qui a bâti sa maison sur la roche ; et lorsque la pluie est tombée , que les torrens sont venus et que les vents ont soufflé contre cette maison, elle ne s’est pas écroulée. Mais quiconque entend les paroles que je dis, et ne les pratique pas, sera semblable à l’homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable, et lorsque la pluie est tombée, que les torrens sont venus, que les vents ont soufflé contre cette maison, elle n’a point résisté et sa ruine a été grande a. »
‘ Ceci est une nouvelle preuve à réunir à ce que j’ai établi ci-dessus au sujet des miracles anciens qui doivent être considérés comme de pures questions de temps et de mœurs, et qui n'ont, par conséquent, qu’une importance toute relative (page a55 et suiv.).
* Et omnis qui audit vérin mca hœc et non facit ca similis erit veto stulto qui œdificavit domum suam super arcnam et descendit pluvia et venerunt flumina et flaverunt vend et imicrunt in domum iUam et rendit et fuit ruina il . dus magna (Malth., vu, 16, a;). *
404 MVRE 11, CHAPITRE Vl<
Résumons-nous, et tâchons de ressaisir rapidement, sous le point de vue particulier de la morale , l'ensemble des faits et des principes que nous avons observes jusqu’ici.
L’hébraïsmc, lorsque le fils de Marie naquit en Judée, avait parcouru une progression décroissante de principes; ses différons termes, si on les classe avec exactitude , permettent de retrouver la marche qu'il y avait à prendre pour remonter d’un état exceptionnel à l’esprit le plus général. Le résultat de cette décroissance avait été d’entourer d’obscurité, de couvrir comme d’un voile tout ce que la sagacité de ce génie hébraïque avait conçu de meilleur dans sa spécialité propre, c’est-à-dire, dans la sagesse religieuse et inorale des nations.
L’unitc de Dieu, libre de quelque autre dogme que ce soit; dans le passé, légalité d’origine du genre humain; pour l’avenir, la foi d’ Abraham et de Jacob, celle qui consistait à croire que toutes les populations de la terre, toutes les branches de la famille d’Adam, se rangeraient un jour aux conditions de cctle unité, et jouiraient en commun des avantages infinis d’une alliance fondée sur la droiture du cœur cl sur un bon jugement : tels étaient ses
premiers principes. Dans l’ordre des liens sociaux et moraux, ils sont, .avec toute évidence, les plus étendus, les plus préeis, qu’aucune nation, ni académie, ni religion, aient jamais eus en aucun temps, en aucun lieu, pour doctrine extérieure et publique.
Toutefois, il n’est pas donné à des principes de se propager d’eux-mèmes et sans difficulté. Les idées les plus grandes sont assujéties à avoir pour instrumens des hommes qui les appliquent, en raison des circonstances et de leurs moyens «actuels, qui en deviennent les interprètes-nés et les défenseurs. L’école morale d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, s’était donc organisée par l'intermédiaire de Moïse en corps de nation. Elle avait manifesté ses inspirations les plus élevées et elle av.ait cherché à s’assurer une existence à soi sous la forme et dans les conditions positives d’un peuple. Mais ou conçoit sans peine qu’en confiant sa pensée suprême à la puissance qui émane du principe naliomal, cette école avait dû subir les exigences nombreuses et violentes que toute vie nationale emportait de son temps< et ces exigences mêmes, si souvent contraires îi l intérèt moral absolu, avaient bientôt inlro-
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duit jusqu’au fond des cœurs leur autorité impérieuse.
Ce n’est pas tout. Sur un théâtre aussi resserré que la Judée et aussi exposé aux coups du dehors, il était matériellement impossible que la nationalité fournit à elle seule la force capable de résister aux causes incessantes de destruction. Les moyens de la politique ordinaire ne lui auraient jamais suffi pour conserver le dépôt intellectuel et moral qui avait été confié à sa garde. Alors un autre principe était venu lui prêter son secours, une autre manière d’être et de se comporter, bien inférieure en dignité à l’ordre vraiment national , mais qui à celte époque jouissait à un très-haut degré de la puissance de cohésion, sans laquelle tous les corps de société se décomposent et s’effacent : ce dernier principe était l’exagération du culte extérieur, l’asservissement volontaire et systématique de chaque jour, de charpie acte de la vie, à des pratiques légales dépourvues de toute espèce d’intérêt aux yeux des hommes surtout qui ne les avaient pas examinées dans l’intimité de leur nature. Ce principe d’asservissement légal, ce système, s’était emparé à son tour cl en souverain dir-
peuple juif, pour l’accompagner sur la lerrc d’exil , et pour suppléer de plus en plus, après son premier rétablissement , à l’insuffisance matérielle de sa force et de son individualité nationales.
Dans la situation des choses qui en était la conséquence, et au milieu des abus infinis qu’elle entraînait, il n’y avait donc rien d’étrange qu’une intelligence juive supérieure , qu’une école juive entière, ou même plusieurs écoles , eussent voulu rompre la progression décroissante des principes qui comprimait la pensée de moralité, afin de remonter dans leur hiérarchie naturelle. Pour cela, qu’y avait-il à faire , en supposant un seul instant que les événemens se développent avec autant de promptitude et de simplicité dans la réalité du monde que dans les spéculations de l’esprit?
11 fallait que le principe de nationalité pu- •re, fondé sur l’accomplissement fidèle de tous les droits et devoirs réciproques des personnes , des familles , des cités , de l’Etat , se délivrât de la rigueur systématique des formes et des pratiques extérieures du culte. U fallait que la fraternité universelle des hommes résultant du fait ou dr la fiction juive de leur
4o8 uvnE il, i:h apitbk vi.
descendance d’un même père ', s’élevât audessus de toulcs les conditions trop restrictives de la domination du principe national. Enfin, on avait k épurer les impressions diverses que l’ame et l'intelligence sont capables de puiser
' L’nrticlc de Voltaire, au sujet d’Adam, est curieux à lire. « Je hasarde ici une idée assez neuve, dit-il, c’est le profond secret qui a été gardé sur Adam, dans toute la terre habitable, excepté en Palestine, jusqu'au temps où les livres juifs commencèrent à être connus dans Alexandrie... Tels sont les secrets de la Providence que le père et la mère du genre humain furent entièrement ignorés
du genre humain Comment se fait-il que les titres
de la grande famille du monde ne fussent conservés que chez la plus petite et la plus malheureuse partie de la famille? » (Dictionn. philos.)
Rien d’aussi simple, D'abord, en matière d’intelligence, le bonheur de ses organes n’est pour rien dans la question; il est assez connu que les plus beaux génies de la terre n’ont été, pendant leur vie, ni les plus récompensés ni les plus heureux. Ensuite, c’est précisément parce que le fait ou la fiction d’un même père pour tout le genre humain se trouve confié exclusivement aux livres de la Palestine, que Voltaire devait voir dans le peuple juif un peuple spécial, un peuple à idées, un peuple élu. Si, dans le temps de Voltaire, par exemple, tout le monde avait su ce que le philosophe savait, si tout le monde avait écrit comme il écrivait, Voltaire n’eût plus été luimême, il n’eût plus été un homme à part, tin homme élu.
MORAJ.K BK JÉSUS.
dans la contemplation sublime des œuvres de Dieu, dans l'harmonie visible et invisible de lunivcrs, et on avait à les séparer par un grand intervalle de toutes les croyances superstitieuses qui, en ce temps-là, étaient les plus en faveur pour expliquer les rapports insaisissables du genre humain avec les mondes, avec les armées ou les populations qui sont probablement suspendus, comme lui, dans l’immensité céleste.
Tel est le seul ordre qu’une réforme intellectuelle et morale avait à suivre pour répondre à l’esprit authentique des prophètes hébreux et de la loi, sans recourir aux dogmes nombreux que l’Orient avait déversés sur la Judée. Mais, quoique le fils de Marie ait imprimé aux pensées morales de ses aïeux la plus magnifique impulsion, quoique sa gloire éternelle consiste à avoir ajouté à l’esprit de justice et de force qui éclatait dans les doctrines et dans le nom d’Israël les caractères non moins précieux de sympathie et de grâce, dont le reflet donne à toute chose un charme particulier , cependant sa propre nature, qui laissait dominer en lui le génie oriental sur le génie 'hébreu, était loin d’en faire le législa-
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têtu- social par excellence. Ses destinées l’appelaient beaucoup plus à être un des moyens nécessaires pour atteindre le but révélé aux premières et aux plus hautes intelligences de sa nation , que d’ètre ce but en personne.
L’objet de sa volonté, de sa vie, de son ame , ne résidait ni dans la liberté , ni dans la félicité positives du monde actuel , qui passait à ses yeux pour le domaine spécial de Satan , pour un vieux fantôme près de s’évanouir et d’ètre remplacé par une création toute nouvelle. Son objet à lui , son monde véritable, embrassait, selon le sens le plus orthodoxe et le plus exact, le royaume futur que j’ai déjà cité tant de fois, et qui va nous apparaître tout à l’heure dans la vérité primitive de sa nature. 11 embrassait le royaume de la résurrection personnelle des morts , la transfiguration simultanée des ctres vivans , et une manière d’exister dans la société de ces habitans merveilleux, qui s’écarterait en tout point des conditions établies de l’humanité naturelle.
Sous l’empire absolu d’une croyance si féconde en motifs d’excitation, le premier besoin moral était donc d'acquérir pour soi-
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même, et de faire acquérir aux autres par l’entrainement le plus généreux, une place éternelle dans le monde ainsi reconstitué; et la première manifestation de ce besoin emportait une puissance jusqu’alors inconnue de foi, de ferveur et de zèle. Cette puissance se personnifiait en Jésus-Christ.
Elle devait rencontrer les causes les plus immédiates de succès dans les convictions religieuses répandues de toute part et dans l’état de malaise des esprits disposés , par avance , en faveur de toute inspiration qui , loin de délier péniblement le nœud des principaux ennuis de la vie et ses principales difficultés, se proposerait de les trancher, tout-àcoup, comme sous le fil d’une épée.
En conséquence , tous les efforts de l’école juive nouvelle, en fait de doctrine morale , s’étaient appliqués à dégager de la loi, des prophètes et des maîtres de la sagesse hébraïque subséquens, à développer et à vivifier , autant que possible, toutes les paroles, toutes les images capables d’atteindre et de passionner l’imagination et le cœur; elle formait une opposition absolue à l’école contemporaine et dominante des autres interprètes de la loi.
qui, étant minutieusement renfermés dans les intérêts nationaux et humains, ne demandaient compte que des actions extérieures.
Mais, par la même raison que cette méthode enthousiaste et mystique de l'école du fils de Marie allait servir au plus haut point les progrès actuels de la liberté morale , en détruisant l’autorité et le joug des observances religieuses et de toutes les règles étroites que le pharisaïsme et les dispositions correspondantes chez les autres peuples avaient mis au jour; par la même raison qu’elle habituait la pensée à planer avec dédain sur les choses de la terre , ce qui de toutes les conditions n’est pas la moins favorable pour s'emparer de ces choses, et pour les gouverner habilement; par la meme raison enfin qu’elle attachait un attrait énergique, un moteur nouveau aux principes substantiels de la loi des Juifs, dont l'avenir assuré, selon ses fondateurs, était de régner têt ou tard sur l’humanité entière; par la même raison, cette doctrine spéciale de Jésus et de son école emportait une source aussi active d’ obstacles intellectuels et moraux.
Suivant son esprit, la vie de l’homme, enlevée à la réalité naturelle du monde , allait se